La démocratie a besoin d’autorité (carte blanche)
Dans cette carte blanche, Marcela Gori, vice-présidente MR du CPAS d’Anderlecht, dénonce la banalisation de la haine anti-police et alerte sur les conséquences du recul de l’autorité dans certaines villes belges, en particulier à Bruxelles.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Carte blanche de Marcela Gori, vice-présidente MR du CPAS d’Anderlecht, sur la montée des violences contre la police et le recul de l’autorité dans l’espace public.
Vous avez vu, sur certains murs de nos villes fleurit l’inscription ACAB ? C’est de l’anglais, (« all cops are bastards »), qu’on pourrait traduire par « tous les flics sont des salauds/pourris ». Je suis toujours surprise de ce genre de message qui n’est rien d’autre qu’un symbole de haine ou d'appel à la violence contre un pilier de notre démocratie. Je suis surprise parce que non seulement il ne reflète pas la réalité, mais surtout parce qu’il émane d’une gauche qui ne cesse de crier à la stigmatisation, mais qui n’a aucun problème à le faire, par idéologie, pour la police et les policiers. C’est connu, notre police est raciste de manière systémique, violente sans raison, fasciste…
Il y a, comme partout, des personnalités qui n’ont pas leur place à la police et qui doivent être sanctionnées parce qu’elles sortent du terrain légal ou parce qu’elles abusent de leur autorité. Mais la grande majorité fait son travail. En silence, de manière intègre, et en faisant face à des situations compliquées, violentes et parfois mortelles. Depuis 10 ans, les attaques contre nos forces de l’ordre n’ont jamais été si nombreuses. En 2016, à Charleroi, deux policières ont été poignardées par un individu. La même année, deux autres policiers sont attaqués à Schaerbeek. Et quelques mois plus tard, deux autres à Molenbeek. En 2018 à Liège deux policières sont mortes assassinées. Il y a eu aussi le 10 novembre 2022 quand le policier Thomas Monjoie, 29 ans, est poignardé mortellement à Schaerbeek lors d’une patrouille près de la gare du Nord.
La partie émergée de l’iceberg
Toutes ces histoires horribles sont la partie émergée de l’iceberg. Au quotidien, dans notre pays, il y a aussi tout un ensemble d’affaires qui ne deviennent pas des symboles nationaux mais qui reviennent constamment dans les statistiques policières : policiers frappés lors d’interpellations, crachats, véhicules de police caillassés, guet-apens dans certains quartiers, attaques pendant les émeutes urbaines, policiers blessés par des refus d’obtempérer, agressions dans les commissariats, usage de couteaux ou de tournevis contre les agents. Parfois, la gauche défend les assaillants en parlant de « retour du boomerang » contre ceux qui ont été violents. J’entends l’argument, mais alors, pourquoi est-ce que des ambulanciers, des pompiers ou encore des facteurs subissent des actes de violence gratuite ?
La réponse est simple : il faut s’attaquer à ce qui fait autorité ou à ce qui représente l’état. Et depuis des années, une partie du débat public nous explique que l’autorité est presque un problème en soi, comme si contrôler était suspect. Comme si sanctionner était forcément brutal. Comme si la fermeté était toujours une forme d’exagération ou d’exploitation des plus fragiles.
Et si un incident survient, ces mêmes personnes pointeront du doigt le ministre de l’intérieur ou les autorités compétentes à coup de « Mais que fait la police ? Où était-elle ? ». C’est devenu un réflexe étrange de notre époque. On critique l’autorité quand elle agit, puis on l’accuse d’être absente quand les choses dégénèrent.
Une société sans autorité produit exactement ce qu’elle prétend combattre
À Bruxelles, cela fait maintenant des mois que les violences liées au trafic de drogue s’installent dans certains quartiers, au point que les autorités ont dû développer une stratégie dite des “hotspots”, avec surveillance renforcée, contrôles d’identité et présence policière accrue dans plusieurs zones sensibles. Entre septembre 2025 et février 2026, la police fédérale a recensé 43 fusillades à Bruxelles, faisant plusieurs morts et blessés. Et pourtant, même face à cela, une partie du débat continue parfois à considérer toute présence policière forte comme une dérive potentielle avant même de la voir comme une nécessité. Ou pire, à expliquer qu’il n’y a aucun problème de violence dans notre capitale comme l’expliquait il y a quelques années le Ministre président Rudi Vervoort.
Le plus frappant, c’est probablement cette contradiction permanente que l’on impose aujourd’hui aux policiers. On leur demande d’être visibles, mais pas trop. Fermes, mais pas trop. Présents partout, mais sans déranger personne. On demande parfois à quelques policiers de réparer en quelques heures des fractures installées depuis vingt ans à cause d’un déni politique, d’une lâcheté collective ou de l’abandon progressif de certains territoires.
Car la vérité est là : la police ne crée pas les problèmes qu’elle doit gérer. Elle arrive souvent à la fin de la chaîne. Quand l’école a décroché. Quand les trafics se sont installés. Quand l’autorité parentale a disparu. Quand les règles communes ne sont plus vraiment respectées. Quand plus personne n’a voulu imposer de limites parce que toute limite était devenue “stigmatisante”.
Bien sûr, personne ne souhaite vivre dans une société policière. Mais une société sans autorité claire finit souvent par produire exactement ce qu’elle prétend combattre : plus de violence, plus de tensions, plus de peur et, au final, plus de demandes sécuritaires encore. C’était d’ailleurs la conclusion du sociologue allemand Max Weber dans sa célèbre conférence de 1919 à Munich quand il parle de « Monopol legitimer physischer Gewaltsamkeit » (Un État moderne est une communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime). Autrement dit : dans une démocratie, la force ne peut appartenir ni aux clans, ni aux mafias, ni aux groupes les plus violents. Elle doit rester encadrée par la loi et exercée au nom de tous
L’autorité n’est donc pas l’opposé de la liberté. Très souvent, elle en est la condition. Et une société découvre généralement l’utilité de l’autorité au moment précis où elle commence à perdre le contrôle. Et si une partie de la gauche continue à stigmatiser les policiers et l’autorité, elle finira par se réveiller dans des villes gangrenées par les gangs et la violence urbaine. Parce que quand l’autorité démocratique recule, ce ne sont jamais les anges qui prennent sa place.