Valérie Glatigny exprime ses réserves sur le passage automatique dans le qualifiant
Valérie Glatigny a annoncé une évaluation du Parcours d'enseignement qualifiant (PEQ). Dans le viseur: le passage automatique entre la 5e et la 6e année, une mesure de plus en plus contestée par de nombreux enseignants.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Une évaluation du Parcours d'enseignement qualifiant (PEQ) est en cours et ses conclusions sont attendues à l'automne.
- Le passage automatique entre la 5e et la 6e année du qualifiant suscite de nombreuses critiques sur le terrain.
- Valérie Glatigny exprime clairement ses réserves et estime que ce système peut décourager enseignants et élèves.
Alors que les grèves continuent de secouer le monde de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, certains dossiers de fond poursuivent leur chemin dans les coulisses de la politique éducative. C'est notamment le cas du Parcours d'enseignement qualifiant (PEQ), une réforme héritée de la précédente législature qui fait aujourd'hui l'objet d'une évaluation à la demande de la ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny (MR).
Interrogée en commission du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par la députée Stéphanie Cortisse (MR), la ministre a confirmé qu'une analyse approfondie du dispositif était en cours, avec une attention particulière portée à l'une de ses mesures les plus controversées: le passage automatique entre la cinquième et la sixième année secondaire dans l'enseignement qualifiant.
Une mesure contestée sur le terrain
Adopté en 2022 dans le cadre du décret relatif au Parcours d'enseignement qualifiant, le système prévoit que les élèves réguliers passent automatiquement de la cinquième à la sixième année, sauf dans quelques cas exceptionnels, notamment en cas d'échec total ou d'absence prolongée.
Une disposition qui suscite de nombreuses critiques parmi les enseignants, selon Stéphanie Cortisse.
«Sur le terrain, de nombreux enseignants me disent regretter ce passage automatique de la cinquième à la sixième année secondaire qualifiante», a expliqué la députée libérale.
Elle a également relaté une récente rencontre avec une enseignante du qualifiant qui lui confiait manifester non seulement contre l'allongement du tronc commun, mais aussi contre ce mécanisme de promotion automatique.
Pour la parlementaire, les critiques dépassent largement les débats actuels autour du décret-programme et touchent directement certaines réformes issues du Pacte pour un enseignement d'excellence.
«Ils affirment qu'on ne leur fait pas confiance, car ils sont les plus à même de dire si un élève peut passer en sixième année et ils s'interrogent sur ce passage automatique prévu par le décret», a-t-elle souligné.
Une évaluation demandée par la ministre
Face aux remontées du terrain, Valérie Glatigny a annoncé avoir chargé son administration de procéder à une évaluation complète du décret PEQ.
«À la suite de nombreux retours de terrain, j'ai moi-même été alertée sur plusieurs dysfonctionnements du PEQ», a déclaré la ministre.
Cette évaluation, dont les conclusions sont attendues pour l'automne prochain, reposera notamment sur des rencontres avec les équipes pédagogiques concernées.
«Les services du gouvernement actuel sont chargés d'aller à la rencontre des équipes pédagogiques afin de les entendre sur le déploiement du PEQ. Cette évaluation doit permettre aux équipes de s'exprimer, notamment au sujet du passage automatique entre la cinquième et la sixième année de l'enseignement qualifiant», a précisé Valérie Glatigny.
La ministre a tenu à rassurer les établissements scolaires sur les objectifs de la démarche.
«Il ne s'agit pas d'une mission d'évaluation dans le but de sanctionner des pratiques, mais bien d'une mission de diagnostic», a-t-elle insisté.
Selon elle, lorsque «un dispositif pédagogique est largement remis en cause», il est indispensable d'écouter les acteurs concernés afin d'identifier les ajustements nécessaires.
Décrochage scolaire et manque de moyens
Cette analyse doit permettre de mesurer concrètement les effets du décret sur plusieurs dimensions.
«Cette analyse croisée des déclarations des équipes pédagogiques avec les indicateurs relevés par l'administration nous permettra d'objectiver les effets de ce décret, tant au niveau du parcours des élèves, du décrochage scolaire en cours de parcours qu'au niveau des difficultés rencontrées par les équipes pédagogiques et les directions d'école pour son implémentation sur le terrain», a expliqué la ministre.
Quelques mois plus tôt, Valérie Glatigny avait déjà évoqué plusieurs problèmes signalés dans la mise en œuvre du continuum pédagogique entre la cinquième et la sixième année du qualifiant: difficultés à rattraper les retards accumulés, abandon d'élèves en sixième année doublée, complexité organisationnelle pour les écoles et manque de moyens pour accompagner les élèves les plus fragiles.
«Ce n'est pas en effaçant les notions d'effort»
Au-delà de l'évaluation technique, la ministre a également exprimé très clairement ses réserves personnelles à l'égard du principe même de promotion automatique.
«Je tiens d'ailleurs à rappeler toutes mes réserves quant au mécanisme de promotion automatique», a-t-elle déclaré devant les députés.
Avant d'ajouter: «Je reste persuadée, comme vous, que ce n'est pas en effaçant les notions d'effort, de travail et de réussite que nous pourrons améliorer notre système scolaire.»
Valérie Glatigny estime également que ce mécanisme produit un effet négatif tant sur les enseignants que sur les élèves.
«Un passage automatique décourage l'enseignant, qui assimile ce passage automatique à de la défiance à son égard, et l'élève.»
Des conclusions attendues à l'automne
Les résultats de l'évaluation devraient être connus dans les prochains mois. Ils pourraient ouvrir la voie à une révision de certaines dispositions du PEQ si les difficultés constatées sur le terrain sont confirmées.
Pour Stéphanie Cortisse, le débat est loin d'être clos. «Je reviendrai donc en temps opportun sur cette question essentielle, car ses dispositions sont vraiment contestées sur le terrain», a conclu la députée libérale.
L'automne prochain pourrait donc marquer une étape importante dans l'avenir du parcours qualifiant et relancer le débat sur la place de l'évaluation, de l'effort et du redoublement dans l'enseignement secondaire.