Bruxelles : de l'argent destiné à la sécurité aurait financé un voyage à Disneyland et un « cybercentre fantôme »
Bruxelles reçoit chaque année 55 millions d'euros du fédéral pour la sécurité et la prévention. Une partie aurait servi à financer des logements sociaux, des toilettes, des repas pour sans-abri ou encore un voyage à Disneyland. Le ministre de l'Intérieur réclame des explications.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une partie des 55 millions versés chaque année à Bruxelles pour la sécurité aurait financé logements sociaux, repas, un cybercentre jamais construit et même un voyage à Disneyland.
Un voyage à Disneyland, des appareils électroménagers, des sacs-poubelle, des repas pour sans-abri ou encore un cybercentre qui n'a jamais vu le jour. Voilà quelques-unes des dépenses qui auraient été financées ces dernières années avec une enveloppe fédérale pourtant destinée à la sécurité et à la prévention à Bruxelles.
Chaque année, le gouvernement fédéral verse 55 millions d'euros à la capitale en raison notamment de son rôle international et des besoins de sécurité liés à l'organisation des sommets européens. Sur cette somme, 35 millions sont attribués aux zones de police bruxelloises et 20 millions aux communes.
Mais l'utilisation d'une partie de ces 20 millions soulève désormais des questions au Parlement fédéral.
828.000 euros pour le logement social
Selon les éléments rapportés par BRUZZ et La Dernière Heure, 828.000 euros provenant de cette enveloppe ont notamment été attribués en 2020 à la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale. L'Inspection des finances avait déjà émis de sérieuses réserves sur cette utilisation.
La même année, la STIB avait reçu trois millions d'euros pour des projets liés à la prévention et à la sécurité. Une partie de cette somme a notamment servi à installer des toilettes dans des stations de métro et à distribuer des repas aux sans-abri.
La controverse ne s'arrête pas là. Trois millions d'euros avaient ensuite été prévus pour la création d'un centre bruxellois consacré à la cybersécurité. Le projet n'a finalement jamais vu le jour et plus de deux millions d'euros auraient été réaffectés aux communes.
En 2023, l'administration réclamait encore à l'ancien ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) des justifications concernant 2,28 millions d'euros liés à ce projet, selon des éléments présentés jeudi à la Chambre par Denis Ducarme (MR).
Vervoort avait auparavant expliqué à la secrétaire d'État fédérale au Budget Alexia Bertrand qu'il s'agissait d'un « déplacement comptable », rapporte BRUZZ.
Et même un voyage à Disneyland ?
C'est cependant une autre dépense qui retient désormais particulièrement l'attention.
Denis Ducarme affirme, sur la base de sources qu'il présente comme haut placées au sein de l'administration, qu'une partie de l'argent destiné à la sécurité a également servi à financer des appareils électroménagers, des livres, des frais de livraison, des sacs-poubelle, une laverie destinée aux personnes isolées et même « un voyage à Disneyland ».
« C'est de l'argent que Bruxelles aurait pu investir ces dernières années dans les nombreux défis de sécurité auxquels la ville est confrontée », dénonce le député MR auprès de BRUZZ.
L'existence et le financement précis de ce voyage doivent cependant encore être documentés. BRUZZ relève que les pièces permettant d'établir certaines de ces dépenses ne sont pas encore publiques et qu'un audit ou des auditions parlementaires devront précisément permettre d'en vérifier la réalité et les circonstances.
Bernard Quintin interpellé à la Chambre
L'affaire est désormais remontée jusqu'au ministre fédéral de la Sécurité et de l'Intérieur, Bernard Quintin (MR).
Interpellé jeudi à la Chambre, celui-ci a confirmé l'existence de la dotation annuelle de 55 millions d'euros. Mais il a expliqué qu'elle était considérée depuis 2017 comme une dotation et non plus comme une subvention, ce qui empêche son département d'exercer un contrôle direct sur chacune des dépenses effectuées avec cet argent.
Une situation que le ministre dit regretter. Il a demandé aux services concernés un rapport sur l'utilisation des fonds fédéraux consacrés à la sécurité bruxelloise.
La N-VA réclame de son côté un audit complet. « Alors que le PS nous répète régulièrement qu'il n'y a pas assez d'argent pour la sécurité à Bruxelles, il apparaît qu'un voyage à Disneyland est organisé avec de l'argent fédéral. C'est hallucinant », a réagi la députée Maaike De Vreese auprès de BRUZZ.
Denis Ducarme souhaite pour sa part organiser des auditions au Parlement et n'exclut pas de réclamer le remboursement de certaines sommes si leur utilisation irrégulière était établie. Il reconnaît également qu'une éventuelle défaillance du contrôle fédéral devra être examinée, y compris sous le précédent gouvernement auquel son propre parti participait.
L'affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la capitale, confrontée à une succession de violences liées au narcotrafic. Fin août, le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, faisait état de 150 fusillades et 22 explosions en un an dans la capitale.
Reste désormais à déterminer précisément où sont passés les millions versés par le fédéral. Entre dépenses de prévention au sens large, réaffectations comptables et dépenses potentiellement étrangères à l'objet de la dotation, l'audit réclamé devra surtout permettre de séparer ce qui était autorisé de ce qui ne l'était pas.