« Alors donnons des armes aux Palestiniens » : la réponse de Francesca Albanese lorsqu’on lui parle de la résistance ukrainienne
Confrontée par Enrico Mentana aux conséquences d’un arrêt des armes à Kiev, Francesca Albanese maintient sa position. Lorsque le journaliste lui rappelle que les Alliés avaient armé les résistants italiens contre l’envahisseur, la rapporteuse de l’ONU rétorque : « Alors donnons des armes aux Palestiniens. »
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dans l'entretien complet accordé à Enrico Mentana, Francesca Albanese maintient son appel à cesser d'armer Kiev même lorsque le journaliste lui objecte qu'une Ukraine privée d'aide capitulerait. Confrontée à l'exemple des partisans italiens armés par les Alliés, elle répond : « Alors donnons des armes aux Palestiniens. »
La première séquence avait déjà suscité de vives réactions. L'entretien complet risque d'en provoquer de nouvelles.
Quelques jours après la diffusion d'un extrait dans lequel Francesca Albanese se déclarait favorable à l'arrêt des livraisons d'armes à l'Ukraine, une séquence plus longue de son entretien avec Enrico Mentana au Festival d'Open permet désormais d'entendre la rapporteuse spéciale des Nations unies confrontée directement aux conséquences de cette position.
Le journaliste italien lui fait remarquer que, privée de l'aide militaire occidentale, l'Ukraine risque de capituler face à la Russie. Francesca Albanese ne revient pourtant pas sur sa position.
Et lorsque son interlocuteur compare la résistance ukrainienne à celle des partisans italiens armés par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, elle répond : « Alors donnons des armes aux Palestiniens. »
Une phrase qu'elle présente immédiatement comme une « provocation », mais qui relance une controverse déjà née de ses premières déclarations.
L’intervista completa di Francesca Albanese a OPEN – quella in cui dice di essere contro l’invio di armi all’Ucraina – è persino peggio della clip già uscita.
— Stazione Quinta (@H4NDelMonaco) October 1, 2026
Mentana le fa notare che senza armi l’Ucraina capitola, la Russia vince e si crea un precedente pericoloso. Lei risponde… pic.twitter.com/1k4cvemip8
« Sans aide, l'Ukraine capitule »
Le dialogue est particulièrement vif. Enrico Mentana pose d'abord à Francesca Albanese une objection très simple : si l'Occident cesse d'aider Kiev, « l'Ukraine capitule, la Russie gagne la guerre et donc on crée un précédent : tu es plus fort, tu fais la guerre et l'autre doit se taire ».
La rapporteuse de l'ONU lui répond que ce précédent existait déjà. « Malheureusement, ce précédent existait déjà et ce sont les États-Unis qui l'ont créé au cours des guerres des trente dernières années », affirme-t-elle.
Mais elle maintient surtout son opposition aux livraisons d'armes. « Je ne crois pas que continuer à donner des armes soit une aide, parce qu'une guerre comme celle-là ne peut pas être gagnée militairement », poursuit-elle.
Albanese demande alors quelle serait l'issue recherchée en continuant à armer Kiev : « À un moment donné, la Russie reculera ? »
Cette position avait déjà été formulée dans le premier extrait publié par Open. « Je suis d'accord avec ceux qui pensent qu'il faut arrêter d'envoyer des armes à l'Ukraine et ramener la discussion dans l'espace politique », déclarait-elle. Elle reconnaissait pourtant elle-même que la Russie avait commis une agression et qualifiait la guerre d'« illégitime ».
« Alors donnons des armes aux Palestiniens »
Mentana lui oppose alors un précédent historique italien. Les partisans combattant l'occupation allemande et le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale, lui rappelle-t-il, ont reçu des armes parachutées par les Alliés. Sans ces livraisons, fait-il valoir, la Résistance italienne n'aurait pas pu combattre et l'emporter.
Réponse immédiate de Francesca Albanese : « Alors donnons des armes aux Palestiniens. » Mentana lui demande de préciser. La rapporteuse explique qu'elle s'exprime « à titre de provocation », avant d'ajouter que, dans le cas palestinien également, elle ne croit pas à une victoire obtenue par les armes.
Le journaliste insiste alors sur la différence entre les situations. Quel serait, demande-t-il, « l'armée » palestinienne qu'il faudrait armer ? « Le Hamas ? » Albanese répond : « Les Palestiniens. »
Mentana rappelle alors que l'Ukraine et la Russie sont deux États souverains représentés aux Nations unies et revient à son objection initiale : « Si tu n'aides pas l'Ukraine, l'Ukraine perd. »
« Si l'Ukraine arrête de combattre, l'Ukraine disparaît »
Le journaliste reprend ensuite une formule devenue célèbre depuis l'invasion russe : « Si la Russie arrête de combattre, la guerre se termine ; si l'Ukraine arrête de combattre, l'Ukraine disparaît. »
Francesca Albanese ne conteste pas directement ce raisonnement. Elle déplace plutôt la discussion vers les motivations qu'elle prête aux pays occidentaux qui continuent d'armer Kiev. « Je ne crois pas que l'on donne des armes à l'Ukraine simplement pour l'aider à gagner la guerre contre la Russie », répond-elle.
Elle poursuit : « Il me semble qu'il y a une déstabilisation de l'Europe dans cette guerre. » La rapporteuse précise qu'il s'agit de l'opinion qu'elle s'est forgée « de l'extérieur ».
Ces propos prolongent ceux déjà publiés par Open. Albanese y affirmait percevoir derrière la poursuite de la guerre un « calcul politique » qui « ne naît pas en Europe, mais au sein de l'Otan, dirigée par les États-Unis ».
« Je pense sincèrement qu'il peut être commode d'avoir une Europe faible et que, pour cette raison, ce front reste ouvert, avec un grand sacrifice de vies humaines, avant tout ukrainiennes », avait-elle ajouté.
Une position déjà vivement contestée en Ukraine
Les premières déclarations de Francesca Albanese avaient déjà provoqué une réponse particulièrement sévère d'Oleksandra Matviichuk, prix Nobel de la paix 2022 et directrice du Centre pour les libertés civiles de Kiev.
Interrogée par Open, l'Ukrainienne avait contesté l'idée selon laquelle cesser d'armer son pays favoriserait la paix. Elle avait au contraire averti que, dans les territoires abandonnés à l'armée russe, la conséquence ne serait pas la paix mais de nouvelles exactions contre les populations civiles.
Le débat est d'autant plus sensible que l'aide militaire occidentale reste au cœur de la stratégie ukrainienne. La France et l'Ukraine ont encore annoncé en juillet leur intention d'accélérer la fourniture et la production en Ukraine de systèmes de défense aérienne, de missiles et de munitions, Paris présentant explicitement les forces armées ukrainiennes comme la première garantie de sécurité de l'Ukraine et de l'Europe.
Hillel Neuer réclame son départ de l'ONU
Le nouvel extrait a également provoqué la colère d'Hillel Neuer, directeur exécutif de l'ONG UN Watch et adversaire de longue date de Francesca Albanese. Selon lui, cette séquence est « encore pire » que celle diffusée la semaine précédente, précisément parce qu'Albanese maintient son opposition aux livraisons d'armes lorsqu'elle est confrontée à leurs conséquences potentielles. Il la qualifie de « useful idiot of Putin » — « idiote utile de Poutine » — et réclame son départ de l'ONU.
This video is even worse than that of last week. Francesca Albanese’s call to disarm Ukraine wan’t a one-off. Directly challenged on what the consequences would mean, she repeatedly advocates stopping all weapons to Ukraine. This useful idiot of Putin must be removed from the UN. https://t.co/Ukqg60i8fT
— Hillel Neuer (@HillelNeuer) October 1, 2026
UN Watch a par ailleurs publié ce jeudi une analyse affirmant que Francesca Albanese n'avait signé aucune des déclarations conjointes d'experts des Nations unies consacrées aux violations russes des droits humains depuis son entrée en fonction en 2022.