Ces Belges qui veulent un flexi-job… mais comptent travailler moins dans leur emploi principal
Les flexi-jobs remplacent-ils une partie du travail classique ? Parmi les travailleurs qui envisagent d'en exercer un, 22 % pensent réduire leur emploi principal. Chez les ouvriers, cette proportion grimpe à 43 %, selon une enquête de Partena Professional.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 22 % des travailleurs qui envisagent un flexi-job dans les douze prochains mois pensent réduire leur temps de travail dans leur emploi principal.
- Chez les ouvriers concernés, cette proportion atteint 43 %.
- 59,4 % des travailleurs intéressés par les flexi-jobs citent comme première motivation le fait de gagner davantage en net qu'avec un emploi ordinaire.
Le succès des flexi-jobs aurait-il un effet pervers sur le marché du travail belge ? Alors que le gouvernement fédéral cherche plusieurs milliards d'euros pour boucler son exercice budgétaire, la question revient sur la table.
Parmi les pistes envisagées figure notamment une modification du régime avantageux dont bénéficient les flexi-jobs. L'objectif serait entre autres d'éviter que des travailleurs diminuent volontairement leur temps de travail dans leur emploi principal pour le remplacer par des heures prestées sous le régime fiscalement plus favorable du flexi-job.
Une nouvelle enquête de Partena Professional, réalisée auprès de 1.000 travailleurs belges, montre que ce phénomène est loin d'être purement théorique.
Parmi les personnes qui envisagent d'exercer un flexi-job au cours des douze prochains mois, 22 % déclarent envisager de travailler moins dans leur emploi principal pour pouvoir le faire.
« À ma connaissance, il s'agit de la première véritable indication du remplacement, redouté depuis longtemps, du travail régulier par les flexi-jobs », estime Stijn Baert, professeur d'économie du travail à l'UGent, qui a analysé les résultats de l'enquête.
Chez les ouvriers, la proportion grimpe à 43 %
Le phénomène est particulièrement marqué chez les ouvriers.
Parmi ceux qui envisagent de prendre un flexi-job dans les douze prochains mois, 43 % pensent réduire leur temps de travail dans leur emploi principal. La proportion est nettement moins élevée chez les employés (19,2 %) et surtout chez les fonctionnaires (10,2 %).
D'autres différences apparaissent également. Les hommes envisagent plus fréquemment cette possibilité que les femmes : 28,6 % contre 15,3 %.
L'âge joue lui aussi un rôle. Parmi les moins de 35 ans concernés, 31,9 % envisagent de réduire leurs heures de travail dans leur emploi principal, contre 13,3 % chez les 35-54 ans.
Et il ne s'agit pas uniquement d'intentions. Parmi les travailleurs ayant effectivement exercé un flexi-job au cours des douze derniers mois, 17,3 % disent avoir déjà diminué leur temps de travail dans leur emploi principal pour cette raison.
« Une première indication tangible d'un effet d'éviction »
C'est précisément ce chiffre qui interpelle Stijn Baert. L'économiste y voit un possible « effet d'éviction », ou crowding out, du travail classique par les flexi-jobs.
« C'est évidemment assez problématique, car il s'agit pratiquement de la première indication tangible d'un effet d'éviction », explique-t-il.
Le problème est notamment budgétaire. Le risque, selon l'économiste, est de voir des heures de travail classiques, sur lesquelles sont prélevés davantage d'impôts et de cotisations sociales, remplacées par des heures de flexi-job qui contribuent moins au financement de la sécurité sociale.
Un constat particulièrement sensible au moment où le gouvernement fédéral cherche de nouvelles recettes et s'interroge sur le traitement fiscal et social des flexi-jobs.
Pourquoi choisir un flexi-job ? D'abord pour gagner plus en net
L'enquête permet également de comprendre pourquoi les travailleurs se tournent vers ce système.
La motivation est avant tout financière. Parmi les personnes ayant exercé un flexi-job au cours des douze derniers mois ou envisageant d'en exercer un prochainement, 59,4 % répondent qu'elles le font parce qu'il leur reste davantage en net qu'avec un emploi ordinaire.
La flexibilité arrive loin derrière, avec 22,9 % des réponses. Seuls 9,1 % citent en premier lieu la possibilité d'acquérir de l'expérience dans un autre secteur ou une autre fonction et 8,6 % la recherche d'une plus grande variété dans leur travail.
Les motivations diffèrent aussi selon les communautés linguistiques.
Chez les francophones, 67,1 % citent l'avantage financier comme principale motivation, contre 53,8 % des néerlandophones. Ces derniers accordent en revanche davantage d'importance à la flexibilité : 30,9 %, contre seulement 11,9 % chez les francophones.
Un flexi-job reste un véritable contrat de travail
Partena Professional rappelle toutefois que le régime avantageux des flexi-jobs ne signifie pas que ces travailleurs sont privés des protections classiques du droit du travail.
Depuis le 1er juillet 2026, le système est en principe ouvert à tous les secteurs.
Le flexi-jobiste peut notamment avoir droit aux primes et avantages accordés par l'employeur en vertu de la loi ou d'une convention collective de travail. Cela peut concerner les primes de nuit ou du dimanche, le sursalaire ou encore la prime de fin d'année. Les chèques-repas et écochèques dépendent quant à eux des règles sectorielles.
En cas de maladie, les règles générales s'appliquent également et le travailleur peut, aux conditions prévues par la loi, bénéficier du salaire garanti.
« Une idée fausse persiste selon laquelle un flexi-job serait une version allégée d'un contrat de travail. C'est inexact », souligne Caroline Lefaible, Chief Operating Officer chez Partena Professional.
Le flexi-pécule de vacances, fixé à 7,67 %, est pour sa part versé directement avec le flexi-salaire.
Les règles concernant la durée du travail, les pauses et les heures supplémentaires restent également d'application.
Le gouvernement face à un équilibre délicat
Les chiffres publiés par Partena Professional alimentent donc directement le débat politique.
D'un côté, les flexi-jobs permettent aux travailleurs d'augmenter leur revenu net et aux entreprises de disposer plus facilement de main-d'œuvre pour répondre à certains besoins ou pics d'activité.
De l'autre, si une partie des travailleurs commence à réduire volontairement son activité professionnelle classique pour privilégier ces emplois fiscalement plus avantageux, le système risque de produire un effet qui n'était pas son objectif initial : remplacer progressivement certaines heures de travail ordinaires plutôt que simplement les compléter.
C'est précisément cet équilibre que le gouvernement devra prendre en compte s'il décide de modifier une nouvelle fois le régime des flexi-jobs.