Après l’affaire Bagayoko, Pécresse veut faire la lumière sur les 200 élus employés par la RATP
Les révélations sur le cumul entre emploi et mandats du maire LFI de Saint-Denis pourraient n’être que la partie émergée de l’iceberg. Valérie Pécresse réclame désormais des explications sur les quelque 200 agents de la RATP qui auraient exercé parallèlement un mandat électif.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après les révélations sur Bally Bagayoko, Valérie Pécresse réclame des explications sur les quelque 200 agents de la RATP qui auraient également exercé un mandat électif et sur les facilités qui leur auraient été accordées.
L’affaire Bally Bagayoko prend une nouvelle dimension. Après les révélations concernant le maire LFI de Saint-Denis, qui a cumulé pendant plusieurs années ses mandats politiques avec un emploi de cadre à temps plein à la RATP, Valérie Pécresse souhaite désormais savoir si son cas était réellement isolé.
Selon Le Canard enchaîné, la présidente de la région Île-de-France demande davantage de transparence sur les élus employés par la Régie autonome des transports parisiens et sur les éventuelles facilités dont ils ont bénéficié pour exercer leurs mandats.
Elle souhaiterait notamment qu'une mission flash soit menée à l'Assemblée nationale afin d'établir l'étendue du phénomène.
Un réseau de quelque 200 élus
Un chiffre attire particulièrement l’attention : environ 200. Il provient de Jacques Marsaud, ancien proche du maire communiste de Saint-Denis Patrick Braouezec, devenu par la suite cadre dirigeant de la RATP. C'est également lui qui avait recruté Bally Bagayoko au sein de l'entreprise en 2000.
Dans son livre Passion commune, publié en 2018, Jacques Marsaud expliquait avoir animé un réseau réunissant environ 200 agents de la RATP détenteurs d’un mandat électif.
Le réseau ne se limitait d'ailleurs pas à une seule famille politique. Il réunissait, selon ses propres termes, des élus « de droite, de gauche, du centre ».
Ces salariés pouvaient constituer autant de relais de la RATP auprès des collectivités locales, voire dans certains cas auprès des ministères. Jacques Marsaud évoquait également l'existence de facilités permettant aux intéressés de concilier leur activité professionnelle avec leurs responsabilités politiques.
C'est précisément sur la nature de ces arrangements que Valérie Pécresse souhaite désormais obtenir des éclaircissements : combien d'élus en ont bénéficié, dans quelles conditions et selon quelles règles ?
Bagayoko payé plus de 6.000 euros par mois
L'interrogation intervient dans le sillage des révélations concernant Bally Bagayoko. Le maire insoumis de Saint-Denis aurait continué à occuper un poste de cadre à temps plein à la RATP tout en exerçant plusieurs responsabilités électives.
Selon les informations publiées précédemment par Le Canard enchaîné, sa rémunération à la RATP dépassait 6.000 euros mensuels.
L'association AC !! Anti-Corruption a depuis déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier, évoquant notamment des soupçons de « détournement de fonds publics et d'emploi fictif ». À ce stade, il s'agit donc de soupçons faisant l'objet d'une démarche judiciaire et non de faits établis par une condamnation.
L'association souhaite notamment déterminer comment l'emploi occupé à la RATP s'articulait concrètement avec les nombreux mandats politiques de l'élu.
« Une information que tout le monde connaît »
L'affaire embarrasse également La France insoumise. Mais une déclaration du député LFI Rodrigo Arenas pourrait désormais alimenter les interrogations.
Interrogé par Le Canard enchaîné, celui-ci a reconnu que la situation professionnelle du maire de Saint-Denis n'était nullement secrète : « Votre article ne fait que révéler une information que tout le monde connaît. »
La question dépasse désormais le seul cas Bagayoko. L’existence d'élus salariés d'une grande entreprise publique n'a évidemment rien d'illégal en elle-même et le droit prévoit des dispositifs permettant l'exercice de mandats électifs.
Ce que Pécresse veut désormais déterminer est autrement plus précis : quelles facilités la RATP a-t-elle accordées à ses élus salariés, comment leur travail effectif était-il organisé et le cas Bagayoko relevait-il d'un régime exceptionnel ou d'un système beaucoup plus largement pratiqué ?