2027 : Bagayoko parle d'« insurrection » en cas de victoire du RN
Dans un entretien accordé à Oumma.com, Bagayoko a évoqué une possible « insurrection populaire » en cas de victoire du Rassemblement national en 2027. Des propos qui relancent les accusations de dérive radicale visant une partie de La France insoumise.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le maire LFI Bally Bagayoko évoque une « insurrection populaire » en cas de victoire du RN en 2027, relançant le débat sur la radicalisation du discours insoumis.
À mesure que l’échéance présidentielle de 2027 approche, le climat politique français continue de se tendre. Cette fois, c’est Bally Bagayoko, le maire LFI très médiatisé de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, qui se retrouve au cœur de la polémique après des déclarations particulièrement explosives accordées au média communautaire Oumma.com.
« Soit c’est nous, soit c’est eux », affirme l’élu insoumis en évoquant le duel politique qui se profile selon lui avec le Rassemblement national. Puis vient la phrase qui déclenche immédiatement la controverse : « J’ai l’intime conviction que le peuple se lèvera » en cas de victoire du RN à la présidentielle.
Lorsque son interlocuteur lui fait remarquer qu’un tel propos pourrait s'interpréter comme un appel à l’insurrection, Bally Bagayoko ne recule pas. Il répond en invoquant la Révolution française ou encore les Gilets jaunes, estimant que « toutes les réformes importantes dans ce pays se sont faites par une insurrection populaire ».
Une banalisation de la violence politique
Cette séquence illustre une forme de radicalisation progressive du discours de La France insoumise, où la contestation des institutions démocratiques devient de moins en moins implicite.
Sur Europe 1, le vice-président du RN Sébastien Chenu a dénoncé des propos « très graves », accusant Bally Bagayoko de « dire tout haut ce que Jean-Luc Mélenchon pense tout bas ». Selon lui, LFI mènerait un « travail de sape constant » contre les institutions et la légitimité démocratique.
Au-delà des réactions partisanes, la question centrale est ailleurs : peut-on encore, dans une démocratie apaisée, suggérer qu’une victoire électorale pourtant parfaitement légale peut justifier un soulèvement populaire ?
Car le problème n’est pas uniquement rhétorique. Depuis plusieurs années, une partie de la gauche radicale entretient une ambiguïté permanente vis-à-vis des institutions lorsqu’elles produisent un résultat jugé politiquement inacceptable. La légitimité du vote semble parfois devenir conditionnelle : acceptable lorsque la gauche gagne, suspecte lorsqu’elle perd.
Saint-Denis, laboratoire politique de la « Nouvelle France »
Cette sortie n’est pas anodine venant de Bally Bagayoko. Figure montante de LFI, proche de Jean-Luc Mélenchon, il incarne précisément cette stratégie de la « Nouvelle France » théorisée par le leader insoumis : une coalition électorale articulée autour des quartiers populaires, de l’électorat abstentionniste et des populations issues de l’immigration.
Son élection à Saint-Denis avait d’ailleurs été célébrée comme une victoire symbolique majeure pour le mouvement mélenchoniste. Mais depuis plusieurs mois, l’élu multiplie les gestes de rupture et les polémiques. On se souvient notamment du retrait du portrait d’Emmanuel Macron de son bureau à la mairie, qui lui avait valu un rappel à l’ordre du préfet.
Dans son entretien, Bally Bagayoko attaque également frontalement Emmanuel Macron, accusé d’avoir laissé prospérer l’extrême droite. Il qualifie par ailleurs les députés RN de « racistes », affirmant qu’ils seraient les héritiers directs de l’histoire du Front national.
Une stratégie de tension permanente
Cet épisode révèle surtout une évolution plus profonde du débat politique français : la montée d’une logique de confrontation existentielle où l’adversaire n’est plus simplement considéré comme un concurrent démocratique, mais comme une menace illégitime qu’il faudrait empêcher d’accéder au pouvoir.
À force de présenter chaque échéance électorale comme une lutte terminale entre le « camp du bien » et un ennemi supposément dangereux par essence, le débat public se radicalise mécaniquement.
La démocratie libérale suppose l'acceptation l’alternance, même lorsqu’elle déplaît. Suggestion d’« insurrection », dénonciation permanente des institutions, remise en cause implicite de la légitimité électorale adverse sont autant de signaux qui alimentent un climat de tension politique déjà extrêmement élevé en France.
Il devient difficile ensuite de prétendre défendre sereinement les règles démocratiques lorsque le résultat des urnes déçoit.