I-Police : Bernard Quintin veut réduire de 10 % le recours aux consultants
Après les sévères constats sur i-Police, Bernard Quintin veut réduire la dépendance de la police fédérale aux consultants. Leur nombre devrait baisser de 10 % dès 2027, tandis que des compétences informatiques stratégiques seront renforcées en interne.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La police fédérale doit réduire de 10 % son recours aux consultants dès 2027.
- Quintin veut réinternaliser des compétences informatiques stratégiques.
- Les consultants ne peuvent déjà plus valider les prestations IT ni les factures.
Le fiasco du projet i-Police commence à produire ses premières conséquences concrètes au sein de la police fédérale. Interrogé mardi en commission de la Chambre, le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) a annoncé sa volonté de diminuer progressivement le recours aux consultants externes, particulièrement dans le domaine informatique.
Une première réduction de 10 % est prévue dès l'année prochaine, selon le ministre.
Cette décision intervient après le rapport particulièrement sévère de la Cour des comptes consacré à i-Police, vaste chantier de modernisation informatique lancé en 2021 et finalement abandonné.
Le contrat avait été attribué en décembre 2021 à Sopra Steria avec, à l'origine, l'objectif d'achever le projet en 2027.
Une dépendance « excessive » aux consultants
Pour Bernard Quintin, l'un des enseignements majeurs du dossier dépasse désormais le seul projet i-Police.
« L'un des principaux enseignements du rapport de la Cour des comptes concerne la dépendance excessive à l'égard de ces consultants », a expliqué le ministre devant les députés.
Il dit avoir demandé à la police fédérale de revoir son fonctionnement.
« J'ai donc demandé à la Police fédérale de réduire cette dépendance et d'examiner la possibilité de recruter certains profils sous contrat afin de renforcer durablement les compétences informatiques au sein de l'organisation », a-t-il ajouté.
L'objectif est donc double : diminuer progressivement le nombre de consultants externes et reconstruire une expertise informatique directement au sein de la police.
« Pas possible qu'un consultant externe preste une carrière entière à la police »
Bernard Quintin ne veut cependant pas bannir les consultants de la police fédérale.
Il reconnaît que certains profils spécialisés restent nécessaires, notamment lorsqu'une expertise très particulière est recherchée pour une durée limitée.
« Je ne veux pas mettre fin au recours aux consultants externes. Leur expertise reste utile, notamment pour des missions ponctuelles ou très spécialisées », a-t-il précisé.
Mais le ministre veut désormais fixer des limites beaucoup plus strictes.
« Leur intervention doit être ciblée, justifiée et absolument limitée dans le temps. Il n'est plus possible qu'un consultant externe preste une carrière entière à la police ou occupe durablement des fonctions clés. »
Une pratique qui, selon lui, finit par fragiliser l'organisation.
« Cela crée une dépendance excessive à l'égard de prestataires externes et fragilise la continuité du service, notamment lorsque des compétences et des connaissances essentielles ne sont plus maîtrisées en interne. »
Le précédent i-Police
C'est précisément l'une des faiblesses mises en lumière par le dossier i-Police.
Le projet devait permettre une profonde modernisation des systèmes informatiques et de la gestion des données de la police. Après plusieurs années de développement, Bernard Quintin a décidé fin 2025 de mettre un terme au projet, estimant qu'il n'avait livré « aucun résultat tangible ». Cette chronologie a également été rappelée dans des documents parlementaires.
Le dossier avait déjà suscité de très vives critiques au Parlement. En janvier, lors d'un débat en commission, François De Smet (DéFI) avait notamment évoqué 75 millions d'euros de fonds publics dépensés sur les 299 millions prévus et dénoncé une perte de maîtrise technique ainsi qu'une dépendance excessive aux consultants.
Des procédures judiciaires sont désormais en cours autour du dossier. Une information judiciaire a également été ouverte.
Pas de rupture brutale avec les consultants
La police fédérale ne pourra toutefois pas se passer brutalement des prestataires externes.
Selon Bernard Quintin, une réduction trop rapide risquerait de mettre en difficulté certains services dont le fonctionnement repose encore sur leurs compétences.
La diminution sera donc progressive.
« La Police fédérale doit renforcer ses compétences internes et reprendre la maîtrise de ses fonctions stratégiques, de ses projets informatiques et du contrôle des prestataires », a insisté le ministre.
Et de prévenir : « Ce travail est en cours, mais il prendra du temps. »
Les consultants ne peuvent plus valider les factures
Plusieurs mesures ont déjà été prises.
Désormais, les consultants externes ne peuvent plus valider les prestations des collaborateurs informatiques ni les factures.
Le nouveau plan de personnel doit parallèlement renforcer les compétences internes dans plusieurs domaines considérés comme stratégiques : gestion de programmes, architecture informatique, gestion de projets et contrôle des prestataires.
L'ambition affichée par le ministre est donc de modifier progressivement le modèle informatique de la police fédérale : les consultants resteraient disponibles pour des besoins précis, mais la maîtrise des fonctions essentielles devrait revenir aux équipes internes.
Après l'échec d'i-Police, Bernard Quintin veut ainsi éviter qu'un nouveau projet stratégique ne rende à nouveau la police fédérale trop dépendante de prestataires privés.