250 ans d'indépendance des États-Unis à Bruxelles : Non aux amalgames (Chronique)
Les critiques qui ont visé les célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis au Cinquantenaire dépassent largement les questions écologiques ou logistiques. Elles traduisent surtout une confusion entre un pays, son histoire et le président qui le dirige pour le moment. Une chronique d'Alain Schenkels.
Publié par Alain Schenkels
Résumé de l'article
Les critiques contre la célébration organisée par l'ambassade américaine au Cinquantenaire révèlent surtout une confusion entre la politique d'un président et l'histoire d'une nation. Cette commémoration mettait aussi en lumière l'importance des liens historiques, diplomatiques et militaires qui unissent les États-Unis, l'Europe et l'OTAN.
Avant les festivités, certains s'indignaient de la privatisation temporaire du parc du Cinquantenaire pour célébrer le 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis. Concert, feu d'artifice, nuisances sonores, atteinte à la biodiversité, coût supposé pour les contribuables belges, etc. Les critiques se multiplient. À première vue, elles pourraient sembler fondées. En réalité, elles résistent mal aux faits.
L'événement, organisé par l'ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a rassemblé près de 8.000 invités. Contrairement à ce que certains ont parfois laissé entendre, il n’a rien coûté au contribuable belge. L'ambassade américaine a entièrement assuré son financement.
Une indignation à géométrie variable
Le parc du Cinquantenaire n'a rien d'un sanctuaire que l'on ouvrirait par exception à une puissance étrangère. Il accueille régulièrement des concerts, des festivals, des manifestations sportives et des événements privés qui entraînent des restrictions d'accès. Cette réalité ne provoque habituellement ni pétitions ni indignation collective.
Même constat pour le feu d'artifice. Ce 21 juillet, à l'occasion de la Fête nationale, le parc accueillera à nouveau un spectacle pyrotechnique et un concert. Les oiseaux ne feront pourtant pas la différence entre un feu d'artifice américain et un feu d'artifice belge. Quant à la faune, elle ne s'intéresse guère à la nationalité des artificiers.
Dès lors, il est difficile de croire que le débat porte réellement sur l'écologie, le bruit ou l'occupation temporaire du domaine public. Si ces arguments étaient sincères, ils seraient avancés avec la même vigueur à chaque événement organisé au Cinquantenaire. Ce n'est manifestement pas le cas.
La véritable différence se trouve ailleurs. Cette fois, l'événement était américain. Et, pour certains, cela suffit à le rendre inacceptable.
Confondre un pays avec son président
C'est précisément là que naît l'amalgame.
Les États-Unis ne se résument pas à Donald Trump. Le président américain, quel qu'il soit, passe. Les institutions, l'histoire et la nation demeurent. Cette célébration marquait les 250 ans de l'indépendance américaine, pas l'anniversaire d'un président.
Donald Trump est le 47e président des États-Unis. Avant lui, démocrates et républicains se sont succédé ; après lui, d'autres suivront. Confondre un pays avec son dirigeant du moment relève d'une vision aussi simpliste que réductrice.
Critiquer la politique américaine ou les décisions de Donald Trump est évidemment légitime. C'est même le principe du débat démocratique. En revanche, transformer une célébration historique et diplomatique en procès politique relève davantage du réflexe idéologique que de l'analyse.
Une mémoire commune qui dépasse les alternances politiques
Sur place, parmi les invités, j'ai ressenti tout le poids de l'histoire qui unit les États-Unis et l'Europe. Le passage des avions de la Seconde Guerre mondiale ne relevait pas du simple spectacle. Il rappelait le sacrifice de milliers de soldats américains venus combattre et mourir pour libérer notre continent.
Sans leur engagement, l'histoire de notre continent aurait sans doute suivi une tout autre trajectoire. Cette mémoire appartient à notre histoire commune. Elle ne peut pas être effacée ni reléguée au second plan parce que certains rejettent aujourd'hui le président en exercice. L'histoire d'une nation dépasse toujours le mandat d'un homme.
Cette réception ne célébrait pas uniquement un anniversaire. Elle rappelait également les liens diplomatiques qui unissent les États-Unis, l'Europe et l'OTAN depuis plusieurs décennies. Dans une période où les équilibres internationaux restent fragiles, ce symbole revêtait une grande importance.
À force de tout regarder à travers le prisme de Donald Trump, certains ont fini par oublier ce qui était réellement célébré. Les 250 ans d'un pays allié, avec lequel l'Europe partage une histoire, des valeurs et une alliance stratégique.
Contester un président et débattre de ses choix est acceptable. Mais réduire une nation entière à celui qui occupe actuellement la Maison-Blanche n'élève pas le débat. Cela l'appauvrit.