Édouard Balladur est mort : le dernier grand bourgeois d'État ?
Édouard Balladur est mort lundi à Paris à 97 ans. De Pompidou à Matignon, l’ancien Premier ministre aura traversé trente ans de pouvoir avec une conviction devenue presque exotique : gouverner relevait d’abord de la compétence, de l’autorité et de la tenue. En 1995, les Français lui rappelèrent que la politique exigeait aussi de séduire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Édouard Balladur est mort à 97 ans. De Pompidou à Matignon et de la réforme libérale à la défaite de 1995, portrait d'un bourgeois d'État dont la conception du pouvoir semble appartenir à un monde disparu.
Il restera six mots : « Je vous demande de vous arrêter. » C'est assez injuste et, d'une certaine manière, parfaitement juste.
Injuste parce qu'Édouard Balladur, mort lundi à Paris à 97 ans, fut infiniment davantage que cette seconde de télévision devenue un gag national. Conseiller de Georges Pompidou, secrétaire général de l'Élysée, ministre d'État chargé de l'Économie et des Finances, puis Premier ministre de François Mitterrand pendant la seconde cohabitation, il occupa quelques-uns des postes les plus importants de la Ve République.
Juste, pourtant, parce que ces mots contenaient quelque chose de l'homme entier. Balladur venait d'être éliminé de l'élection présidentielle. Ses partisans huaient Jacques Chirac et Lionel Jospin. Un autre candidat aurait crié plus fort qu'eux, improvisé une formule, partagé leur colère. Lui leur demanda de s'arrêter. Il ne criait pas. Il rétablissait l'ordre.
Un homme d'État qui ne voulait pas jouer au peuple
Tout Balladur ou presque était là : la politesse jusque dans l'autorité, la distance jusque dans la défaite et cette conviction profonde qu'un responsable politique n'avait pas nécessairement à ressembler à ceux qu'il gouvernait pour les respecter.
Bruno Retailleau l'a résumé lundi d'une formule particulièrement heureuse : « Cherchant à convaincre et jamais à séduire, il était de ces hommes politiques qui se font une haute opinion des électeurs parce qu'ils se font une noble idée de la France. »
C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès d’Edouard Balladur, figure du gaullisme et ancien premier ministre de la France. Attaché à ses convictions de droite et libérales autant qu’à une forme de modération dans leur expression, il était étranger aux dérives… pic.twitter.com/QdkxC52v7P
— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) August 31, 2026
Il serait difficile d'imaginer pareille profession de foi dans la politique contemporaine.
Balladur ne courait pas après l'apparence de la proximité. Son langage était soutenu, ses costumes impeccables, ses manières compassées. Plantu le dessinait en aristocrate de l'Ancien Régime transporté en chaise à porteurs. Le Canard enchaîné l'avait baptisé le « Grand Mamamouchi ». Lorsqu'il prit le métro et qu'on attendait sans doute de lui quelque révélation sur la France populaire, il constata simplement : « Je trouve qu'il fait chaud. »
La télévision avait trouvé son personnage. Mais la caricature faisait oublier quelque chose : cette distance n'était pas nécessairement du mépris. Balladur appartenait à une génération pour laquelle la dignité de la fonction commandait précisément de ne pas transformer chaque déplacement en spectacle d'identification populaire.
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