« L'échec de l'intégration est incontestable » : Édouard Philippe veut diviser l'immigration légale par deux
Après les violences des 17 et 18 octobre, Édouard Philippe dresse un constat sévère sur l'intégration en France. L'ancien Premier ministre dénonce une faillite de l'État, pointe la présence de jeunes issus de l'immigration parmi les émeutiers et promet de réduire de moitié l'immigration légale s'il est élu en 2027.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Édouard Philippe juge l'échec de l'intégration « incontestable » après les violences d'octobre et veut réduire de moitié l'immigration légale.
« L'État a failli. » Le constat est sévère, d'autant qu'il émane d'un ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron. Dans un entretien accordé au Point, Édouard Philippe revient sur les violences qui ont secoué la France les 17 et 18 octobre. Le candidat à la présidentielle de 2027 dit avoir été « horrifié » par les pillages et bouleversé par la peur des commerçants et des riverains.
Mais le président d'Horizons va plus loin. Au-delà des défaillances du maintien de l'ordre, il dénonce ce qu'il considère comme un échec profond de la politique française d'intégration.
« Lors des violences du 18 octobre, la surreprésentation de jeunes issus de l'immigration était patente. Selon le mot de Péguy, il faut “voir ce que l'on voit”. L'échec de l'intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable », affirme-t-il.
Une déclaration particulièrement significative de la part de celui qui a dirigé le gouvernement français de 2017 à 2020. Édouard Philippe prend toutefois soin de préciser que ce diagnostic ne remet pas en cause les « superbes réussites d'intégration républicaines » observées par ailleurs.
« L'État a été incapable de garantir la sécurité »
Dans cet entretien, le maire du Havre ne ménage pas non plus les pouvoirs publics. « Durant ces deux jours, l'État a été incapable de garantir la sécurité, ce qui est pourtant sa mission première aux termes de notre contrat social. Il a failli », déclare-t-il.
L'ancien Premier ministre distingue néanmoins plusieurs catégories parmi les personnes mobilisées : des lycéens exprimant une colère qu'il juge légitime, des militants d'ultragauche accusés d'instrumentaliser cette contestation et des casseurs profitant des désordres pour piller les commerces.
Il refuse ainsi d'assimiler l'ensemble des manifestants aux auteurs des violences, tout en dénonçant ce qu'il considère comme une défaillance majeure de l'autorité publique.
Diviser par deux l'immigration légale
Sur le terrain migratoire, Édouard Philippe affiche une ambition précise : réduire de moitié l'immigration légale au cours du prochain quinquennat.
Pour y parvenir, il propose de limiter la délivrance des titres de séjour aux motifs professionnels et aux étudiants, de restreindre le regroupement familial et de réformer l'instruction des demandes d'asile.
Il souhaite également durcir les relations avec les pays d'origine, en visant particulièrement l'Algérie. Le candidat entend dénoncer l'accord franco-algérien de 1968, qui encadre notamment les conditions de circulation, de séjour et d'emploi des ressortissants algériens en France.
Mais pour l'ancien Premier ministre, la maîtrise des flux migratoires ne suffira pas à elle seule. Il appelle également à réinvestir dans l'école, à renforcer la transmission des valeurs républicaines et à rétablir un service national obligatoire.
Édouard Philippe insiste enfin sur le rôle de la prospérité économique dans la réussite de l'intégration : « Une société en croissance intègre bien mieux qu'une société figée. C'est l'expansion qui nous sauvera, pas le rabougrissement. »
Prison dès la première infraction et remboursement des dégâts
Face aux violences urbaines, le candidat d'Horizons défend parallèlement un durcissement de la réponse pénale. Il réclame des peines de prison « ultracourtes mais effectives dès la première infraction », ainsi que des peines planchers en cas de récidive pour les violences commises contre les représentants de l'autorité publique.
Il souhaite également que les auteurs des dégradations soient contraints d'indemniser leurs victimes, notamment par des prélèvements sur leurs salaires ou leurs prestations sociales.
Autres mesures proposées : des interdictions administratives de paraître, des obligations de pointage au commissariat avant certaines manifestations et une participation accrue des policiers municipaux.
Édouard Philippe estime enfin nécessaire de « réarmer juridiquement l'État » face à ce qu'il décrit comme le retour d'une violence d'ultragauche. Il juge également envisageable une régulation temporaire des réseaux sociaux, à condition qu'elle soit encadrée par la loi.
Un constat qui engage aussi l'ancien Premier ministre
À quelques mois de l'élection présidentielle de 2027, ces déclarations dessinent les contours du programme régalien d'Édouard Philippe : réduction de l'immigration, renforcement de l'intégration et réponse pénale plus ferme.
Elles présentent également une particularité politique. En dénonçant un échec de l'intégration qui s'étendrait sur plusieurs décennies, l'ancien chef du gouvernement met en cause une succession de politiques publiques, dont celles conduites lorsqu'il était lui-même à Matignon.
Le message du candidat est clair : pour Édouard Philippe, les violences d'octobre ne révèlent pas seulement une crise du maintien de l'ordre, mais aussi les limites d'un modèle d'intégration qu'il estime défaillant depuis des décennies.