Assassiné dans son église, le père Jacques Hamel reçoit un hommage national dix ans plus tard
Dix ans après l'assassinat du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, la Normandie lui rend hommage lors d'un week-end de mémoire. Exposition, marche silencieuse, inauguration d'un parvis à son nom et célébrations rappelleront le parcours d'un prêtre resté fidèle à son engagement jusqu'à son dernier souffle.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Dix ans après l'assassinat du père Jacques Hamel pendant une messe à Saint-Étienne-du-Rouvray, la Normandie organise un week-end de commémorations. Exposition, marche silencieuse, inauguration d'un parvis à son nom et recueillement sur sa tombe rendront hommage à un prêtre dont la vie et la mort continuent de marquer la mémoire collective.
Le 26 juillet 2026 marquera une date hautement symbolique. Dix ans après l'assassinat du père Jacques Hamel par deux terroristes se réclamant de l'État islamique, Saint-Étienne-du-Rouvray et Rouen consacreront tout un week-end à la mémoire du prêtre normand. Plusieurs cérémonies civiles, religieuses et culturelles rappelleront le destin d'un homme devenu l'un des visages des victimes du terrorisme en France.
Le père Jacques Hamel n'était pourtant pas une personnalité médiatique. Toute sa vie s'est construite dans la discrétion du ministère paroissial, au service des fidèles, bien loin des projecteurs.
Une vie consacrée au service des autres
Jacques Hamel naît le 30 novembre 1930 à Darnétal, près de Rouen, dans une famille modeste. Son père travaille dans les chemins de fer tandis que sa mère transmet une foi profonde à ses enfants.
Très jeune, il devient enfant de chœur avant d'entrer au petit séminaire à seulement quatorze ans. À 23 ans, il effectue son service militaire pendant dix-huit mois en Algérie. Sa sœur racontera plus tard qu'il refuse catégoriquement le grade d'officier que l'armée souhaite lui confier en raison de son efficacité dans les transmissions. Il préfère rester simple soldat afin de ne jamais avoir à « donner l'ordre à des hommes de tuer d'autres hommes ». Une décision qui résume déjà son refus de la violence et son profond attachement à la vie humaine.
Ordonné prêtre en juin 1958 pour l'archidiocèse de Rouen, il exerce son ministère dans plusieurs paroisses de Seine-Maritime. Il devient successivement vicaire au Petit-Quevilly puis à Sotteville-lès-Rouen, avant d'être nommé curé à Saint-Pierre-lès-Elbeuf puis à Cléon.
En 2000, il rejoint la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray. Cinq ans plus tard, il poursuit son engagement comme prêtre auxiliaire. Même après l'âge de la retraite, il continue à célébrer les offices, les baptêmes, les mariages et les funérailles. En juillet, période de vacances, il assure également les permanences paroissiales.
En 2008, il célèbre son jubilé d'or sacerdotal, marquant cinquante années de sacerdoce.
Après les attentats de janvier 2015, il participe également à un comité interreligieux réunissant responsables catholiques et musulmans. Ceux qui l'ont côtoyé soulignent son ouverture, son esprit missionnaire et sa volonté constante de favoriser le dialogue.
Un attentat qui bouleverse la France
Le 26 juillet 2016, peu avant 10 heures, deux terroristes armés de couteaux pénètrent dans l'église Saint-Étienne pendant la messe matinale.
À l'intérieur se trouvent le père Jacques Hamel, plusieurs religieuses et quelques fidèles.
Les assaillants s'en prennent immédiatement au prêtre. Selon les témoignages recueillis après les faits, ils le forcent à s'agenouiller avant de l'agresser mortellement. Guy Copponet, un fidèle également poignardé et laissé pour mort, rapportera plus tard que les derniers mots du prêtre furent : « Va-t'en Satan. »
Les policiers de la Brigade de recherche et d'intervention interviennent rapidement. Ils abattent les deux terroristes à leur sortie de l'église alors qu'ils utilisent deux religieuses comme boucliers humains.
Le père Jacques Hamel succombe à dix-huit coups de couteau. Un autre fidèle est grièvement blessé.
L'émotion dépasse rapidement les frontières françaises. L'historien Jean-François Colosimo rappelle qu'il s'agit du premier assassinat d'un prêtre pendant une messe en France depuis la guerre de Vendée. Le Vatican souligne également qu'il est le seul prêtre catholique tué en Europe cette année-là dans un attentat terroriste.
Quelques jours plus tard, le pape François exprime sa douleur et rend hommage à « ce saint prêtre », tué alors qu'il célébrait l'Eucharistie. Lors de son déplacement à Cracovie, il déclare que « le monde est en guerre, car il a perdu la paix ».
Messe par le pape François en mémoire du père Hamel, le 14 septembre 2016
Les obsèques du père Jacques Hamel rassemblent près de 3.000 personnes à la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Les autorités françaises, des représentants des communautés juive et musulmane ainsi que de nombreux fidèles assistent à la cérémonie. Il repose depuis au cimetière de Bonsecours.
L'affaire prendra ensuite une dimension polémique lorsqu'il apparaîtra que les services de renseignement avaient reçu, avant l'attentat, des informations évoquant un projet d'attaque contre une église de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Dix ans après, un week-end entier pour honorer sa mémoire
Pour le dixième anniversaire de sa disparition, les diocèses de Rouen et de Saint-Étienne-du-Rouvray ont souhaité construire un programme centré sur le souvenir, le dialogue et la paix.
Les commémorations débuteront le samedi 25 juillet avec une rencontre interreligieuse intitulée « Musulmans et catholiques : éduquer les jeunes à la rencontre de l'autre ». Témoignages et échanges rythmeront cette première journée.
Dans l'après-midi, l'église où s'est déroulé l'attentat ainsi que la cour du presbytère ouvriront leurs portes au public.
La soirée se poursuivra à la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Une exposition consacrée à la vie et au ministère du père Jacques Hamel sera inaugurée avant une veillée-mémoire mêlant lectures de ses textes et compositions musicales.
Le dimanche 26 juillet constituera le point culminant des commémorations
Une marche silencieuse suivra les derniers pas du prêtre entre le presbytère et l'église Saint-Étienne. Le maire Joachim Moyse inaugurera ensuite officiellement le parvis « Père Jacques Hamel », qui portera désormais son nom.
Une messe présidée par l'archevêque de Marseille sera célébrée puis retransmise sur France Télévisions.
Les hommages s'achèveront à Bonsecours, où repose le prêtre. Un temps de recueillement est prévu sur sa tombe avant les vêpres célébrées dans la basilique Notre-Dame de Bonsecours.
Au-delà de la cérémonie, cette décennie rappelle que Jacques Hamel demeure une figure forte de l'Église catholique française. Son parcours de vie, marqué par la simplicité, le dialogue et le refus de la violence, continue d'incarner le souvenir des victimes du terrorisme.
Les commémorations prévues ce week-end entendent transmettre cette mémoire aux nouvelles générations et rappeler que, dix ans après le drame, son nom reste associé à un message de paix et de fraternité.