Clémence Guetté veut une « politique de l'amitié », reste que pour elle « avoir un ami de droite, c'est dur »
Clémence Guetté vient de consacrer un livre entier à la nécessité de faire de l'amitié une valeur politique. Interrogée sur Radio Nova, la députée LFI reconnaît pourtant qu'avoir un ami « vraiment de droite », pour elle, « c'est dur ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Auteur de Pour une politique de l'amitié, Clémence Guetté reconnaît sur Radio Nova qu'avoir un ami « vraiment de droite », pour elle, « c'est dur
Clémence Guetté a fait de l'amitié un projet politique. Encore faut-il apparemment parvenir à surmonter quelques divergences électorales.
Invitée de Radio Nova, la députée de La France insoumise a été interrogée sur ses relations avec des personnes ne partageant pas ses convictions. La question tombe particulièrement bien : Clémence Guetté vient de publier son premier essai, Pour une politique de l'amitié, dans lequel elle entend précisément faire de l'amitié une force politique et lui accorder de nouveaux droits. L'ouvrage est paru le 27 août aux éditions La Découverte.
🔴 Clémence Guetté : "J'ai un ami de droite ! Les gens de droite vont mal !"
— French Carcan (@FrenchCarcan) September 18, 2026
✅ @Clemence_Guette, l'idéologue de l'amitié qui n'a pas d'amis.
🕵️ @laRadioNova - Personnage Principal animé par @azzahmedchaouch pic.twitter.com/XYNgDfKGo6
« C'est difficile. C'est même quasiment impossible »
L'échange commence par une question sur les relations de Clémence Guetté dans le petit monde politique : « Avez-vous des amis en politique qui ne soient pas de votre bord politique ? »
« Non, c'est pas le cas, c'est difficile. C'est même quasiment impossible », répond la députée.
Rien de particulièrement étonnant jusque-là : l'intervieweur parle de responsables politiques et Guetté le lui fait d'ailleurs remarquer lorsqu'il élargit la question à sa vie personnelle.
Elle assure alors fréquenter des personnes qui ne partagent pas toutes ses convictions : « Dans la vie, j'ai des gens dans mon entourage et parmi mes amis qui ne votent pas pour Jean-Luc Mélenchon. »
Mais même ces divergences peuvent manifestement peser sur les relations. « Ça amène déjà des discussions qui parfois sont douloureuses », reconnaît-elle. Pourquoi ? « Évidemment, ça charrie toute une vision du monde qui est différente. »
Un ami de droite
L'intervieweur tente alors de préciser jusqu'où va cette diversité politique : « Vous avez des amis de droite ou pas ? »
Clémence Guetté réfléchit et en trouve un : « J'ai un ami de droite, ouais, dont j'ai déjà parlé dans deux médias, qui m'écrit à chaque fois, qui me dit : “T'as parlé de moi.” » Une amitié qui n'est apparemment pas de tout repos puisque la députée précise s'être déjà « engueulée » avec lui.
La conversation prend ensuite un tour plus politique. Interrogée sur la crainte que La France insoumise peut susciter à droite, Clémence Guetté ne cherche guère à rassurer ses adversaires.
« Oui, bien sûr », répond-elle lorsqu'on lui demande si LFI fait peur « aux gens de droite ». Selon elle, la « diabolisation » de son mouvement s'expliquerait précisément par cette crainte : « C'est parce qu'on leur fait peur, parce qu'ils savent qu'on peut gagner. Ils ont raison d'avoir peur. »
« C'est dur d'avoir un ami vraiment de droite ? »
L'intervieweur revient finalement à cette singulière amitié transpartisane. « C'est dur d'avoir un ami vraiment de droite pour vous ? »
La question semble d'abord faire réfléchir Clémence Guetté. Puis tombe la réponse : « Ouais, c'est dur, ouais. »
La séquence prête d'autant plus à sourire que la députée vient de consacrer 160 pages à Pour une politique de l'amitié. Son éditeur présente l'ouvrage comme une tentative de reconnaître pleinement la place des amis dans la société et de faire de l'amitié un nouvel « horizon d'émancipation ». Le sommaire promet notamment de « politiser l'amitié », de « faire peuple » et même de « pousser des murs étroits ».
Clémence Guetté y défend plusieurs propositions concrètes : reconnaissance accrue des « familles choisies », nouveaux droits accordés aux amis ou encore possibilités de rapprochement géographique. L'amitié serait même, selon la présentation de l'ouvrage, une force permettant de lutter contre « le capitalisme et l'extrême droite ».
Quand le désaccord devient une « vision du monde »
Au-delà de l'ironie, l'échange dit quelque chose du rapport de la responsable insoumise au désaccord politique. Guetté ne présente pas simplement les divergences avec la droite comme des oppositions sur les politiques publiques. Elle explique qu'elles charrient « toute une vision du monde », au point de rendre certaines discussions « douloureuses ».
La députée ne refuse pas toute amitié avec quelqu'un de droite mais son « ouais, c'est dur » montre combien, chez elle, la frontière politique peut pénétrer jusque dans les relations privées.
Un contraste assez savoureux pour celle qui expliquait encore récemment que « l'amitié est un sujet subversif et révolutionnaire » et qui propose désormais de lui donner une place nouvelle dans la loi.
La révolution de l'amitié a donc ses difficultés pratiques. Parmi elles, manifestement : réussir à s'entendre avec quelqu'un qui vote à droite.