Budget : un vent d’optimisme souffle sur l’Arizona après la nouvelle note de De Wever
Un vent d’optimisme souffle à nouveau sur les négociations budgétaires. Bart De Wever a déposé une nouvelle proposition ce mardi. Un accord sur les 10 milliards à trouver d’ici 2029 semble se rapprocher, mais plusieurs obstacles majeurs subsistent.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Bart De Wever a présenté mardi une nouvelle proposition budgétaire après les entretiens bilatéraux menés lundi avec ses vice-Premiers.
- La réduction de l’effort demandé via la TVA facilite la recherche d'un compromis avec le MR, mais oblige à trouver des milliards ailleurs.
- Vooruit, le CD&V et Les Engagés réclament toujours moins d’économies dans la santé et une contribution plus importante des « épaules les plus larges ».
Le mot est encore prononcé avec prudence, mais il circule à nouveau dans les couloirs du gouvernement fédéral : optimisme.
Après une nouvelle journée de discussions, les négociations budgétaires semblent avoir quelque peu progressé ce mardi. Plusieurs sources proches du dossier estiment désormais qu’un accord n’est plus très éloigné sur le plan strictement mathématique.
Une évolution notable après les tensions des derniers jours. Dimanche encore, la proposition déposée par le Premier ministre Bart De Wever avait suscité une levée de boucliers de Vooruit, du CD&V et des Engagés. Les quelque 4 milliards d’euros d’économies envisagés dans les soins de santé étaient notamment jugés disproportionnés.
Après avoir repris lundi les entretiens bilatéraux avec ses partenaires, Bart De Wever a remis ce mardi matin une nouvelle proposition sur la table. Elle doit désormais servir de base à une nouvelle réunion du comité ministériel restreint dans la soirée.
« Mathématiquement », l’accord se rapproche
L'objectif reste inchangé : trouver environ 10 milliards d’euros à l’horizon 2029 pour redresser les finances publiques et éviter que la dette ne s’engage dans un effet boule de neige.
Et, pour la première fois depuis plusieurs jours, certains négociateurs semblent entrevoir une possible zone d’atterrissage.
« On sent que,mathématiquement, un accord n’est désormais plus très loin », indique ainsi une source
Cela ne signifie toutefois pas que l’Arizona soit sur le point de conclure. Car derrière les chiffres subsistent des désaccords politiques majeurs sur la manière de répartir l’effort.
Le Premier ministre doit trouver un équilibre susceptible de satisfaire simultanément le MR, Vooruit, le CD&V et Les Engagés, sans contraindre sa propre formation, la N-VA, à avaler trop de mesures difficiles.
La TVA, obstacle en partie désamorcé
L’un des éléments qui expliquent le retour d’un certain optimisme concerne la TVA.
La vaste réforme envisagée précédemment, qui devait rapporter environ 1,5 milliard d’euros, a largement été vidée de sa substance après l’opposition du MR et de son président Georges-Louis Bouchez.
Dans les derniers scénarios, le rendement attendu de la TVA a été ramené à environ 500 à 700 millions d’euros.
Pour le MR, la situation devient dès lors plus acceptable : il ne serait plus question d'une augmentation générale des taux ni de toucher au panier de courses. Les libéraux pourraient également faire valoir qu'une partie des recettes encore recherchées correspond à des mesures déjà décidées lors d'un précédent conclave budgétaire.
Mais ce compromis potentiel avec le MR déplace le problème.
Moins de recettes provenant de la TVA signifie qu’il faut trouver davantage d’argent ailleurs.
La santé reste le principal point de friction
C’est ici que le dossier devient beaucoup plus compliqué pour Vooruit, le CD&V et Les Engagés.
La proposition précédente de Bart De Wever prévoyait plus de 4 milliards d’euros d’économies dans les soins de santé, notamment via une réduction de la norme de croissance, une limitation de l’intervention majorée, une hausse du ticket modérateur et un durcissement de la politique envers les malades de longue durée.
Pour les trois partis, la facture est beaucoup trop lourde.
Les tensions ne concernent d'ailleurs pas uniquement la santé. Des économies sur les pensions ou des interventions sur l’indexation des allocations sont également difficiles à accepter pour Vooruit. Les Engagés se montrent de leur côté réticents à un nouveau durcissement de la politique migratoire.
Le contraste avec dimanche est néanmoins perceptible : si Vooruit reste particulièrement difficile à convaincre, le CD&V et Les Engagés semblent désormais davantage disposés à rechercher une formule permettant d'aboutir.
La pression se déplace vers la N-VA
L'autre question centrale concerne les fameuses « épaules les plus larges ».
Vooruit, le CD&V et Les Engagés considèrent toujours que les contribuables disposant des moyens les plus importants ne participent pas suffisamment à l’effort. Dans la proposition précédente, leur contribution avait même été réduite, passant de près d’un milliard à environ 750 millions d’euros.
Or, si Bart De Wever veut limiter la réforme de la TVA pour maintenir le MR à bord tout en réduisant les économies demandées à la sécurité sociale, il lui reste de moins en moins d’options.
Le Premier ministre pourrait donc être contraint d’aller chercher davantage de recettes du côté des « épaules les plus larges », par exemple en renforçant la taxation des sociétés de management ou des secondes résidences.
Une piste politiquement sensible pour la N-VA.
C’est d’ailleurs l’un des reproches formulés ces derniers jours par les autres partenaires : à leurs yeux, la formation de Bart De Wever a jusqu’ici relativement épargné ses propres priorités.
Le Premier ministre est donc désormais attendu dans son rôle d’arbitre. Il doit montrer qu’il ne négocie pas uniquement avec le MR et que la N-VA est, elle aussi, disposée à consentir des sacrifices pour parvenir au compromis.
Un accord cette semaine ?
Le calendrier ajoute encore à la pression.
Bart De Wever espérait pouvoir prononcer son discours sur l’état de l’Union cette semaine. Mais la Chambre sera en congé la semaine prochaine, ce qui réduit fortement la fenêtre permettant encore de boucler rapidement l’exercice budgétaire. La véritable échéance reste toutefois la fin octobre : au-delà, il deviendrait extrêmement difficile de faire adopter le budget avant la fin de l’année.
La réunion de ce mardi soir sera donc déterminante pour savoir si le regain d’optimisme observé durant la journée peut se transformer en véritable négociation au finish.
Car les positions ont certes bougé. La hausse massive de la TVA qui empoisonnait les relations avec le MR a pratiquement disparu du paysage et les partenaires semblent se rapprocher sur le montant global à trouver.
Mais l’essentiel reste à décider : qui paiera réellement les 10 milliards d’euros d’effort demandés d’ici 2029 ?
Santé, pensions, indexation, fiscalité, « épaules les plus larges » : chaque déplacement de quelques centaines de millions d’euros risque encore de provoquer un nouveau veto.