Du Brexit à Farage : l'éclatement d'une colère que Londres n'a jamais voulu entendre (analyse)
La vie politique britannique est entrée dans une phase de fragmentation historique. Derrière l’ascension de Nigel Farage et de Reform UK, c’est surtout l’épuisement des électeurs face à l’immigration, au déclassement et aux promesses trahies qui apparaît.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le Wall Street Journal analyse l’effondrement du bipartisme britannique et la montée de Reform UK, portée par l’immigration, le déclassement et la défiance populaire.
Le Royaume-Uni fut longtemps l’un des modèles les plus stables de la démocratie parlementaire occidentale. Une monarchie constitutionnelle paisible, deux grands partis installés, des alternances lisibles, une culture politique capable d’absorber les secousses sans perdre son axe. Cette époque paraît désormais lointaine. Selon une vaste analyse publiée par le Wall Street Journal, la politique britannique est entrée dans une ère de fragmentation profonde, où les Premiers ministres se succèdent à un rythme vertigineux et où le vieux duopole travailliste-conservateur ne parvient plus à contenir la colère du pays.
La démission de Keir Starmer, après seulement deux ans à Downing Street, illustre cette accélération. Son successeur probable, l’ancien maire de Manchester Andy Burnham, deviendrait le sixième Premier ministre britannique en sept ans. Entre 1945 et 2016, le Royaume-Uni n’avait connu que treize chefs de gouvernement. Depuis le Brexit, il semble être passé d’un régime de stabilité institutionnelle à une sorte de crise permanente, où chaque majorité promet de rétablir l’ordre avant d’être à son tour balayée par le ressentiment qu’elle n’a pas su traiter.
Le Brexit, signal populaire jamais vraiment entendu
Au cœur de cette crise se trouve une contradiction que les élites britanniques n’ont jamais réellement résolue. En 2016, une majorité d’électeurs a voté pour le Brexit, notamment afin de reprendre le contrôle des frontières et de limiter l’immigration. Or, sous les gouvernements conservateurs qui ont suivi, l’immigration a continué d’augmenter fortement, donnant à une partie du pays le sentiment que le message démocratique avait été contourné, neutralisé ou vidé de sa substance.
C’est dans cette faille que Nigel Farage s’est engouffré. L’homme n’a jamais gouverné. Son parti, Reform UK, ne compte qu’une poignée de députés. Sa popularité personnelle reste faible. Mais son poids politique est considérable, parce qu’il incarne une protestation que les partis traditionnels ont refusé de prendre au sérieux. Déjà artisan majeur du Brexit, Farage se trouve à nouveau au centre du jeu. Après les élections locales de mai, où Reform UK a infligé au Labour sa pire défaite de l’après-guerre, la pression interne contre Keir Starmer est devenue irrésistible.
La formule prêtée à Farage dans l’analyse du Wall Street Journal résume son rôle d’accélérateur du chaos britannique : si Starmer tombait, il serait le troisième Premier ministre dont il aurait provoqué la chute politique.
Immigration, pouvoir d’achat, services publics : la colère ordinaire
L’ascension de Reform UK ne peut pourtant pas être réduite à une simple poussée populiste. Elle se nourrit d’un faisceau de frustrations très concrètes. Depuis la crise financière de 2008, le Royaume-Uni connaît une croissance faible. L’austérité a affaibli les services publics. Le Brexit a ajouté de l’incertitude. La pandémie et la guerre en Ukraine ont ensuite provoqué une flambée de l’inflation. Résultat : les courses alimentaires qui coûtaient 100 livres en 2020 en coûtent aujourd’hui environ 140, tandis que les salaires réels ont stagné.
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