Il s’excuse, il pleure, et il aggrave son cas : Ed Sheeran accusé de verser des « larmes blanches »
Ed Sheeran avait reconnu ses « erreurs » et condamné la situation à Gaza. Puis il a pleuré. Nouvelle faute : une thérapeute explique que ces « larmes blanches » permettraient aux personnes blanches de recentrer l’attention sur elles. Nadiya Hussain a relayé la vidéo à son million d’abonnés.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après les excuses en larmes d’Ed Sheeran sur Gaza, une thérapeute dénonce ses « white tears », concept relayé par Nadiya Hussain auprès de son million d’abonnés.
Il ne suffisait donc pas à Ed Sheeran de présenter ses excuses. Encore fallait-il veiller à la couleur de ses larmes.
Samedi soir à Philadelphie, le chanteur britannique est revenu devant son public sur la polémique qui agite sa tournée depuis l’éviction de Macklemore. Sheeran a reconnu avoir commis des « erreurs », présenté ses excuses et qualifié la situation à Gaza de « catastrophique, injustifiable et disproportionnée ». Visiblement éprouvé par une semaine durant laquelle plusieurs artistes de sa tournée ont fait défection, il a fini par fondre en larmes.
C’était compter sans un nouveau concept destiné à analyser ce comportement apparemment mystérieux qu’est un être humain qui pleure.
Attention aux « larmes blanches »
Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, la thérapeute Megan Cooper explique que les personnes vivant dans des « corps blancs » doivent apprendre à reconnaître le phénomène des « white tears » (larmes blanches).
Selon elle, celles-ci peuvent constituer, consciemment ou non, une manière de détourner l’attention d’une oppression, de susciter la sympathie et de replacer la personne blanche au centre du conflit. Dans le cas d’Ed Sheeran, ses larmes auraient donc eu pour effet de transformer le chanteur en victime alors que le véritable sujet serait Gaza.
L’explication présente une propriété intellectuelle assez pratique : elle est difficilement réfutable. Si Sheeran ne montre aucune émotion, il pourra être accusé d’indifférence. S’il reconnaît ses erreurs, il peut être soupçonné de recentrer la discussion sur sa repentance. Et s’il pleure, l’émotion elle-même devient la manifestation du problème.
Il ne reste plus beaucoup de comportements disponibles. La séquence devient d’autant plus remarquable que Sheeran venait précisément de prendre publiquement position sur le sort des Palestiniens, après avoir longtemps cherché à maintenir ses concerts à distance de la politique. Son émotion ne portait d’ailleurs pas seulement sur Gaza : il évoquait également l’effondrement de sa tournée, ses relations personnelles et le sentiment d’avoir été abandonné par une partie de son entourage.
Peu importe : les larmes avaient une couleur.
Nadiya Hussain relaie la leçon
La théorie aurait pu poursuivre tranquillement sa carrière dans les profondeurs d’Instagram. Elle a bénéficié d’un relais autrement plus visible : Nadiya Hussain, gagnante de The Great British Bake Off et suivie par environ un million de personnes, a partagé la vidéo auprès de ses abonnés sans y ajouter aucun commentaire personnel.
Le principe exposé dans la vidéo reste pourtant assez limpide : l’émotion publique d’un homme blanc doit elle-même être interrogée à travers son appartenance raciale et le pouvoir dont celle-ci serait porteuse. Ed Sheeran croyait seulement avoir pleuré. Il aurait dû commencer par vérifier son privilège lacrymal.