« Ce protocole d’accord offre au régime iranien une nouvelle vie »
Pour Gérald Olivier, le protocole d’accord entre Washington et Téhéran constitue, sur le papier, une victoire politique et économique inespérée pour le régime iranien.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
Gérald Olivier estime que le protocole d’accord entre Washington et Téhéran est, sur le papier, très favorable au régime iranien.
Selon lui, l’Iran, militairement affaibli, obtient pourtant une victoire politique et économique inespérée : pétrole, avoirs gelés, reconstruction et cessez-le-feu.
Il juge que Trump a surtout voulu sortir vite du conflit, sous la pression des élections américaines et du prix du pétrole.
Le détroit d’Ormuz devient, à ses yeux, une arme de chantage durable contre l’économie mondiale.
Les grands perdants seraient surtout les Iraniens qui espéraient une chute du régime, tandis qu’Israël aurait au moins neutralisé, pour longtemps, la menace nucléaire iranienne.
Le journaliste franco-américain estime que Donald Trump a voulu sortir rapidement d’un conflit dont l’issue militaire devenait politiquement risquée, mais que le prix payé pourrait être lourd : l’Iran sauve son économie, conserve son pouvoir régional et transforme le détroit d’Ormuz en arme de chantage mondiale.
Spécialiste des États-Unis, Gérald Olivier est l’ancien rédacteur en chef du Spectacle du Monde. Il intervient régulièrement dans les médias sur la politique américaine et les relations internationales. Il est notamment l’auteur de "Cover Up. Le clan Biden, l’Amérique et l’État profond" et de "Sur la route de la Maison Blanche", dictionnaire des élections présidentielles américaines.
« Sur le papier, le protocole est favorable à l’Iran »
De nombreux commentateurs parlent d’un “accord catastrophique”. Selon eux, l’Iran en sort vainqueur et renforcé. Ils évoquent même une “capitulation de Versailles”. Sur quatorze points, dix seraient favorables à Téhéran. Quant au renoncement au nucléaire militaire, il faudrait se fier à la bonne foi d’un régime fanatique. Quelle est votre analyse ?
Sur le papier, ce protocole d’accord, ce que les Américains appellent un memorandum of understanding ou MOU, est incontestablement favorable au régime iranien. Compte tenu de l’écrasante défaite militaire subie par ce régime, c’est même une victoire politique inespérée.
Les États-Unis obtiennent la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, l’engagement de l’Iran à renoncer au nucléaire militaire et la promesse d’un accès à l’uranium déjà enrichi, afin qu’il soit détruit ou dilué. C’est tout.
En échange, l’Iran obtient la levée immédiate des sanctions contre son pétrole, au moins pendant les négociations à venir, la fin du blocus américain du détroit d’Ormuz, le dégel de ses avoirs financiers aux États-Unis, la constitution d’un fonds de 300 milliards de dollars pour sa reconstruction et un cessez-le-feu général, Liban compris.
En clair, le régime peut sauver son économie et réaffirmer son contrôle sur certains pays de la région, via ses fameux “proxys”.
Avant l’opération Epic Fury, le détroit d’Ormuz était ouvert, personne ne parlait de péage, le pétrole iranien était sous sanctions internationales, même si celles-ci étaient en partie contournées, et les avoirs iraniens aux États-Unis étaient gelés. Le régime était sous restriction et son économie battait de l’aile. Cet accord change totalement la donne. Il lui apporte bien plus qu’une bouffée d’oxygène : presque une nouvelle vie.
Les États-Unis insistent sur le fait que tous ces bénéfices sont conditionnés au “bon comportement” du régime iranien. C’est vrai si cela se vérifie dans les faits. Mais c’est peu probable.
Cela dit, il faut rappeler qu’il ne s’agit que d’un protocole d’accord. Il n’a pas de valeur contractuelle. L’accord final pourra être différent, s’il y a même un accord final, car ce n’est pas acquis.
Pour continuer la lecture, abonnez-vous ou utilisez un crédit.
Déjà abonné(e) ? Se connecter