« Si c'est pour financer les comiques de France Inter, c'est non » : Guillaume Roquette refuse de faire payer les retraités sans économies
Guillaume Roquette n'exclut pas de demander un effort aux retraités pour redresser les comptes publics. Mais le directeur du Figaro Magazine pose une condition : que l'État commence par réaliser des économies « tangibles », plutôt que de faire financer ses dépenses par les pensions.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Guillaume Roquette accepte le principe d'un effort demandé aux retraités, mais refuse qu'il serve à maintenir des dépenses qu'il juge évitables : « Si c'est pour financer les comiques de France Inter, c'est non. »
Demander un effort aux retraités ? Guillaume Roquette ne ferme pas la porte. Mais pas question, selon lui, de présenter leur pouvoir d'achat comme une nouvelle variable d'ajustement sans s'interroger parallèlement sur les dépenses de l'État.
Invité de l'émission Points de vue du Figaro TV, le directeur de la rédaction du Figaro Magazine est revenu sur l'une des pistes les plus sensibles du prochain budget : une moindre indexation des pensions de retraite. Sébastien Lecornu vient en effet de confirmer son intention de mettre les retraités à contribution dans le cadre des 54 milliards d'euros d'effort budgétaire prévus pour 2027.
Sur le principe, Guillaume Roquette ne balaie pas le débat. « On ne peut pas faire peser sur les actifs indéfiniment le poids des retraites », estime-t-il. Il rappelle que les salaires du privé ne sont généralement pas automatiquement indexés sur l'inflation, pas davantage que le point d'indice des fonctionnaires, tandis que le SMIC bénéficie, lui, d'un mécanisme légal de revalorisation automatique lié à l'évolution des prix.
« D'un point de vue conceptuel, je comprends qu'on puisse ouvrir ce débat », reconnaît donc le journaliste.
«On peut demander un effort aux retraités. Mais si c'est pour financer les comiques de France Inter qui insultent toute une partie de la représentation politique, ou des allocations de type RSA à des gens qui ne travaillent pas, c'est non», estime @G_Roquette dans Points de Vue. pic.twitter.com/GprJkkCzZP
— Le Figaro TV (@LeFigaroTV) September 17, 2026
« Peut-être qu'il fallait y réfléchir avant »
Mais Guillaume Roquette retourne ensuite l'argument contre Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a accepté de suspendre jusqu'en 2028 la réforme des retraites adoptée sous Emmanuel Macron, concession politique qui aura elle-même un coût pour les finances publiques.
« Qui est responsable de l'aggravation du trou dans les retraites ? », interroge Guillaume Roquette, qui désigne directement le chef du gouvernement : « C'est Monsieur Lecornu qui a renoncé à la réforme des retraites qui permettait d'avoir des ressources nouvelles de cotisation grâce au report de l'âge légal. »
Qui est responsable de l'aggravation du trou dans les retraites ? C'est Monsieur Lecornu qui a renoncé à la réforme des retraites qui permettait d'avoir des ressources nouvelles de cotisation grâce au report de l'âge légal.
Guillaume Roquette
La suspension de la réforme doit effectivement peser sur les comptes dès 2027. Le gouvernement évalue son coût à environ 1,8 milliard d'euros cette année-là, avant une reprise de la trajectoire prévue par la réforme à partir de 2028 en l'absence d'un nouveau texte.
Pour Roquette, l'exécutif ne peut donc pas supprimer une source d'économies puis présenter quelques mois plus tard la contribution des retraités comme une nécessité budgétaire. « C'est un peu facile de dire aujourd'hui : “Ah, il faut qu'on trouve de l'argent !” D'accord, bonhomme, mais dans ces cas-là, peut-être qu'il fallait y réfléchir avant », lance-t-il.
Il estime que Lecornu a fait cette concession pour obtenir « la bienveillance de la gauche et du Parti socialiste en particulier », et qualifie la réforme des retraites de 2023 de « seule véritable réforme économique courageuse prise par Emmanuel Macron », précisément parce qu'elle était « forcément impopulaire ».
« Si c'est pour financer les comiques de France Inter, c'est non »
Mais c'est ensuite que Guillaume Roquette élargit son propos. Le débat ne doit pas seulement porter, selon lui, sur les personnes auxquelles l'État demande de nouveaux efforts. Il doit également porter sur ce que l'État accepte encore de financer.
« Moi, je veux bien qu'on demande des efforts aux retraités », commence-t-il. Avant d'énumérer plusieurs dépenses auxquelles il entend opposer un refus.
« Si c'est pour financer les comiques de France Inter qui insultent à longueur de journée toute une partie de la représentation politique de ce pays, c'est non », lance-t-il.
Si c'est pour financer les comiques de France Inter qui insultent à longueur de journée toute une partie de la représentation politique de ce pays, c'est non.
Guillaume Roquette
Une déclaration qui intervient en pleine controverse autour de l'antenne de France Inter et de son pluralisme. Plusieurs chroniques humoristiques ont suscité des polémiques ces dernières semaines, tandis que l'arrivée de Charles Sapin parmi les éditorialistes de la station a provoqué une forte contestation interne. Le débat dépasse ainsi désormais largement la seule programmation de la radio publique.
Guillaume Roquette poursuit : « Si c'est pour payer des allocations de type RSA à des gens qui pourraient travailler et qui ne travaillent pas, je pense que ce n'est plus acceptable. »
Il cite enfin les représentants syndicaux siégeant au Conseil économique, social et environnemental : « Si c'est pour payer le salaire des retraités des syndicats qui siègent au Conseil économique et social, je dis non. »
« Des économies tangibles »
Derrière les exemples volontairement provocateurs, Guillaume Roquette défend ainsi un principe : faire participer davantage les retraités au redressement des finances publiques ne peut être politiquement acceptable, selon lui, que si l'État démontre parallèlement sa capacité à réduire ses propres dépenses.
« Symboliquement, on ne peut pas demander un effort supplémentaire aux retraités s'il n'y a pas des économies tangibles qui sont faites en face », résume-t-il. Et sa conclusion est sans détour : « Pour l'instant, on ne les voit pas. »
Le débat est désormais ouvert. Le gouvernement envisage de demander un nouvel effort aux retraités pour contenir le déficit public autour de 5 % du PIB en 2027. Guillaume Roquette ne récuse pas cet effort par principe. Il demande d'abord à l'État de montrer où, de son côté, il est prêt à renoncer à dépenser.