Olivier Faure a dévoilé son « obsession absolue » pour 2027 : Marine Le Pen
« Mon obsession », « mon obsession absolue » : en annonçant sa candidature à la présidentielle, Olivier Faure a choisi de remettre au centre du jeu le vieux « barrage » contre le Rassemblement national. Quarante ans après les premières grandes percées du FN, le vocabulaire a remarquablement peu changé. Le pays, beaucoup plus.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Olivier Faure fait de la défaite du RN son « obsession absolue » pour 2027 et alerte sur le sort des Français issus de l’immigration. Un discours de barrage que la gauche répète depuis quarante ans, avec des résultats de moins en moins évidents.
Il y a des traditions auxquelles la politique française demeure fidèlement attachée. Les universités d’été, les promesses de rassemblement, les candidatures présentées comme un devoir et, à gauche, l’annonce régulière que la prochaine élection pourrait être celle de la catastrophe.
Olivier Faure n’a pas dérogé à la coutume. En annonçant sa candidature à la présidentielle de 2027 sur TF1, le premier secrétaire du Parti socialiste aurait pu commencer par ce qu’il entend faire de la France. Il a préféré dire ce qu’il voulait empêcher.
« Mon obsession, c’est que l’année prochaine, nous ne finissions pas avec l’héritier de la dynastie Le Pen à l’Élysée », a-t-il déclaré. Puis, quelques secondes plus tard : « Ça, c’est mon obsession absolue. »
Mon obsession, c’est que l’année prochaine, nous ne finissions pas avec l’héritier de la dynastie Le Pen à l’Élysée.
Olivier Faure
Sur X, le candidat a remis le couvert : « Mon obsession absolue, c’est d’empêcher l’extrême droite d’arriver à l’Élysée. Je sais trop ce qu’il en coûterait à nos concitoyens, notamment à celles et ceux issus de l’immigration. »
Une obsession n’est pas encore un programme. À écouter Olivier Faure, elle semble néanmoins pouvoir en tenir lieu.
Un discours que quarante ans n'ont pas changé d'une virgule
Le plus saisissant n’est peut-être même pas la virulence du propos. C’est son extraordinaire familiarité.
« Le Pen », « extrême droite », « barrage », danger pour certaines catégories de Français : à quelques nuances près, la gauche française emploie ce vocabulaire depuis les premières grandes percées électorales du Front national dans les années 1980.
Entre-temps, le mur de Berlin est tombé, l’Union soviétique aussi, le franc a disparu, Internet est entré dans toutes les poches, le Parti socialiste a exercé le pouvoir à plusieurs reprises, le FN est devenu RN et celui-ci s’est installé durablement parmi les premières forces électorales françaises. Mais quelque part dans la maison socialiste, une cassette continue de tourner.
Le plus étonnant est que ses interprètes semblent rarement se demander pourquoi elle fonctionne de moins en moins. Le RN n’a pas reculé à mesure qu'on répétait qu’il fallait lui faire barrage. Il a progressé. Élection après élection, des millions de Français supplémentaires ont voté pour lui.
On peut naturellement juger ce choix mauvais, combattre son programme et souhaiter sa défaite. Mais après quatre décennies, continuer à répondre principalement à cette progression en augmentant le volume de l’alarme ressemble moins à une stratégie qu’à un refus d’en examiner les causes.
« Ce qu’il en coûterait » : mais quoi ?
La phrase la plus lourde prononcée par Olivier Faure est peut-être aussi la moins précise.
Le patron du PS assure savoir « ce qu’il en coûterait » aux Français, « notamment à celles et ceux issus de l’immigration », si le RN arrivait au pouvoir.
Qu’entend-il exactement par là ? Quels droits seraient retirés à des citoyens français en raison de leurs origines ? Quelles mesures précises du programme du RN justifient cette inquiétude particulière ? Quel est ce coût qu’Olivier Faure affirme connaître, mais qu’il ne prend pas le temps de nommer dans cette déclaration ? La question mérite d’autant plus d’être posée que l’accusation suggérée est grave.
Si le premier secrétaire du PS estime qu’une présidence RN ferait courir aux Français issus de l’immigration un danger particulier, il serait utile de préciser lequel et de confronter cette affirmation au programme de ses adversaires. À défaut, « ce qu’il en coûterait » fonctionne merveilleusement comme formule électorale : suffisamment inquiétante pour provoquer la peur, suffisamment indéterminée pour ne rien avoir à démontrer.
Et voilà les Français « issus de l’immigration » ramenés une nouvelle fois au rôle qu’une certaine gauche semble volontiers leur attribuer : non plus simplement des électeurs capables de choisir entre la fiscalité, l’école, l’immigration, la sécurité, l’Europe ou les retraites, mais une catégorie dont elle annoncerait elle-même les intérêts et les périls.
À droite, l’adversaire ; à gauche, la famille
Olivier Faure a ensuite livré une phrase qui résume assez admirablement sa conception du paysage politique.
« Je n’en peux plus de cette gauche qui parle exclusivement d’un combat avec la gauche. Moi, je me bats contre la droite et contre l’extrême droite. C’est clair. »
C’est effectivement très clair. La droite est faite pour être combattue. L’extrême droite également. Mais lorsqu’il s’agit de la gauche, Olivier Faure ne supporte plus que l’on se batte.
La formule tombe à point nommé alors que la question des rapports avec La France insoumise constitue précisément l’une des lignes de fracture de la gauche en vue de 2027. Raphaël Glucksmann entend tracer une frontière beaucoup plus nette avec Jean-Luc Mélenchon ; Olivier Faure préfère manifestement réserver ses coups à l’extérieur de ce qu’il appelle « son propre camp ». Sa candidature à la primaire de la gauche a été officialisée ce week-end.
C’est commode. Les désaccords avec la droite deviennent des combats de principe ; ceux qui divisent la gauche risquent toujours de faire le jeu de l’adversaire. Il faudra pourtant bien, à un moment, choisir aussi à gauche.
Le barrage qui ne barre plus grand-chose
Reste une question assez embarrassante : si cette stratégie était efficace, pourquoi faut-il la recommencer avec toujours plus d’insistance ?
Le « front républicain » a longtemps constitué une arme électorale redoutable. Mais sa répétition a produit un phénomène assez prévisible : l’exceptionnel est devenu ordinaire et l’alarme permanente a fini par perdre une partie de son pouvoir.
Le candidat socialiste semble pourtant vouloir reprendre la formule là où ses prédécesseurs l’avaient laissée.
Il aurait pu annoncer que son obsession était l’école. La dette. La réindustrialisation. Le déclassement. Le logement. La sécurité. Les services publics. Il aurait même pu annoncer que son obsession était de comprendre pourquoi le parti qui a donné deux présidents à la Ve République a obtenu 1,7 % à la dernière présidentielle — le plus mauvais résultat de son histoire.
Non. Son « obsession absolue », c’est Le Pen. Voilà peut-être le paradoxe le plus cruel. Olivier Faure prétend combattre une force politique dont la progression constitue l’un des phénomènes électoraux majeurs des dernières décennies, mais il inaugure sa campagne en ressortant précisément l’une des méthodes qui n’a pas réussi à enrayer cette progression.
À force d’annoncer à chaque scrutin que le monstre est sous le lit, il arrive un moment où les électeurs regardent dessous. Et certains finissent même par voter pour lui.
Olivier Faure a parfaitement le droit de faire de la défaite du RN sa priorité politique. Mais s’il ambitionne de devenir président de la République, il lui faudra sans doute finir par expliquer ce qu’il souhaite faire une fois le barrage construit.
Quarante ans après les premiers grands succès du Front national, la gauche socialiste récite encore une formule qui lui servit autrefois de rempart. Le problème est que, pendant qu’elle la répétait, le rempart n’a cessé de reculer. Olivier Faure a son obsession. Le reste du pays, lui, a changé de siècle.