« Je suis en colère » : Sammy Mahdi s’en prend au MR et à Vooruit
« Je suis en colère. » Juste avant d'être reçu par le roi Philippe, Sammy Mahdi a vivement appelé le MR et Vooruit à abandonner leurs « tabous ». Le président du CD&V dénonce les « jeux politiques » et avertit des lourdes conséquences financières si la crise se prolonge.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Sammy Mahdi se dit « en colère » face au blocage des négociations.
- Il demande au MR et à Vooruit d’abandonner leurs « tabous ».
- Il redoute la réaction des marchés et évoque des « situations à la grecque ».
Après Yvan Verougstraete, Sammy Mahdi est arrivé mardi au Palais royal pour être reçu par le roi Philippe. Le président du CD&V n’a pas caché son irritation face à l'impasse politique et budgétaire dans laquelle se trouve le gouvernement fédéral.
« J’espère surtout que chaque parti aura suffisamment le sens des responsabilités pour comprendre qu’il n’y a pas de place pour les petits jeux », a-t-il lancé devant les grilles du Palais.
Pour Sammy Mahdi, chaque journée perdue risque désormais d’alourdir encore l’effort budgétaire recherché.
« Chaque jour que nous perdons est un jour qui finit par s’ajouter à la facture que nous essayons déjà de régler aujourd’hui, à savoir ces 10 milliards. N’alourdissons pas encore cette facture en jouant à des jeux politiques. »
« Tout le monde doit se regarder dans le miroir »
Le président du CD&V renvoie dos à dos les deux ailes de la majorité et demande à chacune de faire des concessions.
« Je pense que tout le monde doit se regarder dans le miroir. À gauche, il faut comprendre que l’État doit utiliser ses moyens plus efficacement. Et à droite, il faut comprendre que les épaules les plus larges doivent contribuer. »
À défaut, prévient-il, ce sont d’autres catégories de la population qui risquent de payer la facture.
« Si vous ne le faites pas, je crains que la facture finisse par arriver chez la classe moyenne qui travaille dur et chez les pensionnés, où l’on ira alors chercher les moyens. Je ne pense pas que cela doive être le plan. »
Sammy Mahdi rappelle également la promesse faite par l'Arizona lors de sa constitution : « Nous devons réformer. Nous avons promis d’être un gouvernement de réformes. »
Les présidents de parti doivent-ils reprendre la main ?
Alors que Georges-Louis Bouchez a évoqué la nécessité de négocier une sorte d’« accord de gouvernement 2.0 », Sammy Mahdi estime que la priorité est ailleurs : remettre rapidement les ministres autour de la table.
« Il faut surtout reprendre les négociations le plus vite possible », répond-il lorsqu’on lui demande si les présidents de parti doivent désormais participer directement aux discussions.
« Il faut négocier rapidement au sein du kern, avec les ministres. Je viens avec beaucoup de plaisir discuter avec le Roi et c’est aussi le message que je lui transmettrai. Il est important de poursuivre les négociations le plus vite possible parce que nous n’avons pas le luxe de continuer à tourner en rond pendant quelques semaines. »
Pour le président du CD&V, les présidents de parti sont de toute façon informés de ce qui se négocie.
« Chaque président de parti est, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans l’exercice budgétaire en cours. Chaque président sait aussi ce qui est aujourd’hui sur la table. »
Mais Sammy Mahdi vise ensuite directement les blocages qui subsistent, selon lui, au MR et chez Vooruit.
« Il appartient aussi à chaque président de parti de comprendre que les tabous qui existent à gauche chez Vooruit et à droite au MR doivent tomber si nous voulons faire ce que ce gouvernement a convenu : réduire les impôts sur le travail, récompenser le travail et faire contribuer les épaules les plus larges pour parvenir à trouver ces 10 milliards. »
« Je suis en colère »
Le ton monte encore lorsqu’il est interrogé sur la responsabilité des différents partenaires.
« Peu m’importe » de savoir précisément à quel niveau les discussions doivent avoir lieu, explique-t-il. « Ce qui compte pour moi, c’est que le gouvernement se remette autour de la table le plus vite possible et qu’il n’y ait plus de place pour les jeux politiques. »
Puis le président du CD&V lâche : « Je suis en colère, je dois le dire. J’ai le sentiment qu’il y a un manque total de sens des responsabilités. »
Sammy Mahdi met surtout en garde contre la réaction que pourraient avoir les marchés financiers si la Belgique ne parvient pas rapidement à dégager un accord budgétaire.
« Rendez-vous compte de ce qui nous attend si nous ne trouvons pas un accord le plus rapidement possible dans les prochaines semaines, de ce que les marchés financiers vont nous faire. Certains ne semblent pas comprendre ce qui risque d’arriver et pensent qu’il s’agit simplement d’une sombre prédiction qui ne se réalisera jamais. Mais c’est la réalité. »
Mahdi évoque le risque de « situations à la grecque »
Le président du CD&V va jusqu’à évoquer le spectre de « situations à la grecque » si les finances publiques belges devaient continuer à se détériorer.
« Les gens auront des factures plus élevées. Et si nous finissons dans des situations à la grecque, où les pensions des gens sont réduites et les impôts augmentés parce que le FMI ou la Commission européenne — peu importe qui — vient nous dire ce que nous devons faire, alors cela ne servira plus à rien d’aller discuter dans les studios de télévision du pouvoir d’achat des gens ordinaires. »
Interpellé par un journaliste sur sa colère manifeste, Sammy Mahdi assume pleinement.
« Oui, je suis en colère parce que je pense vraiment que les gens ne se rendent pas compte, ou qu’un certain nombre de partis ne se rendent pas compte, de la situation dans laquelle nous nous trouvons et de ce qu’il faut faire maintenant. »
« Je ne comprends absolument pas l’attitude de certains partis »
Pour Sammy Mahdi, la Belgique n’a plus le temps de reproduire les longues crises politiques auxquelles elle a été habituée.
« Il n’y a vraiment aucune marge pour jouer maintenant à des jeux politiques et laisser pourrir la situation pendant des semaines. Je sais qu’en Belgique, nous en avons longtemps eu l’habitude, mais quand je regarde simplement les chiffres budgétaires auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, je ne comprends absolument pas l’attitude adoptée par certains partis. »
Il y voit « un manque total de responsabilité ».
Et son message vise une nouvelle fois les deux partenaires qui cristallisent les tensions dans les discussions : « Je pense effectivement que les deux partis doivent se regarder droit dans le miroir. »
Pour Sammy Mahdi, le temps de la campagne électorale est terminé.
« Les slogans de communication qui fonctionnent bien pendant une campagne, on les utilise quand il y a des élections. Mais les élections ont eu lieu. L’électeur nous a donné un mandat et il attend aujourd’hui de nous que nous prenions nos responsabilités et que nous fassions ce qui doit être fait. »
Le CD&V n’est lui-même pas satisfait de tout ce qui se trouve sur la table, reconnaît son président. Mais les désaccords doivent, selon lui, être réglés là où les négociations se déroulent.
« Sommes-nous, en tant que parti, entièrement satisfaits de tout ce qui figure dans l’accord ou dans la proposition ? Non. Mais cela, on le dit autour de la table. »
Et Sammy Mahdi de conclure par une dernière pique : « Parlez autour de cette table au lieu de rester silencieux, puis d’aller parler dans les studios de toutes les émissions de télévision. C’est ma grande frustration. »