« Vous aussi, vous avez des opinions » : Sonia Mabrouk retourne sa question à Benjamin Duhamel sur France Inter
Invitée de Benjamin Duhamel sur France Inter, Sonia Mabrouk a défendu la chaîne CNews, qu’elle vient de quitter, face à l’étiquette de « chaîne d’opinion ». Lorsque son interlocuteur lui rappelle cette qualification, la journaliste lui retourne l’argument : « Vous voyez, vous aussi, vous avez des opinions. »
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Interrogée par Benjamin Duhamel sur France Inter au sujet de CNews, Sonia Mabrouk lui a retourné sa qualification de « chaîne d’opinion » : « Vous aussi, vous avez des opinions. »
Il aura suffi à Benjamin Duhamel de rappeler ce syntagme — « chaîne d’opinion » — pour que les rôles s’inversent quelques instants. Invitée de France Inter, Sonia Mabrouk a été interrogée sur CNews, chaîne qu’elle vient de quitter après y avoir passé plusieurs années et à laquelle elle dit conserver « une véritable affection ».
« J’y ai beaucoup d’amis. C’est une chaîne aussi qui m’a vue grandir et je n’ai pas l’habitude de cracher dans la soupe quand je quitte un média », explique la journaliste, rappelant au passage que CNews a été « très souvent dans l’œil du cyclone ».
Benjamin Duhamel l’interroge alors sur la qualification de « chaîne d’opinion », fréquemment accolée à son ancien employeur. Une expression que Sonia Mabrouk ne laisse pas passer : « C’est vous qui l’avez dit, d’ailleurs. »
Le journaliste reconnaît l’avoir employée. « Vous voyez, vous aussi, vous avez des opinions », lui répond aussitôt son invitée.
L’excellente Sonia Mabrouk se fait le petit Duhamel de bon matin ! 🤤👏🏻 pic.twitter.com/WgvxwW2OSr
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) August 27, 2026
« Je me permets de faire une liste des vôtres »
Benjamin Duhamel tente de préciser qu’il ne serait « pas le seul » à avoir ainsi qualifié CNews. Mais Sonia Mabrouk pousse le raisonnement plus loin et retourne à son intervieweur la méthode qu’il vient d’employer à son endroit.
« Ça ne vous a pas échappé que je suis journaliste et intervieweuse. Donc ça m’arrive aussi de renvoyer les choses pour que l’interlocuteur s’explique », lance-t-elle.
Elle ajoute : « Vous m’avez fait une liste de mes déclarations, je me permets de faire une liste des vôtres. Vous avez dit vous-même que CNews est une chaîne d’opinion. Voilà une opinion que vous avez donnée dans l’espace public. »
Benjamin Duhamel objecte alors qu’il ne croit pas qu’il s’agisse d’« une opinion politique ». « Un petit peu quand même », rétorque Sonia Mabrouk. Car derrière la qualification de « chaîne d’opinion », estime-t-elle, se trouve nécessairement l’idée d’une orientation : « Je pense que vous pensez derrière que c’est une opinion d’un certain camp. »
L'échange, courtois, n'en met pas moins en lumière une question qui dépasse largement CNews : celle de la frontière parfois commode entre les médias réputés « d'opinion » et ceux qui seraient censés ne pas en avoir.
Le refus du « campisme »
Sonia Mabrouk refuse précisément cette répartition des rôles. Elle invoque Alain Finkielkraut et sa critique du « campisme », cette tendance à assigner chacun à un bloc idéologique dont il ne pourrait plus sortir.
« Je ne crois pas profondément à ce qu’Alain Finkielkraut appelait le campisme, c’est-à-dire chacun est cantonné dans son camp », explique-t-elle.
Plutôt que de distribuer des certificats de neutralité ou d'engagement aux différents médias, la journaliste dit préférer faire confiance au public : « Je crois à l’intelligence d’abord de ceux qui nous regardent, qui nous écoutent, qui ont le choix aujourd’hui. »
Un choix qu'elle décline elle-même : « Je suis pour un pays où on a le choix, voyez-vous, de regarder CNews, BFM, d’écouter France Inter ce matin. »
La remarque n'est pas anodine. Elle revient à contester implicitement l'idée selon laquelle l'orientation éditoriale serait une particularité propre à certains médias, tandis que d'autres pourraient être considérés comme entièrement extérieurs au jeu des sensibilités politiques et culturelles.
« Le loup dans la bergerie » ?
La fin de l’entretien donne à l’échange une tonalité plus légère, sans faire disparaître le sous-texte. Benjamin Duhamel souligne qu’il n’existe pas d’exclusivité sur sa chaîne et que Sonia Mabrouk peut donc parfaitement être invitée sur France Inter.
La journaliste lui lance alors, amusée : « Vous n’avez pas l’impression que c’est le loup dans la bergerie ? »
« Décidément, vous me prêtez des opinions qui ne sont pas les miennes », répond Benjamin Duhamel.
Sonia Mabrouk achève la passe d’armes par une dernière pirouette : « Ou alors je suis aujourd’hui l’agneau dans la tanière du loup. »
Une formule qui résume assez bien l'entretien. Venue répondre aux questions de France Inter après son départ de CNews, Sonia Mabrouk aura surtout refusé le partage confortable entre ceux qui auraient des opinions et ceux qui se borneraient à constater celles des autres.