Crise politique : Anders prêt à remplacer Vooruit au gouvernement
Frédéric De Gucht avance une autre piste pour sortir de la crise : faire entrer Anders au gouvernement à la place de Vooruit. Les libéraux flamands se disent prêts à soutenir un exécutif qui réduirait fortement les dépenses publiques.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Anders se dit prêt à remplacer Vooruit au sein d'une nouvelle majorité fédérale.
- Frédéric De Gucht pose une condition : réduire fortement les dépenses et la taille de l'État afin de relancer l'économie.
- La proposition intervient alors que la démission de Bart De Wever est toujours en suspens et que le Roi consulte les partis de la majorité.
La crise budgétaire fédérale ouvre désormais la porte aux scénarios politiques les plus inattendus. Au lendemain de la démission présentée par Bart De Wever au roi Philippe, Anders, l’ancien Open VLD, se dit prêt à entrer au gouvernement fédéral et à remplacer Vooruit.
Son président, Frédéric De Gucht, a ouvertement évoqué cette possibilité mardi matin dans l’émission De Ochtend de la VRT.
La condition posée par le président des libéraux flamands est toutefois claire : un éventuel nouveau gouvernement devrait mener une politique économique nettement plus à droite, fondée notamment sur une réduction importante des dépenses publiques.
« Nous devons redonner de l’oxygène à l’économie. Anders met ses huit sièges à disposition de tout Premier ministre désireux de prendre les mesures qui s’imposent : réduire les dépenses et la taille de l’État, devenu obèse », affirme Frédéric De Gucht. « Selon les sondages, il faudra encore plus de partis la prochaine fois pour parvenir à constituer une majorité. On va encore avoir des négociations qui vont durer 450 ou 500 jours en pendant lesquels on aura un gouvernement en affaires courantes. Celui-ci constatera que les choses vont encore plus mal, que les entreprises ferment et que l’on perdra des emplois », poursuit-il.
Une majorité sans Vooruit ?
Sur le papier, le scénario mérite d’être examiné. Selon Frédéric De Gucht, de nouvelles élections ne seraient pas indispensables pour constituer une autre majorité fédérale.
Une coalition réunissant la N-VA, le MR, Les Engagés, le CD&V et Anders disposerait en effet d'une majorité à la Chambre selon le calcul avancé par le président d'Anders.
Cette formule modifierait surtout profondément l’équilibre politique de la coalition actuelle. La présence de Vooruit constitue aujourd’hui son principal ancrage à gauche. Son remplacement par Anders déplacerait clairement le centre de gravité du gouvernement vers la droite sur les questions économiques et budgétaires, ce qui pourrait poser un problème aux Engagés.
Une telle majorité pourrait notamment rapprocher les positions sur la réduction des dépenses publiques, l’un des principaux points de friction des négociations budgétaires de ces dernières semaines.
Une proposition qui tombe au cœur du conflit entre la gauche et la droite
La sortie de Frédéric De Gucht n'arrive évidemment pas par hasard.
Dans la nuit de dimanche à lundi, les cinq partis de l'Arizona n'ont pas réussi à s'entendre sur le budget 2027 et sur la manière de réaliser l'effort d'environ 10 milliards d'euros recherché à l'horizon 2029.
Le conflit porte notamment sur la répartition de cet effort. Le MR et la N-VA plaident davantage pour une réduction des dépenses et des réformes structurelles, tandis que Vooruit réclame une contribution plus importante des « épaules les plus larges » et refuse que l'assainissement budgétaire se fasse notamment au détriment des soins de santé.
Les Engagés ont eux aussi insisté ces derniers jours sur la nécessité d'une répartition équilibrée de l'effort.
C'est précisément cette fracture entre recettes nouvelles et économies qui a finalement rendu impossible un compromis dans la nuit de dimanche à lundi.
De Wever a présenté sa démission au Roi
Face à l'impasse, Bart De Wever s'est rendu lundi au Palais royal et a présenté la démission de son gouvernement au roi Philippe.
Le souverain n'a toutefois pas accepté immédiatement cette démission et a décidé de tenir sa décision en suspens.
Le Palais a souligné que, dans le contexte économique et géopolitique actuel, la Belgique ne pouvait se permettre une longue crise politique. Le Roi doit désormais consulter les présidents des partis de la majorité avant de recevoir à nouveau Bart De Wever vendredi 6 novembre.
Plusieurs issues restent donc possibles : une reprise des négociations entre les cinq partenaires actuels, une recomposition de la majorité ou, en dernier recours, des élections anticipées.
Anders avait déjà été évoqué lors de la formation du gouvernement
L'idée avancée par Frédéric De Gucht n'est d'ailleurs pas totalement nouvelle.
Lors des négociations qui avaient précédé la formation du gouvernement De Wever, la participation des libéraux flamands – qui s'appelaient encore Open VLD – avait déjà été envisagée.
Le parti avait finalement choisi l'opposition après sa lourde défaite aux élections.
Depuis, Open VLD est devenu Anders et Frédéric De Gucht tente de repositionner la formation autour d'une ligne économique plus nettement libérale : réduction de la taille de l'État, soutien à l'entrepreneuriat et baisse de la pression pesant sur l'économie.
Ces derniers jours déjà, Anders avait vivement critiqué l'échec des négociations budgétaires. Après l'annonce de la démission de Bart De Wever, Frédéric De Gucht avait estimé que l'économie belge ne pouvait plus attendre, résumant sa position par cette formule : « Stilstaan is failliet gaan », autrement dit : rester immobile, c'est aller à la faillite.