« Voici quelques faits bien réels » : TotalEnergies répond directement à Mélenchon sur les prix des carburants
Jean-Luc Mélenchon réclame le blocage des marges des raffineurs et ironise sur les bénéfices de TotalEnergies en France. Le groupe lui a répondu directement sur X, rappelant que ses activités françaises de raffinage et pétrochimie ont été déficitaires six années sur dix.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
TotalEnergies répond directement à Jean-Luc Mélenchon sur les marges des raffineurs et rappelle six exercices déficitaires en France sur les dix derniers.
La flambée des prix des carburants provoque désormais une passe d'armes publique entre Jean-Luc Mélenchon et TotalEnergies. Après une intervention de Michel-Édouard Leclerc sur BFMTV dénonçant les marges réalisées par les raffineurs, le candidat de La France insoumise a réclamé leur blocage et directement mis en cause le groupe pétrolier français.
« Le blocage des marges des raffineurs est la clé pour faire baisser les prix des carburants. LFI le propose depuis le début », a écrit Jean-Luc Mélenchon sur X. Le candidat affirme que les marges de profit ont été « multipliées par quatre avant d'ajouter : Et, bien sûr, on veut faire croire que Total, par exemple, ne fait pas de bénéfices en France... »
Le blocage des marges des raffineurs est la clé pour faire baisser les prix des carburants. LFI le propose depuis le début. Pendant ce temps, les marges de profit ont été multipliées par 4 ! Et, bien sûr, on veut faire croire que Total, par exemple, ne fait pas de bénéfices en… pic.twitter.com/IeEk8EmCbY
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) September 15, 2026
Une attaque à laquelle TotalEnergies a décidé de répondre directement, depuis son compte officiel.
« Bonjour M. Mélenchon. Plutôt que des "on veut faire croire", voici quelques faits bien réels », rétorque le groupe, avant de détailler les résultats de ses activités françaises et de rappeler les déclarations faites par son PDG Patrick Pouyanné devant l'Assemblée nationale.
Bonjour M Mélenchon,
— TotalEnergies News & Fact Checking (@TotalEnergiesPR) September 16, 2026
Plutôt que des "on veut faire croire", voici quelques faits bien réels. Ils ont été abordés en commission des finances à l'Assemblée nationale et récemment sur la radio publique française : ⬇️
✅ En 2026, vus les résultats attendus en France, TotalEnergies… https://t.co/BZ5uffamgM
« Six exercices déficitaires ces dix dernières années »
TotalEnergies affirme d'abord qu'il paiera bien l'impôt sur les sociétés en France en 2026 compte tenu des résultats attendus cette année.
Mais le groupe conteste surtout l'idée selon laquelle ses activités françaises de raffinage constitueraient habituellement une importante source de profits.
« Les activités industrielles de raffinage et de pétrochimie sont structurellement peu rentables dans notre pays », répond TotalEnergies. Le groupe affirme avoir enregistré six exercices déficitaires au cours des dix dernières années : 2018, 2019, 2020, 2021, 2024 et 2025.
Ces chiffres n'ont pas été avancés pour la première fois en réponse à Jean-Luc Mélenchon. Patrick Pouyanné les avait déjà présentés le 17 juin devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Le PDG expliquait alors cette faible rentabilité notamment par le coût de l'énergie et du CO2 en France. Il affirmait également que les activités de raffinage avaient accumulé plus de cinq milliards d'euros de pertes fiscales en une quinzaine d'années.
TotalEnergies exploite encore trois raffineries produisant de l'essence et du diesel en France, à Gonfreville, Donges et Feyzin. Patrick Pouyanné avait expliqué devant les députés que le groupe continuait d'y investir notamment pour préserver la sécurité d'approvisionnement française.
Des marges qui se sont pourtant envolées
La réponse de TotalEnergies ne signifie cependant pas que la critique formulée sur l'évolution récente des marges de raffinage soit sans objet.
La situation s'est radicalement améliorée pour les raffineurs avec la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Patrick Pouyanné reconnaissait lui-même en juin que les activités d'aval — raffinage, négoce et commercialisation — avaient enregistré de meilleurs résultats au premier trimestre 2026 qu'un an auparavant.
Michel-Édouard Leclerc s'en est pris mardi aux raffineurs, qu'il qualifie de « profiteurs » de la situation actuelle. Le dirigeant des centres E.Leclerc assure que les distributeurs ne réalisent qu'environ un centime de marge par litre et affirme que certaines marges de raffinage ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés.
Jean-Luc Mélenchon s'appuie sur cette envolée récente pour réclamer un blocage des marges.
Mais deux réalités différentes se superposent dans la polémique : les marges de raffinage peuvent fortement augmenter pendant une crise énergétique sans que cela signifie que cette activité ait été structurellement bénéficiaire en France au cours de la décennie précédente.
Même à l'Assemblée, le débat porte sur l'endroit où se forment les marges
La question a précisément occupé la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Lors de travaux consacrés aux prix des carburants, le député Philippe Brun estimait que le plafonnement d'une marge pouvait constituer une forme de blocage des prix. Mais il distinguait les marges réalisées par les raffineries de celles générées plus loin dans la chaîne de commercialisation.
« S'il est démontré que les marges des raffineries sont importantes, ce que je ne crois pas être le cas, alors il faut agir », expliquait-il. Selon lui, les travaux parlementaires conduisaient plutôt à rechercher une partie des marges dans les activités intermédiaires et de négoce.
Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel, issu de LFI, défendait une lecture différente. Il soulignait que le raffinage de TotalEnergies avait bien généré des bénéfices en France au premier trimestre 2026 dans le contexte de hausse des prix et estimait qu'une intervention au niveau du raffinage permettrait également d'agir plus en amont.
Le désaccord qui oppose désormais Mélenchon à TotalEnergies traverse donc déjà l'Assemblée nationale.
TotalEnergies invoque son plafonnement à la pompe
Le groupe pétrolier rappelle enfin que ses résultats ne sont pas réalisés uniquement en France. TotalEnergies exerce ses activités dans plus d'une centaine de pays et l'essentiel de ses bénéfices provient de ses activités internationales, notamment de production d'hydrocarbures.
C'est précisément cette intégration mondiale que l'entreprise invoque pour justifier sa capacité à plafonner ses prix dans ses stations-service françaises.
« Ce sont les résultats réalisés dans le monde qui permettent des mesures comme les plafonnements des prix à la pompe qui, eux, sont mis en place uniquement pour nos clients français », répond TotalEnergies à Jean-Luc Mélenchon.
Le groupe assure être « la seule entreprise au monde » à appliquer une telle mesure.
La confrontation illustre surtout la bataille politique qui s'ouvre autour de la formation des prix des carburants. Alors que ceux-ci atteignent des niveaux records sous l'effet de la crise au Moyen-Orient, distributeurs, raffineurs et responsables politiques se renvoient désormais la question des marges.
Michel-Édouard Leclerc estime que les distributeurs n'ont pratiquement plus aucune latitude. Jean-Luc Mélenchon veut contraindre les marges des raffineurs. TotalEnergies répond que son raffinage français a perdu de l'argent six années sur dix.
Derrière cette bataille de chiffres se pose désormais une question beaucoup plus concrète pour le gouvernement : à quel endroit de la chaîne peut-il intervenir pour faire baisser le prix payé par l'automobiliste sans compromettre l'approvisionnement en carburant ?