Ceuta : quand la politique migratoire de Pedro Sánchez met toute l'Europe sous pression (édito)
À Ceuta, les tentatives de franchissement de la frontière relancent le débat sur la politique migratoire espagnole. Les effets de la régularisation annoncée par Pedro Sánchez est de plus en plus contestée par l'opposition et par des partenaires européens dont l'Italie.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Les annonces de régularisation en Espagne renforcent l'attractivité de l'immigration irrégulière et la pression à la frontière de Ceuta. Il appelle les États européens à appliquer les règles de retour, à renforcer si nécessaire les contrôles et à demander à Madrid d'assumer les conséquences de ses choix.
Les images venues de Ceuta ou des centaines de migrants déferlent rappellent une réalité que certains dirigeants européens refusent encore de voir : lorsqu'un État envoie le signal qu'il régularisera massivement des étrangers en situation irrégulière, il crée un puissant effet d'attraction. Des milliers de candidats à l'immigration tentent alors leur chance, convaincus qu'une fois sur le territoire européen, ils finiront par obtenir un statut.
Le gouvernement de Pedro Sánchez a choisi cette voie. Après avoir annoncé un vaste plan de régularisation et alors que l'Espagne fait déjà face à un nombre considérable de demandes liées à l'immigration, la pression migratoire ne cesse d'augmenter. Les tentatives de franchissement de la frontière de Ceuta en sont une nouvelle illustration.
Ce qui se joue à Ceuta ne concerne pourtant pas uniquement l'Espagne. Dans l'espace Schengen, les conséquences d'une politique nationale dépassent rapidement les frontières du pays qui l'adopte. Lorsqu'un gouvernement facilite, volontairement ou non, les perspectives de régularisation, ce sont aussi la France, l'Italie, la Belgique et l'ensemble des partenaires européens qui en subissent les effets.
Une politique migratoire ne peut être crédible que si elle repose sur un principe simple : le respect des frontières et l'exécution effective des décisions de retour lorsque le droit au séjour n'est pas reconnu. Sans cela, le message envoyé aux filières d'immigration clandestine est clair : entrer illégalement peut finir par payer.
Face à cette situation, les autres pays ne peuvent rester spectateurs. Ils doivent défendre leurs intérêts et leurs sécurités. Cela suppose d'appliquer pleinement le règlement européen relatif aux retours des étrangers en situation irrégulière, de rétablir si nécessaire des contrôles renforcés à la frontière franco-espagnole afin de faire face à une pression migratoire exceptionnelle, et d'exiger de Madrid qu'il assume les conséquences de ses choix politiques.
L'Union européenne ne peut fonctionner si certains gouvernements prennent des décisions dont le coût est supporté par leurs voisins. La solidarité européenne ne peut pas signifier l'acceptation d'une immigration irrégulière toujours plus importante. Elle implique aussi la responsabilité.
Ceuta est aujourd'hui un avertissement. Si l'Europe continue d'envoyer des signaux contradictoires sur sa politique migratoire, les crises de ce type risquent de se multiplier. Les frontières extérieures de l'Union ne sont pas une option : elles sont la condition même de la libre circulation à l'intérieur de l'Europe.