Francesca Albanese : la « résistance » pour les Palestiniens, mais plus d’armes pour les Ukrainiens ?
La rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese reconnaît que la Russie a envahi l’Ukraine, mais estime qu’il faut cesser d’armer Kiev. Elle suggère également que Washington aurait intérêt à maintenir le conflit afin d’affaiblir l’Europe. Des propos qui font vivement réagir.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Francesca Albanese reconnaît l’invasion russe de l’Ukraine mais appelle à cesser d’armer Kiev et met en cause le rôle des États-Unis et de l’Otan.
Francesca Albanese n’en finit plus de susciter la controverse. Connue avant tout pour ses prises de position particulièrement virulentes sur Israël et Gaza, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés s’est cette fois exprimée sur la guerre en Ukraine.
Son point de départ ne souffre guère d’ambiguïté : « Il y a eu une agression, il n’y a aucun doute, la Russie a envahi l’Ukraine », reconnaît-elle.
Mais la juriste italienne ajoute immédiatement qu’« une série de raisons » ont conduit à cette guerre et avance surtout une explication géopolitique beaucoup plus contestable. Selon elle, le maintien du conflit répondrait à un « calcul politique » dont l’origine ne se trouverait pas en Europe, mais « au sein de l’Otan, l’Otan dirigée par les États-Unis ».
« Je pense cyniquement qu’il est commode d’avoir une Europe faible et que c’est pour cela que ce front reste ouvert », affirme-t-elle.
Francesca Albanese accusa la NATO – non la Russia – di tenere aperta la guerra in Ucraina, chiede di togliere le armi a Kyiv e, quando arriva il momento di spiegare come fermare la guerra, ammette: «non ce l’ho la soluzione».
— Stazione Quinta (@H4NDelMonaco) September 20, 2026
Quindi l’aggressore resta armato, l’aggredito no e la… pic.twitter.com/98l6BWP3LD
« Il faut arrêter d’envoyer des armes à l’Ukraine »
Francesca Albanese va surtout plus loin en se prononçant explicitement contre la poursuite de l’aide militaire occidentale à Kiev.
Se disant profondément attachée à la tradition juridique italienne et à une Constitution qui « répudie la guerre comme instrument de résolution des différends, elle déclare : Je suis d’accord avec ceux qui pensent qu’il faut arrêter d’envoyer des armes à l’Ukraine. »
La rapporteuse reconnaît ne pas avoir elle-même de solution à proposer. « Je ne l’ai pas, parce que je ne suis pas une experte et je ne me mets pas à spéculer », précise-t-elle.
Elle se dit en revanche « convaincue » que la situation ukrainienne est « instrumentalisée » pour justifier le discours selon lequel l’Europe serait déjà engagée dans une guerre hybride.
Ces déclarations interviennent alors que les Européens continuent de soutenir militairement l'Ukraine face à l'invasion russe et que les services de renseignement européens alertent actuellement sur les opérations hybrides attribuées à Moscou contre les pays soutenant Kiev.
Le correspondant du WSJ pointe une contradiction
Les propos de Francesca Albanese ont notamment fait bondir Yaroslav Trofimov, correspondant international du Wall Street Journal et spécialiste de l’Ukraine.
There must some complicated mental equilibristics involved in building a career on advocating the Palestinian right to armed resistance against Israeli occupation, and then saying that Ukrainians should be denied weapons to resist Russian occupation (because NATO bad.) https://t.co/kRpdDtI6ix
— Yaroslav Trofimov (@yarotrof) September 20, 2026
Il relève le contraste entre cette position et le discours tenu depuis des années par la rapporteuse sur le conflit israélo-palestinien.
« Il doit falloir une gymnastique mentale assez compliquée pour bâtir une carrière en défendant le droit des Palestiniens à la résistance armée contre l’occupation israélienne, puis expliquer que les Ukrainiens devraient être privés d’armes pour résister à l’occupation russe », ironise le journaliste.
Il résume la justification qu’il attribue à Francesca Albanese en deux mots : « NATO bad » — « l’Otan, c’est mal ».
La journaliste Caroline Fourest a elle aussi réagi en invitant ceux qui s’interrogent encore sur Francesca Albanese à relire le « portrait qui fâche » que Franc-Tireur lui avait consacré en 2024.
Si vous n’avez toujours compris qui est Francesca Albanese, c’est le moment de relire notre « portrait qui fâche » en accès libre..@franctireurmag
— Caroline Fourest (@CarolineFourest) September 20, 2026
👉 https://t.co/6jeHlR2rES https://t.co/e3Lo3WxVt3
Une rapporteuse de l’ONU habituée aux controverses
La nouvelle polémique s’ajoute à une longue série autour de la juriste italienne, nommée rapporteuse spéciale des Nations unies en 2022.
Après les massacres du 7 octobre 2023, elle avait notamment provoqué une vive controverse en répondant à Emmanuel Macron que les victimes n’avaient pas été tuées « à cause de leur judaïsme », mais « en réaction à l’oppression d’Israël ». Elle avait ensuite regretté que son message puisse être interprété comme une justification des crimes du Hamas.
Ses positions sur Israël lui ont également valu des sanctions de l’administration américaine. Celles-ci ont brièvement été suspendues par un juge fédéral en mai dernier, qui estimait que les mesures prises contre elle portaient vraisemblablement atteinte à sa liberté d’expression, avant d’être rétablies après un recours de l’administration Trump.
Francesca Albanese et ses soutiens dénoncent pour leur part une campagne politique destinée à la faire taire en raison de son travail sur Gaza. En février, le comité de coordination des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme de l’ONU avait lui-même pris sa défense, dénonçant des attaques fondées selon lui sur de la « désinformation » et rappelant l’indépendance des rapporteurs spéciaux.
Ses nouvelles déclarations ont toutefois cette particularité de porter sur un conflit étranger à son mandat onusien. Et elles exposent désormais la rapporteuse à une critique différente de celles suscitées par ses positions sur Israël : comment concilier la défense du droit d’un peuple occupé à résister avec l’appel à cesser de fournir des armes à un autre pays dont elle reconnaît elle-même qu’il a été envahi ? C’est précisément la contradiction que Yaroslav Trofimov entend désormais placer au centre du débat.