« Ma daronne s’fait insulter pour son voile » : une streameuse de gauche s’inventait une famille musulmane victime d’« islamophobie »
Mère voilée insultée, père sous OQTF, « islamophobie » ressentie au quotidien : la streameuse Emmodem a reconnu avoir inventé une identité arabe et musulmane pour publier des milliers de commentaires sur les réseaux sociaux. Démasquée, elle présente désormais ses excuses.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La streameuse de gauche Emmodem a reconnu avoir utilisé un faux compte pour se faire passer pour une femme arabe et musulmane, inventant notamment une mère voilée insultée et un père sous OQTF. Démasquée, elle a présenté ses excuses.
Une mère voilée victime d'insultes, un père frappé d'une obligation de quitter le territoire français et une jeune femme arabe confrontée à une « islamophobie de plus en plus pressante ». Pendant plusieurs mois, un compte intervenant sur les réseaux sociaux racontait à la première personne les difficultés supposément rencontrées par une famille musulmane en France.
Problème : cette famille n'existait pas. Derrière le compte se trouvait en réalité Emmodem, une streameuse de gauche qui a reconnu mardi avoir utilisé une fausse identité pour se faire passer pour une femme arabe et musulmane. L'affaire, révélée sur X par le compte TwitchGauchiste puis rapportée notamment par Le Figaro et le JDD, a provoqué une importante polémique sur les réseaux sociaux.
La jeune femme, prénommée Emma, avait par ailleurs déclaré en mars dernier « s'intéresser à La France insoumise ».
« Mon père a pris OQTF, je suis dévastée »
Sous son identité fictive, Emmodem ne se contentait pas de prendre position sur le racisme ou l'immigration. Elle se construisait une biographie destinée à donner à ses interventions l'apparence d'un témoignage personnel.
« Ma daronne s'fait insulter pour son voile », écrivait-elle ainsi.
Dans un autre commentaire, elle faisait état de la situation administrative particulièrement difficile de son père : « Mon père a pris OQTF je suis dévastée, on espère juste qu'ils vont pas le mettre en CRA », en référence aux centres de rétention administrative.
La streameuse se présentait également explicitement comme issue de l'immigration : « Pardon je suis une meuf arabe j'ai pas aimé la vidéo. »
Ou affirmait constater personnellement une dégradation de la situation des musulmans en France : « J'ai vraiment ressenti l'islamophobie de plus en plus pressante c'est de pire en pire. »
Elle pouvait également s'en prendre aux « bourgeois blancs gentrifieurs ».
Ces interventions avaient donc une particularité : les arguments politiques étaient présentés comme découlant d'une expérience personnelle qui, de l'aveu même de leur autrice, était fictive.
Démasquée, elle présente ses excuses
Après avoir été identifiée par le compte TwitchGauchiste, qui documente les prises de position de créateurs de contenus situés à gauche et à l'extrême gauche, Emmodem a fini par reconnaître les faits.
Elle a présenté ses excuses aux personnes susceptibles d'avoir été heurtées par cette usurpation d'identité.
« Désolée pour toutes les personnes blessées, et/ou qui se sentent insultées par tout ça », a-t-elle déclaré, reconnaissant que l'affaire était d'autant plus problématique qu'elle émanait « d'une personne de gauche, présentée comme liée aux luttes contre les discriminations ».
L'affaire prend en effet une dimension particulière au regard des sujets sur lesquels la streameuse intervenait. Il ne s'agissait pas simplement d'utiliser un pseudonyme ou un compte anonyme, pratique extrêmement courante sur les réseaux sociaux, mais de revendiquer une origine et une religion fictives tout en inventant des situations concrètes de discrimination pour alimenter des discussions politiques.
La mère voilée insultée, le père sous OQTF et l'expérience personnelle de « l'islamophobie » n'étaient ainsi pas des témoignages anonymes : ils relevaient d'un personnage créé par la streameuse.
Une précédente polémique
Emmodem avait déjà fait parler d'elle quelques mois auparavant. La streameuse avait été écartée d'une commission du Centre national du cinéma (CNC) après une polémique concernant son impartialité.
Elle avait notamment déclaré, à propos de l'attribution d'aides publiques : « Si t'es d'extrême droite, pas de thunes. »
Cette fois, la polémique ne porte plus sur ses opinions politiques, mais sur les méthodes employées pour les défendre. Et notamment sur la fabrication de témoignages de discriminations présentés, pendant des mois, comme des expériences vécues.