Incident avec Meloni : le rôle de la FGTB est de défendre les travailleurs, pas de voir du fascisme partout (édito)
Après l’incident de Marcinelle, ce texte interroge la place des syndicats dans le débat politique et rappelle la mission de la FGTB dans la défense des travailleurs.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Après l’incident de Marcinelle, ce texte interroge la place des syndicats dans le débat politique et rappelle la mission de la FGTB dans la défense des travailleurs.
La scène de Marcinelle a quelque chose de profondément regrettable. Lors d’une cérémonie de commémoration, des représentants de la FGTB ont choisi de tourner le dos au président du Sénat italien, alors que celui-ci représentait les institutions de son pays. Le geste était politique, assumé sans doute comme une manière de protester. Mais dans le cadre d’une cérémonie consacrée au souvenir, il pouvait aussi être perçu comme une marque d’irrespect à l’égard de ses institutions. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a d’ailleurs été choquée par l’incident.
Notre ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a lui aussi déploré qu’un moment qui doit avant tout être consacré à la mémoire et au recueillement devienne une tribune politique. De plus, en tournant le dos lors de la lecture d’un message du président de la République italienne, le geste des syndicats a choqué en Italie.
On peut évidemment contester les idées d’un responsable politique. On peut critiquer son gouvernement, ses choix ou son bilan. On peut manifester, protester, interpeller. C’est même une liberté fondamentale dans une démocratie. Mais jusqu’où faut-il aller ?
Car cet épisode n’est pas totalement isolé. Il s’inscrit dans une tendance plus large qui interroge. Il y a peu, Yvan Verougstraete était ainsi qualifié de « facho » par le secrétaire général adjoint du SETCA lors d’une manifestation devant le Parlement consacrée à la réforme de l’enseignement. Et que dire des conférences auxquelles Georges-Louis Bouchez ne peut participer sans qu’un important dispositif de sécurité soit prévu pour garantir qu’il puisse simplement prendre la parole ?
Le problème dépasse donc largement les personnes concernées. Dans une démocratie, empêcher quelqu’un de parler parce que l’on désapprouve profondément ses idées constitue une pente dangereuse. La liberté d’expression ne vaut pas uniquement pour ceux avec lesquels nous sommes d’accord. Elle vaut précisément lorsque le débat devient difficile, lorsque les opinions dérangent et lorsque les désaccords sont profonds.
À force de qualifier de « fasciste » tout adversaire politique qui ne partage pas ses convictions, certains finissent par vider le mot de son sens. Le fascisme est une réalité historique et politique précise. En faire une insulte générique destinée à disqualifier ses adversaires n'enrichit pas le débat : cela l'appauvrit.
Surtout, cela pose une question essentielle à un mouvement syndical : où doit-il placer ses priorités ? La FGTB a une histoire, une légitimité et une responsabilité dans la défense des travailleurs. Sa mission se limite aux conditions de travail, à l'emploi, au pouvoir d'achat, à la sécurité sociale et aux droits sociaux. Les syndicats n’ont pas à se transformer en agents politiques qui donnent ou non des permis de parole sur l’immigration, Gaza, ou en opposants systématiques à tous les courants de droite ou du centre.