Iran : après la guerre, l’économie entre dans une phase de stagnation douloureuse
Alors que le cessez-le-feu tient difficilement, l’économie iranienne continue de se dégrader. Inflation record, pouvoir d’achat en chute libre et entreprises sous pression : le quotidien des Iraniens confirme la spirale décrite ces derniers jours.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’inflation a atteint 50 % en Iran après la guerre, le rial touche un nouveau plus bas et les premiers licenciements apparaissent. Derrière le discours de résistance, la population vit une nouvelle phase de stagnation douloureuse.
L’idée d’une économie iranienne qui tiendrait coûte que coûte malgré les sanctions et la guerre est de plus en plus mise à l’épreuve par la réalité du terrain. Selon le Financial Times, l’inflation annuelle a atteint 50 % début avril et continue de progresser, confirmant l’accélération de la crise déjà visible avant le conflit.
Une inflation qui touche le quotidien
Les Iraniens ressentent désormais la guerre dans leur porte-monnaie au jour le jour. Le prix d’un simple morceau de fromage est passé de 5,2 à 6,7 millions de rials en une semaine seulement. Le riz, les œufs, le poulet et même une Peugeot 207 neuve ont connu des hausses brutales. Le rial iranien a touché un nouveau plus bas historique cette semaine, s’échangeant à 1,8 million pour un dollar.
Cette inflation galopante creuse l’écart entre salaires et coût de la vie. Comme le note un consultant sur les réseaux sociaux, « toute augmentation de salaire inférieure à un doublement ne suffira pas à compenser la perte de pouvoir d’achat. »
Premiers signes de licenciements
Au-delà des prix, le marché de l’emploi commence à craquer. Plusieurs entreprises ont déjà procédé à des réductions d’effectifs. Une petite usine près de Téhéran a licencié près d’un tiers de son personnel. Dans le textile, un commerçant explique ne plus pouvoir absorber les hausses de salaires imposées par le gouvernement alors que son chiffre d’affaires s’effondre.
Les grands secteurs (pétrochimie, acier, sidérurgie) résistent encore, mais la production d’acier aurait chuté jusqu’à 30 %. Les analystes craignent que le blocus persistant du détroit d’Ormuz ne force une réduction drastique de la production pétrolière faute de débouchés.
Une économie de « ni guerre ni paix »
Le cessez-le-feu n’a pas ramené la normale. Il a installé une situation intermédiaire particulièrement toxique : pas de combats, mais pas de véritable reprise non plus. Les négociations sont au point mort, Téhéran exigeant la levée du blocus avant toute discussion sérieuse.
Le gouvernement tente d’amortir le choc : bons alimentaires distribués à la population, recours aux réserves stratégiques, utilisation de routes terrestres et ports de la mer Caspienne pour contourner le blocus. Mais ces mesures sont défensives. Elles permettent de survivre, pas de relancer l’activité.
Un risque politique qui persiste
Cette nouvelle phase de stagnation intervient après les manifestations massives de décembre et janvier, déjà provoquées par la crise économique. Le régime sait qu’il joue sur du velours lorsqu’il invoque la « résistance » face à l’extérieur. Mais la tolérance de la population a des limites lorsque les prix explosent et que les emplois disparaissent.
L’Iran mise sur sa capacité historique à endurer. Les États-Unis, eux, espèrent que la pression économique finira par fissurer le régime de l’intérieur. Pour l’instant, Téhéran tient. Mais chaque semaine qui passe sans amélioration visible rend le pari plus risqué.