Trop d’impôt, pas d’impôt (édito)
Taxer encore ou enfin réduire les dépenses ? En pleine crise budgétaire, la Belgique ne peut se permettre ni d’asphyxier davantage ses contribuables ni de s’enfoncer dans une nouvelle impasse politique.
Publié par Nicolas de Pape
C’est le président socialiste François Mitterrand (deux mandats de sept ans – 14 ans au pouvoir, qui dit mieux ?) qui avait commis cette sortie – presque une maxime : « Trop d’impôt, pas d’impôt. » C’était le 15 septembre 1983, quelques mois après son virage à 180° et l’abandon de la politique économique d’extrême-gauche inspirée du Programme commun avec le Parti communiste. Il le répète le 6 juillet 1984 : « Trop d'impôts, pas d'impôt. Alors j'ai décidé de casser cette tendance et je crois que j'ai bien fait… C'est une opération difficile mais nécessaire et je m'y tiendrai. »
Courbe de Laffer
Mitterrand avait peut-être relu – à moins que ce ne soit l'un de ses conseillers – la théorie de Laffer et sa fameuse courbe : au-delà d’un certain seuil, augmenter les impôts peut faire diminuer les recettes.
Certes, il reste à démontrer, chiffres à l’appui, que les Belges aient atteint ce seuil.
Mais qui peut croire que taxer davantage les Belges – qui vivent dans un pays parmi les plus taxés de l’OCDE (42,6 % du PIB en 2024), avec une croissance économique anémique (+0,6% en 2026) et une dette publique qui pourrait approcher les 115 % du PIB en 2028 – pourrait rendre notre pays plus prospère et déboucher, à long terme, sur un budget plus équilibré ?
Epaules les plus larges
Certes, demander plus d’efforts aux « épaules les plus larges », pourquoi pas ? Mais certainement pas via une hausse de la TVA, impôt aveugle au sort des classes moyennes, dont le salaire poche ne suivra pas nécessairement au même rythme malgré l’indexation et qui s’arrêteraient de consommer le 23 du mois plutôt que le 31…
Réduire les dépenses et puis baisser les taxes, rendre du pouvoir d’achat aux Belges : c’est la seule possibilité de relance économique. Comme à bord d’un ballon, il faut lâcher du lest pour remonter et non embarquer un nouveau poids mort sur le radeau de la Méduse qui risque, sinon, de couler. Nous sommes sur le Titanic, sauf que le scénario est connu et que nous avons la possibilité d’éviter l’iceberg. Faisons-le.
Anders, pourquoi pas ?
Prendre Anders au lieu de Vooruit dans l’Arizona ne doit pas être écarté d’un revers de la main. C’est ce qu’il aurait fallu faire depuis le début. Vooruit n’a-t-il pas été l’empêcheur de tourner en rond parfait, qui a dilué les réformes indispensables et rendu ce gouvernement presque inaudible ?
Bart De Wever a présenté sa démission le 2 novembre. Le Roi tient sa décision en suspens. Il faut en tout cas – alors que le prix du baril reste élevé et que la guerre en Ukraine et en Iran n’en finit pas ; alors que l’Europe est traversée par des mouvements quasi-insurrectionnels liés à la vie chère, mais aussi à l’absence d’une vraie politique d’immigration – éviter à tout prix que cette crise débouche sur de nouvelles élections et une nouvelle longue période sans gouvernement de plein exercice.
Peut-être des mois. Avec, pour corollaire possible, une nouvelle poussée de l’extrême gauche côté francophone et du Vlaams Belang côté flamand. Et une Belgique encore davantage ingouvernable, entourée de ses deux gros voisins en crise, pour l’un politique (la France) et pour l’autre, industrielle (l’Allemagne). Et qui sont aussi deux de nos trois plus gros clients à l’export avec les Pays-Bas (51 et 31milliards respectivement au 1er semestre 2026). Ce qu'il nous faut c'est quelques minutes de courage politique.