« Vous n’accepterez pas le résultat ? — Bien sûr que non » : le suffrage universel selon Elsa Marcel (analyse)
Interrogée sur BFMTV, Elsa Marcel promet de combattre dans la rue une éventuelle présidence Le Pen et affirme qu’elle n’en « accepterait pas » le résultat. Derrière la saillie apparaît une conception de plus en plus familière : le suffrage est souverain, à condition qu’on vote bien.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Elsa Marcel affirme qu'elle n'accepterait pas une victoire de Marine Le Pen et promet grèves et mobilisations. Une conception conditionnelle du suffrage qui interroge l'évolution de notre culture démocratique.
Il aura fallu une question très simple pour faire apparaître une conception singulière de la démocratie. Invitée sur BFMTV, Elsa Marcel, militante de Révolution permanente, expliquait ce qui adviendrait si Marine Le Pen remportait la prochaine élection présidentielle. « Si Marine Le Pen est élue, évidemment qu’on se battra dans la rue », prévient-elle. Grèves, manifestations, blocages d’universités : « Le troisième tour sera dans la rue », lui demande alors son interlocuteur. « Bien sûr. »
Puis vient cette question : « Vous n’accepterez pas le résultat ? » — « Bien sûr que non. »
La réponse mérite qu’on s’y arrête. D’autant qu’Elsa Marcel ne parle pas d’une fraude électorale, d’un coup d’État, d’une abolition des libertés publiques ou d’un scrutin truqué. Elle envisage explicitement l’hypothèse d’une victoire électorale de Marine Le Pen. Et annonce par avance qu’un tel résultat ne sera pas accepté.
Si jamais Le Pen arrive au pouvoir, vous pouvez être sûrs que ça ne passera pas comme une lettre à la poste, elle sera combattue par les travailleurs, comme l'a été Macron pendant ses deux mandats. On se présente aux présidentielles avec @AnasseKazib justement pour préparer ces… pic.twitter.com/uaegVlbCyh
— Elsa Marcel (@Elsa_Marcel) August 26, 2026
Démocratique, à condition de bien voter
Voilà peut-être l'un des glissements politiques les plus curieux de notre époque. On ne conteste plus seulement un adversaire, son programme ou l’action qu’il mène après son élection. On tend à faire de certaines options politiques des résultats moralement irrecevables avant même que les électeurs se soient prononcés.
Le raisonnement est circulaire. La démocratie est souveraine, mais certains choix sont antidémocratiques ; dès lors, si les électeurs font ces choix, défendre la démocratie consiste à combattre le résultat produit par la démocratie.
Elsa Marcel en fournit presque involontairement la démonstration. Marine Le Pen aurait un programme « anti-ouvrier, raciste ». Le diagnostic politique devient aussitôt une permission de récuser la légitimité du verdict. L’adversaire n’est plus seulement celui qu’il faut battre : il devient celui dont la victoire ne saurait constituer une alternance ordinaire.
C'est ici que le pédantisme moral finit par produire un étrange paradoxe. Celui qui s'arroge la capacité de déterminer quelles opinions sont suffisamment vertueuses pour produire un résultat acceptable se place, de fait, au-dessus de l'électeur, qu'il prétend défendre.
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