Travailleurs étrangers : le tour de vis de Zuhal Demir inquiète les entreprises flamandes
Le durcissement de la migration économique commence à produire ses effets en Flandre. Les demandes pour recruter des travailleurs hors UE ont diminué de 10 %. Mais les employeurs préviennent : les pénuries de main-d’œuvre restent importantes et ces restrictions pourraient freiner la croissance.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Les demandes pour recruter des travailleurs hors UE ont diminué de 10 % depuis le durcissement des règles.
- Zuhal Demir veut donner la priorité aux demandeurs d'emploi présents en Belgique et dans l'UE.
- Le patronat flamand estime que la migration économique reste indispensable face aux pénuries de main-d'œuvre.
La politique de Zuhal Demir (N-VA) porte ses fruits, du moins en termes de chiffres. Depuis janvier, les entreprises flamandes ont introduit 10 % de demandes en moins pour engager temporairement des travailleurs provenant de pays extérieurs à l'Union européenne, rapporte De Tijd.
La ministre flamande de l'Emploi a durci les conditions d'accès à la migration économique, en fermant notamment la porte aux travailleurs peu qualifiés et en restreignant davantage l'arrivée des profils moyennement qualifiés.
Le dispositif concerne le « single permit », le permis unique de travail et de séjour délivré aux travailleurs étrangers lorsque les entreprises ne parviennent pas à trouver de candidats en Belgique ou dans l'Union européenne.
Encore 250.000 offres d'emploi
Zuhal Demir défend sa réforme en estimant que la priorité doit aller aux demandeurs d'emploi déjà présents en Flandre, en Belgique et dans l'Union européenne. Un raisonnement qui s'inscrit également dans le contexte de la limitation à deux ans des allocations de chômage.
Le marché du travail s'est certes détendu. Le VDAB recensait plus de 400.000 offres d'emploi en juillet 2022, contre environ 250.000 aujourd'hui. Le ralentissement de l'économie contribue toutefois lui aussi à cette baisse.
Et les besoins structurels restent considérables. Le vieillissement de la population va notamment continuer à peser sur le marché du travail. Selon les projections du Bureau fédéral du Plan citées par De Tijd, la Belgique comptait encore 3,1 personnes en âge de travailler pour une personne âgée en 2020. Ce rapport devrait tomber à 2,3 en 2040.
Le patronat conteste le raisonnement
C'est précisément sur ce point que les organisations patronales flamandes contestent la lecture de la ministre.
« On ne peut pas dissocier la baisse du nombre de nouvelles demandes et autorisations pour des travailleurs migrants hors UE du refroidissement du marché du travail. Moins de demandes ne signifie pas que ces postes sont désormais occupés par des demandeurs d'emploi flamands ou belges », avertit Bart Buysse, patron de l'Unizo, dans De Tijd.
Même constat du côté du Voka. « Nos entreprises sont confrontées depuis des années à des pénuries structurelles, tant en nombre de candidats qu'en matière de compétences adéquates. Une migration économique ciblée n'est pas une alternative à l'activation de la main-d'œuvre locale, mais un complément nécessaire », estime Bert Mons, du Voka Flandre occidentale.
Chauffeurs, bouchers… neuf semaines d'attente
Certaines professions particulièrement touchées par les pénuries sont directement concernées. Chauffeurs de bus, chauffeurs routiers ou encore bouchers peuvent toujours être recrutés hors UE, mais les démarches sont devenues plus contraignantes.
Ces métiers ont notamment été retirés d'une liste permettant aux entreprises de ne pas devoir démontrer qu'elles avaient préalablement recherché pendant neuf semaines un candidat sur le marché local.
Pour la fédération alimentaire Fevia, ce délai supplémentaire constitue une difficulté pour les entreprises qui peinent déjà à recruter.
Le secteur du transport pointe également un problème structurel. Les chauffeurs routiers vieillissent et la pénurie touche l'ensemble de l'Union européenne, rappelle Johan Staes, de Transport en Logistiek Vlaanderen.
Le risque d'un effet pervers
Les employeurs mettent enfin en garde contre un possible effet pervers : confrontées à davantage de restrictions sur le « single permit », certaines entreprises pourraient se tourner davantage vers le détachement de travailleurs étrangers.
Un système potentiellement plus difficile à contrôler, notamment en raison du recours à des chaînes de sous-traitance. Après deux années de recul, le nombre de travailleurs détachés en Belgique a d'ailleurs atteint 235.000 en 2025, selon les chiffres cités par De Tijd.
Pour les organisations patronales, le débat ne doit donc pas opposer activation des demandeurs d'emploi et migration économique. « Alors que notre économie stagne, la migration économique peut justement aider les entreprises à maintenir leur production, à investir et à croître », résume Klaas Soens, de Fevia.