Absences de longue durée : près d'une PME sur deux redoute la facture supplémentaire
Près d'une PME belge sur deux redoute le coût supplémentaire des absences de longue durée. Selon SD Worx, 47 % croient pourtant à la réintégration des travailleurs, mais 43 % éprouvent des difficultés à maintenir le contact pendant leur incapacité.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 48 % des PME interrogées redoutent la facture supplémentaire liée aux travailleurs en incapacité depuis plus d’un mois.
- 47 % des employeurs considèrent que la réintégration après une longue absence présente une réelle valeur ajoutée.
- 43 % des PME disent éprouver des difficultés à maintenir le contact avec un collaborateur en incapacité de travail.
Les absences de longue durée restent un véritable casse-tête pour les entreprises belges. Elles doivent composer avec l'absence d'un collaborateur, la réorganisation du travail, la recherche éventuelle d'un remplaçant et, désormais, pour certaines d'entre elles, un coût financier supplémentaire.
Une enquête menée en septembre par SD Worx auprès de 413 PME belges montre que cette dimension financière préoccupe fortement les employeurs. Près d'une PME sur deux, soit 48 %, dit appréhender la première facture supplémentaire liée à l'incapacité de longue durée d'un travailleur.
Cette inquiétude concerne la contribution correspondant à 30 % de l'indemnité de maladie versée par la mutualité ou l'INAMI durant les deuxième et troisième mois d'incapacité. La mesure vise actuellement les employeurs comptant au moins 50 travailleurs.
Mais la crainte dépasse largement les seules entreprises directement concernées.
« La nouvelle cotisation de solidarité rend plus visible le coût des absences de longue durée pour les employeurs comptant au moins 50 travailleurs. Notre enquête révèle que les préoccupations financières sont bien plus largement partagées », explique Tulay Kasap, conseillère juridique PME chez SD Worx.
Pour les plus petites structures aussi, une absence prolongée peut en effet rapidement désorganiser le fonctionnement quotidien. « Le travail doit être redistribué, il n'est pas toujours facile de trouver un remplaçant et la pression augmente pour le reste de l'équipe », souligne-t-elle.
Près d'une PME sur deux croit pourtant à la réintégration
Les employeurs ne semblent toutefois pas considérer les travailleurs en incapacité de longue durée comme définitivement perdus pour l'entreprise.
Selon l'étude, 47 % des PME estiment que leur réintégration présente une réelle valeur ajoutée, éventuellement dans une fonction adaptée. À l'inverse, 26 % des employeurs ne partagent pas cet avis et une proportion similaire ne se prononce pas.
Les différences régionales sont importantes. En Flandre, 56 % des PME croient à l'intérêt d'une réintégration, contre 39 % à Bruxelles et seulement 34 % en Wallonie.
« C'est un signal positif », estime Tulay Kasap. « Les employeurs ne se concentrent pas uniquement sur l'absence elle-même, mais aussi sur les possibilités de permettre aux collaborateurs de reprendre durablement le travail. »
Un enjeu d'autant plus important, selon SD Worx, dans un marché de l'emploi où l'expérience et les compétences disponibles au sein des entreprises restent précieuses.
Contacter un travailleur malade reste délicat
Encore faut-il conserver un lien avec le travailleur pendant son absence. Et c'est précisément là que les choses se compliquent.
Près de quatre employeurs sur dix (39 %) pensent qu'un contact suffisamment précoce avec un travailleur malade peut favoriser un retour plus rapide au travail.
Mais 43 % des PME reconnaissent parallèlement éprouver des difficultés à contacter un collaborateur pendant son incapacité. À l'inverse, 38 % ne considèrent pas cette prise de contact comme un obstacle particulier.
Les employeurs se retrouvent donc face à un équilibre parfois délicat : maintenir le lien sans donner au travailleur le sentiment qu'il est surveillé ou poussé à reprendre trop rapidement.
« Ils souhaitent rester impliqués et préserver le lien avec le lieu de travail, tout en respectant le processus de rétablissement du collaborateur », résume Tulay Kasap. « Pour beaucoup, il s'agit encore de trouver la limite entre une implication sincère et le risque d'être perçu comme contrôlant ou intrusif. »
Quand la maladie survient pendant les vacances
L'étude de SD Worx s'intéresse également à une autre situation qui complique l'organisation des entreprises : un travailleur qui tombe malade pendant ses vacances.
Depuis l'entrée en vigueur des nouvelles règles en 2024, les jours de vacances correspondant à une période d'incapacité de travail ne sont en effet plus nécessairement perdus : lorsque les conditions prévues sont remplies, ils doivent pouvoir être pris ultérieurement.
Les différences entre les régions sont là aussi importantes. En 2026, 33 % des PME wallonnes interrogées disent avoir été confrontées à un travailleur malade pendant ses vacances, contre 22 % des PME flamandes et 16 % des PME bruxelloises.
Rapporté au nombre de travailleurs, environ 3 % des salariés des PME se sont déclarés malades pendant leurs vacances. Ce taux atteint toutefois près de 7 % à Bruxelles, contre environ 3 % en Flandre et en Wallonie.
Pour chaque travailleur concerné, cinq jours de congé ont dû, en moyenne, être reportés afin d'être pris ultérieurement.
Un élément supplémentaire à intégrer dans la planification des entreprises, qui doivent désormais composer simultanément avec les enjeux humains, organisationnels et financiers de l'absentéisme.
L'enquête de SD Worx a été réalisée du 10 au 25 septembre 2026 auprès de 413 PME belges de moins de 250 travailleurs. Les résultats ont été pondérés selon la taille des entreprises et leur localisation. La marge d'erreur annoncée est de 4,8 %, avec un niveau de confiance de 95 %.