Manon Aubry va jusqu'à publier sa liste de « nuisibles » : Gérald Darmanin ne laisse pas passer
Après avoir qualifié les milliardaires de « nuisibles » qu'il faudrait « interdire », Manon Aubry récidive : l'eurodéputée LFI publie les portraits de grandes familles françaises sous la formule « stopper la prolifération ». Gérald Darmanin l'accuse de leur « mettre une cible dans le dos ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après avoir qualifié les milliardaires de « nuisibles », Manon Aubry publie les portraits de grandes familles françaises dont il faudrait « stopper la prolifération ». Gérald Darmanin dénonce une « cible dans le dos ».
Le 23 août, aux Amfis de La France insoumise, Manon Aubry avait déjà choisi son vocabulaire. Taxer les milliardaires ne suffirait plus : il faudrait les « interdire ». « D'un point de vue purement économique », expliquait l'eurodéputée, ils seraient « des formes de nuisibles ». Interpellée sur la violence du terme, elle ne s'était pas rétractée.
Quelques jours plus tard, la métaphore prend des visages. Dans une publication diffusée sur ses réseaux sociaux, Manon Aubry ouvre son montage sur la photo d'un renard : « Voici la nouvelle liste des “nuisibles” dont il faut stopper la prolifération. » Puis l'animal disparaît. Commence alors une galerie de grandes fortunes françaises.
Famille Mulliez. Famille Arnault. Famille Bolloré. Famille Bettencourt. Famille Saadé. Xavier Niel. Famille Besnier. Alain et Gérard Wertheimer. Famille Dassault. À chaque écran, des photos, des noms en capitales et l'énumération des entreprises ou marques qui leur sont associées : Auchan, Decathlon, LVMH, Canal+, L'Oréal, CMA CGM, Free, Lactalis, Chanel, Dassault Aviation ou encore Le Figaro.
La bande-son choisie pour accompagner le tout ? Apocalypse, de Cigarettes After Sex.
Le montage se termine en donnant rendez-vous à 2027 et en promettant d'« y mettre fin ». Dans le discours de Manon Aubry, il s'agit évidemment de mettre fin à l'existence des milliardaires comme catégorie économique, et non aux personnes elles-mêmes. Mais après le renard, les « nuisibles », la « prolifération » et le défilé de familles nommément désignées, le choix des mots prend une singulière lourdeur.
Le mot « nuisible »
En français courant, le mot désigne un organisme considéré comme dommageable et dont on cherche précisément à limiter la présence ou la prolifération.
Manon Aubry pouvait encore soutenir, lors de sa première déclaration, qu'elle employait une métaphore économique provocatrice. La nouvelle publication rend cette défense beaucoup plus difficile : l'eurodéputée reprend elle-même le terme controversé, lui adjoint le mot « prolifération » et l'illustre cette fois par des photos de personnes réelles, qui succèdent à celle d'un renard.
Ce n'est donc plus seulement le milliardaire abstrait que l'on condamne. Le « nuisible » possède désormais un patronyme et un visage.
Darmanin : « Leur mettre une cible dans le dos »
Gérald Darmanin a vivement réagi à la publication.
Chacun devrait être profondément scandalisé par votre « message », madame : les familles françaises, patriotes et courageuses, qui investissent dans notre économie et créent des centaines de milliers d’emplois sont une chance pour notre pays. Dans nos régions populaires, comme… pic.twitter.com/VLzxcx8Pkb
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) August 26, 2026
« Chacun devrait être profondément scandalisé par votre “message”, madame », écrit-il. Il défend ces « familles françaises, patriotes et courageuses, qui investissent dans notre économie et créent des centaines de milliers d'emplois ».
« Dans nos régions populaires, comme celle où j'ai l'honneur d'être élu, nous le savons particulièrement. Et nous les remercions », poursuit-il.
Puis vient l'accusation la plus grave : « Les injurier, leur mettre une cible dans le dos, desservent la cause que vous prétendez défendre, madame la députée, en plus de déshonorer la fonction d'élu qui est la vôtre. »
Les injurier, leur mettre une cible dans le dos, desservent la cause que vous prétendez défendre, madame la députée, en plus de déshonorer la fonction d'élu qui est la vôtre.
Gérald Darmanin
Darmanin touche ici au cœur du problème. Les Arnault, Mulliez, Bolloré, Saadé ou Dassault ne sont évidemment pas au-dessus de la critique, pas davantage que leurs entreprises ne sont soustraites au fisc, au droit social ou au débat démocratique. Mais ils ne constituent pas davantage une espèce invasive.
Et derrière ces patronymes se trouvent aussi des groupes qui emploient des centaines de milliers de personnes, investissent, exportent et structurent des pans entiers de l'économie française. On peut discuter de la répartition de la richesse qu'ils produisent. Les assimiler à une population dont il faudrait « stopper la prolifération » relève d'un tout autre registre.
Quand le vocabulaire politique change de nature
Une démocratie peut parfaitement accueillir des programmes économiques extrêmement radicaux. LFI peut proposer une taxation confiscatoire au-delà d'un certain patrimoine, souhaiter abolir les milliardaires comme réalité économique ou remettre en cause les règles de transmission du capital. Les électeurs trancheront.
Mais le langage utilisé pour défendre ces propositions importe. « Nuisibles ». « Prolifération ». Une succession de photos et de noms. Puis la promesse qu'en 2027, « on mettra fin à la concentration des milliardaires ». Pris isolément, chacun de ces éléments peut être expliqué. Juxtaposés volontairement dans une même communication politique, ils produisent un effet beaucoup plus inquiétant : non plus seulement la dénonciation d'un système, mais la désignation de ceux qui l'incarnent.
C'est précisément pourquoi l'expression de Gérald Darmanin — « mettre une cible dans le dos » — est si lourde. Une élue n'est pas responsable de toutes les interprétations que des militants pourraient donner à ses propos. Elle est en revanche pleinement responsable des mots, des images et des associations qu'elle choisit elle-même de diffuser.
Jusqu'où la surenchère ?
L'épisode intervient après une rentrée particulièrement radicale de La France insoumise. Les grandes fortunes, l'héritage, la propriété des médias ou encore la famille ont successivement été replacés au cœur d'un discours opposant volontiers les institutions héritées aux liens et structures que le mouvement entend refonder.
Manon Aubry ajoute désormais à cette offensive quelque chose de différent : l'affichage nominatif.
Et c'est peut-être là que se situe le véritable franchissement de seuil. La première sortie sur les « nuisibles » pouvait être qualifiée de provocation. La seconde est préparée, montée, illustrée et publiée après la polémique provoquée par la première. Le mot n'a donc pas échappé à Manon Aubry : elle a choisi de le reprendre et de lui donner des visages.