Ceuta : l’Espagne transfère 500 jeunes migrantes vers le continent malgré l’appel de Bruxelles aux retours
Après l’afflux massif de migrants à Ceuta, Madrid prépare le transfert vers la péninsule de 500 jeunes filles arrivées dans l’enclave. Une décision prise alors que la Commission européenne appelle l’Espagne et le Maroc à organiser le « retour rapide » des personnes qui se trouvent encore irrégulièrement sur le territoire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Madrid prépare le transfert de 500 jeunes migrantes de Ceuta vers l'Espagne continentale, tandis que Bruxelles appelle à accélérer les retours des personnes en situation irrégulière vers le Maroc.
La crise migratoire de Ceuta débouche désormais sur une divergence entre Madrid et Bruxelles. Le gouvernement espagnol prépare le transfert vers la péninsule de quelque 500 jeunes filles migrantes arrivées dans l’enclave espagnole, alors que l'Union européenne appelle à accélérer les retours vers le Maroc.
Selon le ministère espagnol de la Jeunesse et de l'Enfance, les opérations destinées à transférer ces jeunes migrantes vers le territoire continental sont déjà en préparation. Elles font partie des milliers de personnes ayant franchi la frontière depuis le Maroc lors de la spectaculaire vague migratoire qui a frappé Ceuta à la fin du mois de juillet.
Madrid invoque notamment son obligation légale de protéger les mineurs étrangers non accompagnés jusqu'à leur majorité.
La situation est devenue particulièrement difficile dans l'enclave. Selon Rubén Pérez Correa, secrétaire d'État espagnol à la Jeunesse et à l'Enfance, des centaines de mineurs vivent encore dans les rues de Ceuta.
Avant le 18 août, la police nationale avait déjà confié 2.168 mineurs aux autorités locales.
500 jeunes filles vers la péninsule
Le cas des jeunes filles est considéré comme particulièrement urgent par Madrid. Plusieurs agressions sexuelles ayant été signalées au cours des dernières semaines, certaines ont été regroupées dans des lieux sécurisés.
Le gouvernement envisage désormais de transférer environ 500 d'entre elles vers des structures spécialisées situées sur le continent.
Le dispositif pourrait permettre à des organisations chargées de la protection de l'enfance d'assurer directement leur accueil, sans nécessairement transférer leur tutelle aux différentes communautés autonomes espagnoles.
Celles-ci sont pourtant censées participer à l'effort de répartition. Un décret-loi royal prévoit en effet un mécanisme d'accueil obligatoire et solidaire des mineurs étrangers entre les différentes régions du pays.
Mais plusieurs communautés autonomes ont déjà fait savoir qu'elles refusaient d'accueillir les mineurs arrivés à Ceuta, provoquant les critiques du gouvernement central, qui leur reproche un manque de « solidarité ».
Madrid a parallèlement débloqué 25 millions d'euros supplémentaires pour aider Ceuta à faire face à la situation.
Bruxelles veut accélérer les retours
La politique suivie par le gouvernement espagnol contraste cependant avec le message envoyé cette semaine par la Commission européenne.
Interrogé mardi, son porte-parole Markus Lammert a rappelé que le droit européen prévoyait des mécanismes permettant le retour des personnes se trouvant irrégulièrement sur le territoire européen.
« La priorité est désormais pour les autorités espagnoles et marocaines de maîtriser la situation et de garantir le retour rapide de toutes les personnes qui se trouvent encore irrégulièrement à Ceuta », a-t-il déclaré.
Le porte-parole a notamment évoqué la directive européenne sur les retours ainsi que le futur règlement européen en la matière.
La nuance est importante : la Commission ne semble pas avoir demandé explicitement que les 500 jeunes filles concernées par le dispositif espagnol soient renvoyées au Maroc. Elle défend en revanche une politique générale de retour rapide des personnes n'ayant pas le droit de demeurer à Ceuta.
Le Maroc réclame le retour de ses ressortissants
Rabat a lui-même demandé la semaine dernière à Madrid de permettre le rapatriement de ses ressortissants encore présents dans l'enclave.
Le gouvernement espagnol privilégie toutefois, concernant les mineurs, l'application des règles nationales de protection de l'enfance.
La ministre socialiste de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, a ainsi insisté sur la nécessité de protéger « l'intérêt supérieur de l'enfant ».
La décision pose désormais une autre question : celle du devenir à plus long terme des milliers de mineurs arrivés lors de la crise de Ceuta.
En transférant une partie d'entre eux vers la péninsule, Madrid transforme en effet une crise jusqu'ici concentrée aux portes du Maroc en une question de répartition migratoire à l'échelle de toute l'Espagne, au moment même où Bruxelles insiste sur l'accélération des retours.