Crise fédérale : François De Smet (DéFI) ressort son plan pour trouver 10 milliards « sans nouveaux impôts»
En pleine crise budgétaire, François De Smet ressort le plan présenté par DéFI dès septembre. Le député d’opposition assure qu’il est possible de trouver 10 milliards sans nouveaux impôts ni coupes linéaires dans les services publics.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- DéFI affirme pouvoir dégager 10 milliards sans augmenter les taux d’imposition.
- François De Smet mise sur la prévention, la lutte contre la fraude et une meilleure gestion publique.
- Le député estime que « trouver 10 milliards, ce n’est pas le plus difficile » : le véritable obstacle est politique
La crise budgétaire qui secoue le gouvernement De Wever donne une nouvelle actualité à une proposition avancée dès le mois de septembre par DéFI. Alors que les partenaires de l’Arizona s'opposent sur la répartition de l'effort budgétaire, François De Smet défend une troisième voie, qu'il ressort aujourd'hui.
« Trouver 10 milliards d'euros, ce n'est pas le plus difficile », lance le député DéFI à Bart De Wever à la Chambre. « À la Chambre, une dizaine de partis sont représentés et chacun d'entre nous serait capable de trouver 10 milliards si nous étions les seuls à gouverner. »
Pour François De Smet, le véritable problème est donc moins de trouver des pistes que de parvenir à un compromis politique sur celles-ci.
« Avant de demander un euro de plus au contribuable… »
Le raisonnement de DéFI part d'un constat : le débat budgétaire serait trop souvent réduit à deux possibilités, augmenter les recettes fiscales ou diminuer les dépenses publiques.
Le parti affirme en proposer une troisième : « Avant de demander un euro de plus au contribuable, allons chercher les euros que l'État laisse déjà partir. »
DéFI fixe trois lignes rouges : pas de hausse des taux d'imposition sur le travail, l'épargne ou la consommation des ménages, pas de coupes linéaires dans les services publics et pas d'effort supplémentaire demandé aux TPE et PME.
« Nous ne demandons pas moins d'État : nous demandons un État qui fonctionne », résume-t-il
Son plan repose sur quatre grands piliers : prévention en matière de santé, amélioration de la perception des recettes, meilleure gestion des dépenses publiques et élargissement de certaines assiettes fiscales sans augmentation des taux.
Plus de 2 milliards grâce à la prévention ?
La proposition la plus originale concerne la santé. DéFI veut augmenter fortement les moyens consacrés à la prévention, en partant du constat que la Belgique consacre une part relativement faible de ses dépenses de santé à celle-ci.
Le parti propose d'investir 4 % des dépenses de santé dans la prévention, soit 2,3 milliards d'euros supplémentaires sur trois ans. Cet investissement serait notamment financé par une fiscalité comportementale, mais DéFI mise surtout sur les économies qu'une meilleure prévention permettrait ensuite de réaliser sur les soins de santé et les indemnités d'incapacité de travail.
Le parti chiffre l'effet budgétaire net de ce premier pilier à 2,15 milliards d'euros.
« La prévention est une politique orpheline parce que celui qui investit n'est pas celui qui encaisse. Notre principe : qui commande paie, qui paie récolte », explique DéFI.
Il s'agit toutefois d'une projection : ces économies dépendent nécessairement de l'efficacité réelle des politiques de prévention et de leur capacité à réduire à terme les dépenses de santé et d'incapacité.
Trois milliards dans la fraude et une meilleure perception
Deuxième chantier : récupérer davantage de recettes qui échappent actuellement à l'État.
DéFI estime pouvoir dégager 3 milliards d'euros en renforçant notamment la lutte contre la fraude fiscale et sociale, le recouvrement de l'impôt des sociétés et des arriérés et en améliorant la numérisation et l'organisation des services chargés de percevoir l'impôt.
François De Smet plaide également pour un renforcement des moyens consacrés à la criminalité financière.
L'idée générale du parti est de récupérer davantage d'impôts déjà dus plutôt que d'en créer de nouveaux.
Pendant que les cinq partis de l'Arizona vont passer les quatre prochains jours à défiler chez le Roi en étalant leur incapacité à se mettre d'accord, nous rappellerons nos propositions pour assainir les finances en épargnant les citoyens.
— François De Smet (@francoisdesmet) November 2, 2026
En un mot: un Etat plus efficace et… pic.twitter.com/AfSVSPBdA0
Deux milliards dans les dépenses publiques
DéFI n'exclut pas non plus les économies, mais refuse le principe de coupes linéaires.
Le parti cible notamment les subsides accordés aux entreprises et estime qu'une partie de ces dispositifs doit être réévaluée. Il vise 600 millions d'euros par an à l'horizon 2029.
Autre cible : certaines aides aux énergies fossiles. DéFI propose d'aller chercher 200 millions d'euros sur trois postes : la TVA sur les billets d'avion, le kérosène des vols intérieurs et intra-européens et le soutage maritime.
« Un Bruxelles-Milan en train est taxé ; le même trajet en avion ne l'est pas », souligne le parti, qui présente ces mesures non comme de nouveaux impôts, mais comme la suppression d'exemptions.
À cela s'ajouteraient une optimisation des achats publics et des économies dans le fonctionnement de l'administration. DéFI y ajoute une mesure plus symbolique en matière d'« exemplarité politique » : la suppression de l'indemnité logement des ministres.
Au total, ce troisième pilier est évalué à 2 milliards d'euros.
Les actions nominatives dans la taxe sur les comptes-titres
Le dernier pilier risque davantage de faire débat politiquement.
DéFI veut récupérer 2,8 milliards d'euros en élargissant certaines assiettes fiscales et sociales sans modifier les taux.
Le parti cible notamment certaines formes de rémunérations alternatives qui échappent aux cotisations sociales. Il assure vouloir préserver les chèques-repas, écochèques, bonus CCT 90, pensions complémentaires et indemnités de déplacement.
Les warrants et options sur actions seraient en revanche davantage mis à contribution.
François De Smet veut également s'attaquer à une différence de traitement dans la taxe sur les comptes-titres. Celle-ci frappe les titres détenus sur un compte-titres mais pas les actions nominatives inscrites directement au registre des actionnaires.
« Un épargnant au-dessus du seuil paie ; une participation de référence ne paie pas. Nous comblons la faille, sans relever le taux », défend DéFI.
« Dix milliards existent »
Additionnés, ces différents leviers doivent permettre, selon le parti, d'atteindre l'objectif recherché par le fédéral.
DéFI précise que son plan atteindrait en 2029 un rythme d'amélioration structurelle de 4,6 milliards d'euros par an, certaines mesures produisant leurs effets progressivement.
François De Smet avait déjà interpellé le Premier ministre sur cette question en septembre, en reprochant au gouvernement de courir depuis le début de la législature « toujours derrière la même somme : de 8 à 10 milliards d'euros ».
À ses yeux, une partie des difficultés actuelles provient des hypothèses budgétaires retenues au départ par l'Arizona.
DéFI résume aujourd'hui sa philosophie par cette formule : « Dix milliards existent. Ils ne sont pas dans la poche des gens : ils sont dans les failles, les exemptions non évaluées et les recettes qu'on ne va pas chercher. »
Une manière, pour François De Smet, de renvoyer dos à dos les partenaires de la majorité au moment où ceux-ci peinent précisément à s'entendre sur la répartition de l'effort entre économies et nouvelles recettes.