Christian Laporte nous raconte ses interviews avec la monarchie et ses souvenirs du Roi Harald de Norvège
Christian Laporte revient sur ses interviews des couples royaux suédois et norvégien, et sur son souvenir du roi Harald et de la reine Sonja.
Publié par Christian Laporte
Résumé de l'article
Christian Laporte raconte ses rencontres avec les couples royaux suédois et norvégien, ses souvenirs du palais d’Oslo et l’interview du roi Harald parue dans « Soir » en 2003.
Si, dans notre parfois très complexe petit mais toujours attachant royaume, une interview en face à face avec le chef de l’État relève quasiment encore et toujours de l’utopie, même si l’exercice du pouvoir royal semble de plus en plus protocolaire, du moins dans sa forme car le roi Philippe sait ce qu’il veut pour la Belgique, cette forme de pratique journalistique existe depuis belle lurette dans les monarchies scandinaves.
D’accord, dans ces dernières, le pouvoir politique du souverain reste, par la force des choses, relativement ou davantage encore assez sinon très limité mais lorsque le Roi ou la Reine en place y prend la parole, il y a toujours d’intéressants messages qui en ressortent. Des messages aussi très humains et très contemporains, bien adaptés aux réalités de ce temps.
Ceci explique sans nul doute une partie de leur succès… et inversement aussi la difficulté des cercles républicains de faire passer leurs thèses et thèmes idéologiques dans une opinion publique acquise aux valeurs de leurs chef(fe)s d’État.
Résultat ? Le régime monarchique y est apparu et apparaît encore du coup souvent d’avant-garde, notamment sur le plan de l’égalité entre les hommes et les femmes. Pendant ma carrière journalistique active, de la fin des années septante du siècle dernier jusqu’à il y a peu, j’ai pu en juger, comme « royalty watcher » à plusieurs reprises en Europe du nord à l’occasion de visites d’État, tant en Belgique qu’en déplacement…
C’est ainsi que j’ai pu interviewer le roi Carl Gustav et la reine Silvia en Suède et le couple royal norvégien précédent à la fin des années nonante et au début de ce siècle. Cela se passa chaque fois dans le cadre d’une invitation du gouvernement local à découvrir le pays hôte ou invité pendant quelques jours sur base d’un programme mis au point sous la double houlette du Palais royal et, bien entendu, du ministère des Affaires étrangères tant belge que suédois ou norvégien. Une formule qui donne bien entendu de réels « plus » lors de la visite d’État proprement dite.
À n’en pas douter, des expériences qui ont laissé des traces… sur lesquelles je reviendrai dans mes « libres mémoires » que j’ai commencé à rédiger.
Pour cause de décor inédit – on n’entre pas dans un palais comme dans un moulin, fût-il provençal – mais aussi de protocole. J’entends déjà l’un ou l’autre confrère me traiter de nostalgique d’un passé révolu ultra-conservateur mais, sorry, un palais d’antan, ça a, passez-moi l’expression, Sire ou toi, cher confrère, si j’ose ainsi m’exprimer, « de la gueule ». D’autant plus qu’aujourd’hui, les nouveaux lieux de nouveau pouvoir ne sont plus vraiment attirants, loin s’en faut. Je pense, par exemple, au bâtiment wavrien du gouverneur du Brabant wallon où ce dernier a ses bureaux dans un environnement plus déprimant qu’incitant à se mobiliser pour « la (plus) jeune province » qui restera pour toujours pour moi, celle qui permet vraiment à la Wallonie de se relancer, n’en déplaise aux pouvoirs en place de certaines provinces wallonnes qui souffrent toujours des effets d’un clientélisme politique dépassé...
Mais revenons donc à notre sujet… Et donc aux interviews royales… Sans nul doute, ce genre d’exercice professionnel laisse des traces. En fonction de la personnalité des interlocuteurs. Lorsqu’on passe de l’antichambre au salon, où l’on se retrouve face à un couple royal, le stress est bel et bien là – comme face à d’autres personnalités de haut vol, du genre « héros de guerre » ou grands écrivains, scientifiques ou leaders religieux – mais lentement et donc sûrement, on perçoit que le port, tout symbolique fût-il, d’une couronne – car mes hôtes n’en étaient, évidemment, pas ceints… – permet aussi des rencontres dont on se souvient encore plus de deux décennies plus tard…
Si je garde encore de très bons « flashes » de ma rencontre avec le couple royal suédois actuel, mâtiné aussi de références à Astrid, la reine des Belges d’origine suédoise, celle avec le roi Harald et la reine Sonja fut, me semble-t-il, plus riche encore humainement. C’est que les liens entre les familles régnantes du nord et de chez nous y apparaissaient encore plus « en direct ».
Pour cause : la maman du roi Harald, Märtha, était la sœur de « notre » reine Astrid. Sans jeu de mots, Albert II est donc un vrai… cousin du roi Harald. Et inversement. Comme le défunt roi de Norvège était aussi un homme doté d’un grand humour, il était on ne peut plus logique qu’il s’entende bien avec notre précédent souverain. Des liens directs qui n’ont pu que se répercuter aussi sur la génération suivante. Le roi Philippe s’entendait aussi très bien avec Harald comme on a pu s’en rendre compte tout récemment lors de leurs dernières rencontres.
Mais revenons-en donc à cette fameuse interview parue dans les colonnes du « Soir », le 19 mai 2003, juste avant la visite d’État du couple royal norvégien en Belgique, pendant l’année de la première décennie du règne d’Albert II…
Qu’en ressortit-il ? À l’évidence, un temps fort pour les deux familles royales… Harald V n’avait pas oublié les vacances communes passées çà et là avec Albert II. À tel point qu’il n’hésita pas à évoquer des liens pratiquement fraternels !
Nous l’avions aussi interpellé sur la modernité de la monarchie norvégienne. Pour rappel, tout enfant royal qu’il fût, Harald avait une vision particulièrement démocratique de sa mission et de sa fonction. On se rappellera qu’il finit par pouvoir épouser Sonja Haraldsen malgré l’opposition farouche et de longue durée d’une frange de la bonne société norvégienne qui ne pouvait imaginer que le chef de l’État opterait pour une jeune fille nullement titrée.
Pour Harald, c’était vraiment à prendre ou à laisser… pas question donc d’aller à l’encontre de ses vœux les plus intimes. Il finit donc par l’emporter. Tout comme il contribua de manière non négligeable aussi à la reconnaissance de l’égalité des sexes. Il avait fait un vrai mariage d’amour… Harald accepta donc aussi, envers et contre toutes les critiques, les choix de ses propres enfants. Mieux, il se battit sans mesure dans cette optique. En même temps, il nous avait exposé sa vision du modèle monarchique scandinave. Certes, il y avait un certain decorum comme dans les autres monarchies mais aussi une royauté vraiment proche des citoyens, axée sur une simplicité certaine.
En même temps, Harald nous épata encore par son analyse des relations économiques entre la Belgique et la Norvège, insistant sur l’importance de l’énergie (le gaz norvégien) et de l’industrie maritime.
Mais nous avons aussi gardé le souvenir d’un couple royal proche de nous. Au propre comme au figuré : si notre rencontre avec le couple royal suédois se caractérisa par une certaine distance physique, celle du palais d’Oslo se fit comme une interview des plus classiques : nos hôtes nous firent simplement face, ce qui permit aussi de vivre quelques éclats de rire réciproques qui font le bonheur des vrais « royalty watchers »…
Merci cher roi Harald, chère reine Sonja pour ce moment de fait exceptionnel…