Boualem Sansal : « Si on devient un intellectuel qui n'est pas capable de supporter les critiques, il vaut mieux rester chez soi »
Boualem Sansal fait son entrée ce samedi à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au terme d’une année aussi marquée par l’épreuve carcérale que par un retour au premier plan intellectuel.
Publié par J.PE
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Résumé de l'article
Boualem Sansal entrera ce samedi 25 avril à l’Académie royale de Belgique après une année de prison et de polémiques.
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L’écrivain Boualem Sansal sera officiellement accueilli ce samedi à 15h comme membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Élu à la fin du mois d’octobre, alors qu’il était encore détenu en Algérie, le romancier et essayiste franco-algérien occupera le fauteuil numéro 37. Ce siège, l’un des dix réservés aux membres étrangers sur les quarante que compte l’institution, avait auparavant été attribué à Michel del Castillo puis à Georges Duby.
Depuis sa libération le 12 novembre, après près d’un an d’incarcération, l’élan de soutien et de bienveillance dont il bénéficiait a progressivement laissé place à des débats plus controversés. Élu fin janvier à l’Académie française, l’auteur du Serment des barbares (1999), du Village de l’Allemand (2008) et de 2084. La fin du monde (2015) a par ailleurs quitté les éditions Gallimard, qui publiaient son œuvre depuis près de trente ans, pour rejoindre leur concurrent Grasset.
Sansal honoré en Belgique
Nous avions rencontré Boualem Sansal il y a quelques jours et il nous déclarait dans une interview sur la situation de Bruxelles: « Le point de non-retour est largement dépassé ». La formule, répétée, traduit moins une exagération qu’une conviction ancrée dans son expérience personnelle. Il établit en effet un parallèle direct avec l’Algérie des années 1980, période qu’il a vécue de l’intérieur : « Ils avaient conquis le pays… ils étaient partout… et nous, on se cachait ». Une comparaison lourde de sens, qu’il assume pleinement. Il nous disait aussi : « Je considère que La France insoumise est aujourd’hui plus dangereuse que l’islamisme en France. Les islamistes ont un projet, la France insoumise n’a pas de projet à part la destruction. LFI c’est 10 personnes, il faut pas croire mais 10 personnes particulièrement nuisibles. »
Après ce large entretien accordé à 21News, il a donné une interview à nos confrères de La Libre en vue de cette occasion il y déclare notamment : « J'ai toujours été clivant. En Algérie, je l'étais parce que je critiquais l'islamisme à l'époque. Il n'y a aucune raison pour que ça change. Les gens pensent ce qu'ils veulent. Si on devient un intellectuel qui n'est pas capable de supporter les critiques, il vaut mieux rester chez soi. Tout au long de l'histoire, les intellectuels qui sortaient du cadre, ont été pendus, guillotinés depuis Giordano Bruno, en Italie. Les intellectuels, dans les pays de l'Est, c'étaient les goulags. Moi, je sors de prison. Cela ne finira jamais. »