« Moins de dépenses plutôt que plus d’impôts » : le message clair de l’OCDE à la Belgique
En pleine crise politique, l’OCDE presse la Belgique d’accélérer son assainissement budgétaire. Avec une dette à 108 % du PIB et un déficit de 5,2 %, elle recommande en priorité de réduire les dépenses plutôt que d’augmenter encore les impôts.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La dette belge atteignait 108 % du PIB en 2025 et le déficit 5,2 %.
- L’OCDE privilégie la réduction des dépenses, la fiscalité belge étant déjà élevée.
- Pensions, santé, salaires et fiscalité doivent encore être réformés.
Sommaire
- 108 % de dette et 5,2 % de déficit
- D'abord réduire les dépenses
- L'OCDE pointe la fragmentation belge
- Les réformes du gouvernement sont néanmoins saluées
- Retraites : lier l'âge de la pension à l'espérance de vie
- Moins d'exonérations fiscales, mais un meilleur impôt sur le patrimoine
- Santé : la Belgique dépense beaucoup
- Salaires : l'OCDE réclame davantage de flexibilité
- Énergie : sortir progressivement des aides aux combustibles fossiles
Le timing est difficilement plus sensible. Au moment où les partis de la majorité fédérale se déchirent sur la manière d'assainir les finances publiques, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient rappeler l'ampleur du problème auquel la Belgique est confrontée.
Dans son nouveau rapport consacré à l'économie belge, publié mardi, l'organisation internationale estime qu'il est désormais urgent de renforcer la soutenabilité des finances publiques.
Le constat est sévère : malgré les plans déjà engagés, la dette publique et le déficit devraient continuer à augmenter dans les prochaines années.
108 % de dette et 5,2 % de déficit
Les chiffres donnent la mesure du défi. En 2025, la dette publique belge atteignait 108 % du produit intérieur brut, tandis que le déficit budgétaire représentait 5,2 % du PIB.
Et les efforts actuellement envisagés ne suffiront pas.
Selon les calculs de l'OCDE, si la Belgique veut simplement stabiliser sa dette publique autour de 110 % du PIB, elle devra réaliser un effort budgétaire supplémentaire représentant 3,5 % du PIB d'ici 2035, en plus des mesures déjà prévues, qui représentent environ 1,5 % du PIB d'ici 2029.
Autrement dit, l'assainissement des finances publiques belges ne s'arrêtera pas avec l'actuel exercice budgétaire. Il devra se poursuivre pendant plusieurs années.
L'OCDE insiste donc sur « la nécessité urgente de renforcer la soutenabilité des finances publiques ».
D'abord réduire les dépenses
Mais c'est surtout la méthode proposée qui risque d'alimenter le débat politique belge.
Pour freiner la progression des déficits, l'OCDE appelle à accélérer la consolidation budgétaire et pointe en premier lieu la réduction des dépenses publiques.
La raison avancée est simple : le niveau de taxation est déjà particulièrement élevé en Belgique.
L'organisation recommande parallèlement d'améliorer l'efficacité du système fiscal et de revoir les cadres budgétaires, aussi bien au niveau fédéral que dans les entités fédérées.
Elle appelle également à poursuivre les réformes dans plusieurs grands postes de dépenses publiques : sécurité sociale, soins de santé et enseignement.
Une recommandation qui résonne directement avec les discussions politiques actuelles sur la répartition de l'effort entre économies, réformes structurelles et nouvelles recettes.
L'OCDE pointe la fragmentation belge
L'organisation identifie également un problème typiquement belge : l'éclatement des responsabilités entre les différents niveaux de pouvoir.
« La fragmentation de la gouvernance budgétaire nuit à l'efficacité de la consolidation et contribue à la persistance des dérapages budgétaires », préviennent les économistes de l'OCDE.
Le constat dépasse d'ailleurs largement la seule question du budget. La même fragmentation est pointée dans les soins de santé, où le partage des compétences entre le fédéral et les Régions compliquerait la coordination et limiterait les gains d'efficacité.
Les réformes du gouvernement sont néanmoins saluées
Le rapport ne constitue cependant pas uniquement un réquisitoire contre la politique belge.
L'OCDE reconnaît que plusieurs réformes récentes devraient produire des effets positifs sur le marché du travail.
Elle cite notamment la réforme des pensions, la limitation dans le temps des allocations de chômage et les changements apportés à l'assurance-maladie, qui devraient progressivement augmenter l'offre de main-d'œuvre.
L'économie belge a également fait preuve d'une certaine « résilience » malgré les chocs successifs des dernières années : pandémie de Covid-19, flambée des prix énergétiques après l'invasion russe de l'Ukraine et, plus récemment, nouvelles tensions géopolitiques.
Mais cette résistance ne règle pas les faiblesses structurelles : dette élevée, croissance potentielle relativement faible et vieillissement de la population.
Retraites : lier l'âge de la pension à l'espérance de vie
L'OCDE considère également que les réformes des pensions doivent aller plus loin.
Elle recommande notamment de poursuivre le développement du système de bonus-malus, tout en l'améliorant, et avance une proposition politiquement explosive : indexer l'âge de la retraite sur l'augmentation de l'espérance de vie.
L'organisation souhaite aussi davantage harmoniser les règles applicables aux différentes catégories de travailleurs afin d'améliorer à la fois la soutenabilité financière et l'équité du système.
Moins d'exonérations fiscales, mais un meilleur impôt sur le patrimoine
Si l'OCDE estime que la priorité doit porter sur les dépenses, elle n'écarte pas pour autant toute réforme fiscale.
Elle recommande notamment de supprimer de nombreuses exonérations fiscales.
Elle estime également qu'un système mieux conçu de taxation du capital et du patrimoine pourrait permettre d'augmenter à la fois les recettes et l'équité du système fiscal.
Un point qui montre que le rapport ne tranche pas totalement le débat belge entre économies et nouvelles recettes : l'organisation privilégie clairement la maîtrise des dépenses, mais considère également qu'une partie de la fiscalité pourrait être réorganisée.
Santé : la Belgique dépense beaucoup
Autre chantier majeur : les soins de santé.
La Belgique obtient globalement de bons résultats, constate l'OCDE, mais à un coût relativement élevé par rapport à d'autres pays membres de l'organisation.
Avec le vieillissement de la population, ces dépenses devraient encore augmenter.
L'OCDE recommande donc de miser davantage sur la prévention et les soins intégrés afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l'hôpital.
« Bien que la Belgique ait mis en place des initiatives de soins intégrés, celles-ci restent pour la plupart limitées à des programmes pilotes », constate le rapport.
Les dépenses consacrées à la prévention restent également relativement faibles et leur mise en œuvre varie fortement selon les Régions.
Salaires : l'OCDE réclame davantage de flexibilité
L'organisation s'inquiète également de la compétitivité de l'économie belge.
La Belgique a connu, au cours des deux dernières décennies, une désindustrialisation plus importante que la moyenne des pays de l'OCDE.
Pour améliorer la compétitivité des entreprises, l'organisation recommande dès lors un mécanisme de fixation des salaires plus flexible.
Elle appelle également à réduire les lourdeurs administratives, à améliorer les politiques d'innovation et à renforcer les compétences des travailleurs, notamment en développant davantage les filières STEM — sciences, technologies, ingénierie et mathématiques — dans l'enseignement secondaire.
Énergie : sortir progressivement des aides aux combustibles fossiles
Enfin, l'OCDE presse la Belgique d'accélérer le déploiement des énergies renouvelables afin d'atteindre ses objectifs climatiques.
Elle salue le déplacement d'une partie de la fiscalité de l'électricité vers le gaz et le pétrole, mais demande également une suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles.
Dans un contexte international incertain, l'organisation prévient surtout que le maintien de prix énergétiques élevés pourrait peser durablement sur la croissance belge.
Et c'est précisément ce qui rend son avertissement budgétaire plus délicat encore : la Belgique doit assainir ses finances publiques au moment même où sa croissance risque de ralentir.