« Une stratégie de survie » : Pascal Perri explique pourquoi les Verts se jettent dans les bras de LFI
À l’occasion des universités d’été des Écologistes, Pascal Perri livre une lecture particulièrement sévère de la stratégie du parti. Selon l’économiste et essayiste, son rapprochement avec LFI relèverait autant de la proximité idéologique que d’un impératif de survie électorale à l’approche de 2027.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Pascal Perri analyse le rapprochement des Écologistes avec LFI comme une « stratégie de survie » à l'approche de 2027 et estime le parti « condamné » aux alliances pour préserver ses députés.
Pourquoi les Écologistes semblent-ils graviter toujours davantage autour de La France insoumise ? Pour Pascal Perri, il faut remonter aux origines du mouvement avant de regarder les rapports de force qui se dessinent à gauche à l'approche de 2027.
Dans une analyse publiée sur X, l'économiste et essayiste défend une thèse assez tranchée : loin d'être une évolution accidentelle, la proximité actuelle avec LFI serait à la fois conforme à l'ADN historique de l'écologie politique française et dictée par une nécessité beaucoup plus prosaïque : conserver des élus.
« 2027 est un enjeu vital pour les Verts », écrit-il. À ses yeux, le parti « ne peut exister qu'à travers des alliances pour les législatives » et se retrouve par conséquent « condamné à se vendre ».
Comprendre ce qui se passe aux universités d'été des Verts. Quelques réflexions à partager sans exclusive de toutes les autres!
— PERRI (@pascalperri) August 21, 2026
- Nous sommes au début des années 80. Les fondateurs des Verts comme Cochet positionnent le mouvement très à gauche sur une ligne anti nucléaire,… pic.twitter.com/a83dhEf5KD
Un mouvement ancré très à gauche dès ses origines
Pascal Perri commence son raisonnement au début des années 1980. Il rappelle que des figures fondatrices des Verts, comme Yves Cochet, ont installé le mouvement sur une ligne fortement antinucléaire, pacifiste et décroissante.
La gauche aurait ainsi exercé en France un « quasi-monopole sur l'écologie », qui perdurerait encore aujourd'hui.
L'essayiste revient également sur les tentatives de Daniel Cohn-Bendit, dans les années 2000, d'élargir la base du mouvement. Selon lui, une partie de l'appareil écologiste s'y serait opposée par crainte de voir arriver des militants plus pragmatiques, les fameux « réalos », susceptibles de remettre en question certains dogmes historiques.
« Il fallait rester entre soi pour conserver intact le corpus idéologique », résume Pascal Perri, reprenant une analyse qu'il avait déjà développée dans son livre Le Péril vert.
Cette histoire expliquerait en partie pourquoi, malgré leurs résultats électoraux souvent modestes, les Écologistes conservent aujourd'hui un positionnement nettement marqué à gauche.
« Plus proches de LFI que du PS »
C'est même l'un des points centraux de son analyse. Pour Pascal Perri, la proximité entre les Verts et LFI ne constitue pas seulement une alliance de circonstance. Sur une série de sujets structurants, les deux formations partageraient une matrice politique largement commune.
« Culturellement, sur tous les sujets, les écolos sont plus proches de LFI que du PS », affirme-t-il.
ulturellement, sur tous les sujets, les écolos sont plus proches de LFI que du PS.
Pascal Perri
Il cite notamment l'énergie, l'industrie, l'agriculture, la planification économique, les « luttes intersectionnelles » ou encore le rapport à la police.
Des divergences subsistent évidemment à gauche, en particulier sur le nucléaire. Les communistes ont ainsi adopté sur cette question une ligne très différente de celle défendue historiquement par les écologistes.
Mais Perri estime que la « nature majoritaire » des Verts reste beaucoup plus à gauche que celle du Parti socialiste.
2027 : la présidentielle ou les sièges de députés ?
C'est toutefois lorsqu'il aborde les élections de 2027 que son analyse devient la plus politique.
Pascal Perri estime que la véritable préoccupation des Écologistes ne serait pas tant de déterminer quel candidat de gauche possède les meilleures chances d'accéder à l'Élysée que de savoir comment préserver leur représentation à l'Assemblée nationale.
Et, selon lui, ces deux objectifs pourraient même entrer en contradiction. Il juge Jean-Luc Mélenchon particulièrement mal placé pour remporter une présidentielle : « Il perd à tous les coups contre tous ! », écrit-il. Mais cela ne suffirait pas à détourner les Écologistes de LFI.
Pourquoi ? Parce qu'une présidentielle est suivie des législatives. Or un parti recueillant quelques pour cent des voix à l'échelle nationale peut difficilement espérer transformer seul ce résultat en un nombre important de députés. Les accords de circonscription deviennent alors déterminants.
« Pour les écolos dont Sandrine Rousseau, le seul sujet est : comment garder une présence parlementaire ? », estime Pascal Perri.
LFI comme assurance-vie électorale ?
C'est ici que l'affaiblissement du Parti socialiste prendrait toute son importance.
Face à un PS que Pascal Perri décrit comme « en déshérence », LFI apparaîtrait comme la seule force suffisamment structurée à gauche pour offrir aux écologistes un partenaire électoral puissant.
Le rapprochement aurait donc une double logique : idéologique d'abord, arithmétique ensuite.
Les Verts auraient besoin d'un accord avec une formation plus puissante pour éviter que leur influence médiatique ne se transforme, au moment des élections législatives, en marginalité parlementaire.
Perri décrit ainsi les Écologistes comme « un tout petit parti dont l'écho médiatique est très supérieur à l'influence réelle ». La formule est sévère, mais elle pose une véritable question sur le poids politique du mouvement. Une formation très présente dans le débat public peut-elle durablement conserver cette influence sans disposer d'un socle électoral suffisant pour envoyer seule un nombre significatif de députés à l'Assemblée ?
« Une stratégie de survie »
Pascal Perri va plus loin encore en inscrivant cette stratégie dans un déplacement général du paysage politique français.
Il décrit une France « à 70 % à droite », estimation qui relève de son analyse politique ; dans cette configuration, les Écologistes seraient confrontés à une alternative difficile, celle de préserver leur autonomie au risque de perdre une grande partie de leur représentation parlementaire.
Perri choisit ses mots : il parle d'une « stratégie de survie ». Une stratégie qui ne serait d'ailleurs pas sans risque. Car à force de se rapprocher de La France insoumise pour préserver leurs élus, les Verts pourraient finir par devoir assumer également les choix politiques de leur puissant allié.
L'essayiste termine ainsi son analyse par une interrogation sur l'après-2027. Dans l'hypothèse d'une victoire de Marine Le Pen qu'il juge aujourd'hui vraisemblable, quelle attitude adopteraient les Écologistes ? Et participeraient-ils à un éventuel « troisième tour social » que préparerait, selon lui, LFI ?
Derrière les débats et les discours des universités d'été écologistes, Pascal Perri voit donc se jouer quelque chose de beaucoup plus élémentaire : la bataille d'un petit parti pour préserver son existence politique dans un paysage de gauche en pleine recomposition.