Salaires des ministres : le PTB prend Bart De Wever au mot et réclame un vote en urgence
Le PTB veut faire voter en urgence sa proposition de loi visant à réduire de moitié les salaires des ministres en cas de blocage budgétaire. Une manière de prendre Bart De Wever au mot, après sa récente proposition de sanction financière, soutenue par Maxime Prévot.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le PTB réclame l'urgence pour sa proposition de loi visant à réduire de moitié les salaires ministériels en cas de blocage budgétaire.
- Le parti estime les économies possibles à 533.576 euros sur trois mois, avantages compris.
- Bart De Wever et Maxime Prévot ont récemment soutenu le principe d'une baisse des rémunérations, plaçant la majorité face à un choix politique délicat.
La crise budgétaire fédérale pourrait bien offrir au PTB une occasion de mettre la majorité face à ses contradictions. Alors que Bart De Wever (N-VA) a récemment proposé de réduire progressivement les rémunérations des ministres tant qu'aucun accord budgétaire n'est trouvé, le parti d'extrême gauche rappelle qu'il défend une mesure similaire depuis plusieurs années.
Le PTB entend désormais accélérer les choses en demandant l'urgence pour l'examen de sa proposition de loi, actualisée pour tenir compte de l'actuelle impasse budgétaire.
« À la base, c'est le PTB qui a eu l'idée de diminuer les salaires des ministres et la dotation aux partis. Nous avions déposé un texte en ce sens en 2020, lorsqu'il avait fallu attendre de longs mois pour la formation d'un gouvernement (Vivaldi) », rappelle Sofie Merckx, cheffe de groupe PTB à la Chambre, dans les colonnes de Sudinfo.
« L'ancien gouvernement était en affaires courantes et on estimait qu'il fallait réduire ses revenus », précise-t-elle.
Le texte a été pris en considération à la Chambre ce jeudi 5 novembre, selon la députée. Le PTB souhaite maintenant obtenir son examen en urgence.
Une réduction de moitié des rémunérations
Contrairement à la piste évoquée par Bart De Wever, qui envisageait une diminution progressive des rémunérations, le PTB propose une réduction de moitié des salaires des ministres en cas de blocage budgétaire.
Le parti a également chiffré les économies potentielles. Sur une période de trois mois durant laquelle le gouvernement fonctionnerait sous le régime des douzièmes provisoires, la mesure permettrait, selon ses calculs, d'économiser 477.063 euros sur les rémunérations ministérielles.
Ce montant atteindrait 533.576 euros en intégrant une réduction des avantages en nature, notamment les indemnités de logement et certains frais forfaitaires.
À l'échelle des milliards d'euros d'économies recherchés par le gouvernement fédéral, ces montants restent évidemment modestes. Mais l'enjeu du PTB est avant tout politique : montrer que les responsables gouvernementaux doivent également subir les conséquences financières d'une crise qu'ils ne parviennent pas à résoudre.
Bart De Wever avait lui-même lancé l'idée
L'initiative du PTB intervient quelques jours après une sortie remarquée du Premier ministre. Au cours des dernières négociations budgétaires, Bart De Wever avait suggéré de diminuer progressivement les salaires des membres du gouvernement aussi longtemps qu'aucun compromis ne serait trouvé.
L'idée consistait à introduire une forme de sanction financière collective pour les ministres incapables de s'entendre sur les mesures nécessaires au redressement des finances publiques.
Cette proposition avait surtout une dimension symbolique, dans un contexte où les partenaires de la coalition Arizona peinent à s'accorder sur la répartition des efforts budgétaires.
Pour Bart De Wever, il s'agissait également d'envoyer un signal à la population : les responsables politiques ne peuvent pas demander des sacrifices aux citoyens sans accepter eux-mêmes de contribuer à l'effort.
Reste que cette idée, lancée dans le cadre des négociations, n'avait pas encore été traduite en un dispositif législatif précis.
Maxime Prévot également favorable à une diminution
La proposition du Premier ministre avait reçu un accueil favorable de Maxime Prévot (Les Engagés).
Interrogé mardi matin sur Matin Première, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères avait défendu le principe d'une diminution symbolique des rémunérations ministérielles.
Il reconnaissait la nécessité, pour les membres du gouvernement, de montrer l'exemple dans une période où les citoyens attendent des responsables politiques qu'ils trouvent une issue à la crise.
Maxime Prévot avait toutefois replacé cette proposition dans le contexte plus large des négociations budgétaires, rappelant notamment que le retrait de la piste d'une hausse de la TVA avait compliqué la recherche d'un compromis entre les partenaires de la majorité.
Son soutien de principe à une réduction des salaires ne signifie donc pas nécessairement que Les Engagés approuveront le mécanisme précis proposé par le PTB.
Un piège politique pour la majorité ?
C'est précisément sur ce terrain que le PTB entend désormais porter le débat.
En déposant une proposition concrète, le parti place la N-VA et Les Engagés devant un choix potentiellement embarrassant : soutenir un texte de l'opposition qui rejoint, au moins dans son principe, les déclarations récentes de leurs propres dirigeants, ou expliquer pourquoi ils refusent de le faire.
Les différences entre les propositions restent néanmoins importantes. Bart De Wever évoquait une diminution progressive, tandis que le PTB réclame une réduction immédiate de moitié dans les circonstances prévues par son texte.
Le débat pourrait également s'élargir au financement des partis politiques. Le politologue Dave Sinardet a récemment estimé qu'une diminution des dotations publiques aux formations politiques serait plus intéressante que la seule réduction des rémunérations ministérielles.
Sur le fond, la question dépasse donc largement les quelque 500.000 euros d'économies avancés par le PTB. Elle touche à la responsabilité politique et à la crédibilité des appels à l'effort budgétaire.
Pour la majorité Arizona, l'enjeu sera désormais de déterminer si la proposition de Bart De Wever relevait d'un signal politique destiné à mettre la pression sur ses partenaires ou si elle peut réellement déboucher sur une réforme.
Et pour le PTB, l'occasion est toute trouvée de rappeler que, sur ce dossier, il avait formulé une proposition bien avant le Premier ministre.