Boycott de BFMTV : LFI revient après avoir obtenu des « engagements » de la chaîne
Une semaine après avoir défendu avec force son « indépendance éditoriale » face au boycott de LFI, BFMTV a discuté avec le mouvement, qui affirme avoir obtenu plusieurs « engagements » avant de revenir à l'antenne. Un retour sous conditions, puisque Sonia Mabrouk restera boycottée.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Après une semaine de boycott, LFI revient sur BFMTV et affirme avoir obtenu plusieurs engagements de la chaîne, tout en maintenant son boycott de Sonia Mabrouk.
Une semaine aura suffi. Après avoir décidé de boycotter BFMTV pour protester contre son traitement à l'antenne et une ligne éditoriale qu'elle juge trop à droite, La France insoumise annonce son retour sur la chaîne. Entre-temps, des discussions ont eu lieu avec sa direction et le mouvement affirme en avoir obtenu plusieurs « engagements ».
L'épisode pose une question délicate pour une chaîne d'information : jusqu'où faut-il adapter ses pratiques aux exigences d'une formation politique afin de garantir sa présence à l'antenne ?
Le 9 septembre, LFI avait annoncé qu'elle ne répondrait plus à aucune invitation de BFMTV pendant une semaine. Le mouvement dénonçait des déprogrammations de dernière minute, des changements de sujets une fois les invités arrivés ou encore l'ajout d'intervenants transformant, selon lui, certaines interviews en « débats surprises ».
La réaction de BFMTV avait alors été particulièrement ferme. La chaîne se disait « surprise » et déplorait une remise en cause du pluralisme. Surtout, elle rappelait qu'une chaîne d'information en continu doit pouvoir adapter en permanence « sa programmation, ses horaires, ses formats comme la composition de ses plateaux ». BFMTV concluait en réaffirmant « avec force son indépendance éditoriale ».
Une semaine plus tard, LFI annonce des « engagements »
Mercredi, le ton a changé du côté de La France insoumise. Le mouvement annonce que « des échanges ont eu lieu entre la France insoumise et la direction de la chaîne » et affirme que plusieurs engagements ont été pris par cette dernière.
LFI en énumère quatre : une « transparence totale » sur la liste des invités et les thèmes prévus lors de ses passages ; la fin des annulations de dernière minute de ses représentants ; une procédure d'invitation plus respectueuse ; enfin, davantage de rigueur concernant les informations erronées diffusées à son sujet et des « garanties de correctifs visibles » lorsqu'une fausse information a été diffusée.
Le parti cite notamment le traitement médiatique de la garde à vue de l'eurodéputée Rima Hassan, au cours de laquelle BFMTV avait relayé des informations sur une possible détention de drogue que LFI avait ensuite dénoncées comme fausses.
Il convient toutefois de conserver une précaution essentielle : cette présentation des « engagements » est celle de La France insoumise. BFMTV n'a pas, au moment où nous écrivons ces lignes, publié de communiqué détaillant elle-même les termes de l'accord annoncé par le mouvement.
De « l'indépendance éditoriale » aux garanties demandées par un parti
La succession des deux communiqués n'en est pas moins frappante. Il y a moins d'une semaine, BFMTV expliquait que la composition de ses plateaux, ses formats et ses horaires devaient pouvoir évoluer « jusqu'au dernier moment » et invoquait explicitement son « indépendance éditoriale ».
LFI affirme aujourd'hui avoir obtenu « la fin des annulations de dernière minute » et une « transparence totale » sur les invités et les thèmes prévus.
Toutes ces demandes ne constituent évidemment pas en elles-mêmes une ingérence éditoriale. Prévenir correctement un invité, éviter de le déprogrammer alors qu'il se trouve déjà dans les locaux ou rectifier visiblement une information erronée peuvent parfaitement relever des usages professionnels ordinaires d'une rédaction.
La question devient plus sensible lorsque ces pratiques sont publiquement présentées comme des engagements négociés avec une formation politique en contrepartie de son retour à l'antenne. Car le mouvement ne se contente pas d'annoncer son retour. Il prévient qu'il surveillera BFMTV.
« Nous observerons le respect des engagements pris pendant les prochaines semaines », écrit LFI, qui ajoute qu'elle « pourra être amenée à revoir cette présence » s'ils n'étaient pas respectés. Autrement dit, la fin du boycott demeure conditionnelle.
Mabrouk reste boycottée : « Le journalisme, c'est le pluralisme »
Et LFI conserve une autre ligne rouge : toutes les émissions de BFMTV ne redeviennent pas fréquentables à ses yeux.
Le mouvement réitère son accusation d'une « dérive de plus en plus manifeste de la ligne éditoriale de BFMTV vers l'extrême droite » et annonce que ses représentants continueront notamment de refuser de participer à 100% Mabrouk, l'émission de Sonia Mabrouk.
LFI peut sur ce point s'appuyer sur une contestation qui existe au sein même de la chaîne. Dans un communiqué commun, le SNJ et la CGT de BFMTV ont récemment mis en cause la composition des plateaux de 100% Mabrouk, estimant que l'émission faisait une place excessive aux intervenants d'extrême droite et laissait, selon eux, se développer des « théories racistes et xénophobes sans contradiction ou presque ».
Sonia Mabrouk avait vivement rejeté ces accusations. « Le journalisme, c'est le pluralisme. Il faudra s'y habituer », avait répondu la journaliste, qui avait également assuré qu'elle ne se laisserait pas « salir ».
La confrontation prend aujourd'hui une dimension particulière. LFI reproche à BFMTV sa « dérive » vers l'extrême droite ; Sonia Mabrouk répond à ses détracteurs en invoquant le pluralisme ; et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon choisit finalement de revenir sur la chaîne tout en continuant à boycotter son émission.
LFI annonce également qu'elle ne participera pas aux formats proposant des échanges avec Raphaël Enthoven, qu'elle qualifie de « propagandiste anti-LFI », ou avec le maire de Béziers Robert Ménard.
LFI refuse de venir aux émissions de Sonia Mabrouk et d'autant plus si j'y suis invité ! Bravo pour leur lucidité. Ils savent bien qu'avec moi, leur cinéma ne fonctionne pas. pic.twitter.com/MK2j7r6qzF
— Robert Ménard (@Menard_off) September 16, 2026
Le retour à BFMTV sera donc sélectif : le mouvement accepte de nouveau l'antenne de la chaîne, mais continue de déterminer les formats et les interlocuteurs auxquels il refuse de se confronter.
Le pluralisme sous conditions ?
Il y a enfin une ironie dans cette séquence. Lorsqu'elle avait appris le boycott insoumis, BFMTV avait précisément invoqué le pluralisme : la chaîne disait regretter qu'une formation politique refuse son antenne et réaffirmait son attachement à « la présence de représentants de toutes les sensibilités et de toutes les opinions ».
Une semaine plus tard, LFI revient après des discussions avec la direction, mais conserve le droit de choisir les émissions auxquelles elle ne participera pas et prévient qu'un nouveau retrait reste possible si les engagements annoncés ne sont pas respectés.
Cela ne signifie pas que BFMTV aurait abandonné sa ligne éditoriale à La France insoumise. La chaîne continue d'ailleurs de recevoir des responsables situés aux antipodes du mouvement de Jean-Luc Mélenchon : Jordan Bardella doit encore être son invité jeudi soir.
Mais l'épisode illustre la relation de plus en plus compliquée entre médias et formations politiques à l'approche de la présidentielle. Les premiers ont besoin de représentants des principales forces politiques pour assurer le pluralisme de leurs antennes ; les secondes savent parfaitement que leur présence constitue précisément une ressource pour les chaînes qui les invitent.
LFI vient de démontrer qu'un boycott peut servir de levier dans ce rapport de force. Reste désormais à savoir où BFMTV placera la frontière entre les règles de courtoisie dues à ses invités et cette « indépendance éditoriale » qu'elle réaffirmait encore, avec force, il y a moins d'une semaine.