Votre oncle vote RN ? « Y'a pas de discussion à avoir avec lui » : les propos d'une psychiatre sur Radio Nova
Invitée sur Radio Nova pour parler des conséquences psychiques du racisme, la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve a estimé qu’il n’y avait « pas de discussion à avoir » avec un oncle annonçant voter RN devant des personnes susceptibles d’être « heurtées ». Une séquence où l’autorité médicale déborde largement sur le terrain politique.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur Radio Nova, la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve estime qu'il n'y a « pas de discussion à avoir » avec un oncle disant voter RN à table.
Elle est invitée en tant que psychiatre et parle de dépression, de burn-out, de syndrome post-traumatique, voire de suicide. Mais au fil de son intervention sur Radio Nova, Fatma Bouvet de la Maisonneuve quitte progressivement le seul terrain de la médecine pour celui, autrement plus politique, du vote. Jusqu’à prendre pour exemple « l’oncle qui te dit : “Je vote RN” » à table.
🔴 Le retour de Fatma : "Il ne faut pas parler avec le tonton qui vote RN."
— French Carcan (@FrenchCarcan) September 21, 2026
✅ @fbdlm, psychiatre pour clients à forte colorimétrie, prône le lancement d'un "MeToo Racisme".
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La discussion portait initialement sur l’attitude à adopter face à des membres de sa famille tenant des propos racistes. L’un des intervenants plaidait pour le maintien du dialogue : « Si vous avez des oncles et des tantes racistes, il faut leur parler. » Quitte à laisser « tonton Gérard » s’exprimer autour d’un verre avant d’essayer de le faire changer d’avis.
La psychiatre le contredit : « L’oncle qui te dit : “Je vote RN” à table devant des personnes qui peuvent être heurtées, y a pas de discussion à avoir avec lui. » Et elle ne s’arrête pas à l’expression du désaccord : « Il vous fait mal, en fait, il l’a dit pour vous faire mal. »
Du « vécu raciste » au vote RN
Quelques instants auparavant, Fatma Bouvet de la Maisonneuve avait décrit le « vécu raciste » comme « une atteinte à son intégrité ». Elle développe à cette occasion une notion qu’elle appelle le « médiatrauma » : les « coups » reçus par l’intermédiaire de certains médias pourraient, selon elle, provoquer des insomnies, pousser à « la dépression » ou au « burn-out ».
La psychiatre va jusqu’à évoquer les conséquences les plus graves : le sentiment de ne plus avoir sa place dans la société, les idées suicidaires et, parfois, le passage à l’acte. « Vivre des attaques racistes quotidiennes, ça n’est pas rien, ça tue. Ça tue à petit feu, ça peut tuer de façon brutale », affirme-t-elle.
Elle appelle également à lancer un « MeToo racisme » et évoque le réseau REPARE, Réseau d’écoute psychologique et d’aide aux victimes des racismes, qui doit permettre aux personnes s’estimant victimes de trouver un psychologue ou un avocat.
Que des insultes, discriminations ou agressions racistes puissent avoir de graves conséquences psychologiques n’a en soi rien d’inédit. Le phénomène fait l’objet de travaux médicaux et institutionnels. La singularité de la séquence intervient ailleurs : au milieu de ce raisonnement fondé sur la blessure psychique apparaît soudain l’annonce d’un choix électoral.
Dans l’exemple choisi par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, aucun propos raciste précis n’est cité. L’oncle dit : « Je vote RN ». Cela suffit pourtant à la psychiatre pour lui prêter une intention : s’il le dit devant des personnes susceptibles d’être « heurtées », « il l’a dit pour vous faire mal ».
Quand la clinique déborde sur le politique
C’est ici que la qualité de l’intervenante prend toute son importance. Fatma Bouvet de la Maisonneuve ne parle pas seulement comme essayiste ou militante engagée dans la lutte contre le racisme. Elle intervient comme médecin psychiatre et mobilise constamment le vocabulaire et l’expérience de la clinique pour étayer son propos.
Le glissement est donc considérable. Constater que le racisme peut provoquer une souffrance psychique relève du champ médical. Déduire de l’annonce d’un vote RN que celui qui l’exprime cherche à faire souffrir les personnes présentes constitue en revanche une interprétation politique et une attribution d’intention.
La psychiatre ne dit pas que l’électeur RN souffre lui-même d’une maladie mentale. Le mécanisme est plus subtil : c’est l’effet supposé de sa parole politique sur autrui qui se trouve médicalisé. D’un côté, celui qui annonce son vote est présenté comme infligeant volontairement une blessure ; de l’autre, celui qui l’entend est placé dans un univers lexical où se côtoient atteinte à l’intégrité, traumatisme, dépression et souffrance psychique.
Le statut médical confère nécessairement un poids particulier à ce discours. Une analyse politique peut être discutée, contestée ou réfutée comme n’importe quelle autre. Lorsqu’elle se mêle à un raisonnement clinique et à l’autorité attachée à la fonction de psychiatre, la frontière devient plus difficile à discerner entre constat médical et jugement idéologique.
Cette frontière est d’autant plus importante que le vote RN concerne des millions de Français. Il ne s’agit donc pas d’un comportement marginal dont la seule évocation permettrait de présumer une intention malveillante. Affirmer qu’un homme annonçant ce choix à table devant certaines personnes cherche à leur « faire mal » revient à appliquer un soupçon particulièrement lourd à une part considérable de l’électorat sans disposer, dans l’exemple donné, d’aucun autre élément sur ses propos ou ses intentions.
Du traumatisme au « Sud global »
Ce mélange entre clinique et politique n’apparaît pas pour la première fois dans les interventions de Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Un an auparavant, elle développait déjà publiquement sa notion de « médiatrauma », expliquant recevoir des patients qui présenteraient de véritables syndromes post-traumatiques en raison du racisme et de certains discours médiatiques.
« Racisme égale syndrome post-traumatique », résumait-elle. La psychiatre établissait même un parallèle avec les violences sexuelles, estimant que le post-traumatisme lié au racisme pouvait relever de « la même symptomatologie que celui d’une femme qui a été violée ».
Mais là encore, le propos médical s’accompagnait d’une grille politique revendiquée. Fatma Bouvet de la Maisonneuve disait ses patients proches d’elle du point de vue de ce « Sud global » auquel elle déclarait adhérer. Elle évoquait « les musulmans », puis « tous les Noirs et les Arabes », présentés comme « tout d’un bloc » face aux attaques dont ils seraient victimes.
Elle rattachait également ces souffrances à l’histoire coloniale française, qui continuerait selon elle de produire des effets sur « la psychologie » et « l’imaginaire collectif » plusieurs générations plus tard.
Ces thèses ont toute leur place dans le débat public et peuvent y être défendues ou contestées. Mais elles constituent aussi des propositions politiques et idéologiques qui ne se confondent pas avec un diagnostic médical.
C’est précisément ce que révèle la séquence de Radio Nova. Partie d’une question réelle et documentée — les conséquences psychologiques que peuvent produire le racisme et les discriminations — la psychiatre aboutit à une affirmation d’une tout autre nature : un homme annonçant à table qu’il vote RN chercherait à faire souffrir les personnes présentes, au point qu’il n’y aurait « pas de discussion à avoir avec lui ».
À ce stade, ce n’est plus la psychiatrie qui permet d’établir le raisonnement. C’est une lecture politique de l’électeur et de ses intentions qui emprunte à la psychiatrie son vocabulaire et, surtout, l’autorité particulière attachée à la parole du médecin.