Léa Salamé : sa famille possède l'un des plus beaux joyaux Art déco de Bruxelles, la Villa Empain
La célèbre journaliste française entretient un lien familial méconnu avec l'un des monuments les plus remarquables de Bruxelles. Acquise en 2006 par la Fondation Boghossian, fondée par ses proches, la Villa Empain est aujourd'hui dirigée par sa sœur Louma Salamé. Retour sur l'histoire d'un patrimoine exceptionnel.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La famille de Léa Salamé a sauvé la Villa Empain à Bruxelles, joyau de l'Art déco aujourd'hui dirigé par sa sœur Louma. Retour sur son histoire.
Les téléspectateurs français connaissent Léa Salamé pour ses interviews politiques et ses émissions télévisées. Ils savent probablement moins que la journaliste est issue d'une famille étroitement liée à l'un des plus prestigieux édifices de Bruxelles : la Villa Empain, chef-d'œuvre de l'architecture Art déco situé avenue Franklin Roosevelt.
Comme le rappelle Gala, la journaliste appartient, par sa mère Mary Boghossian, à une famille de joailliers et de mécènes d'origine arménienne. Ses oncles maternels, Jean et Albert Boghossian, ont joué un rôle décisif dans la sauvegarde de cette demeure historique, aujourd'hui devenue un centre d'art réputé.
La Villa Empain est en effet le siège de la Fondation Boghossian, qui l'a acquise en 2006 et entièrement restaurée. Depuis 2016, sa direction est assurée par Louma Salamé, la sœur de la journaliste.
Une résidence construite pour un jeune baron belge
L'histoire de la villa commence bien avant son acquisition par la famille Boghossian. Le 24 décembre 1929, le baron Louis Empain, alors âgé de 21 ans, achète un terrain le long de l'avenue des Nations, aujourd'hui avenue Franklin Roosevelt, dans le quartier du Bois de la Cambre.
Héritier de la célèbre famille d'industriels belges, il souhaite y faire construire une résidence privée d'exception. En 1931, il confie le projet à l'architecte suisse Michel Polak, également connu pour avoir conçu le Résidence Palace à Bruxelles.
L'édifice qui en résulte constitue l'une des réalisations les plus remarquables de l'Art déco belge. Ses lignes géométriques, ses façades de granit poli, ses marbres précieux, ses ferronneries et son vaste jardin agrémenté d'une piscine témoignent du raffinement architectural de l'entre-deux-guerres.
Mais Louis Empain ne conservera pas longtemps cette demeure pour son seul usage. En septembre 1937, il en fait don à l'État belge afin d'y installer un musée des arts décoratifs contemporains. L'établissement accueille alors des expositions sous la direction de l'École de La Cambre.
De l'ambassade soviétique au siège de RTL
La Seconde Guerre mondiale bouleverse la destinée de la propriété. La villa est notamment utilisée par l'Institut cartographique militaire, avant d'être réquisitionnée par l'occupant allemand en 1943. Après la guerre, elle accueille l'ambassade d'Union soviétique, qui y demeure jusqu'en 1963.
Entre-temps, Louis Empain conteste les conditions dans lesquelles l'État belge a utilisé sa donation. Il finit par récupérer la propriété du bâtiment, qu'il transforme en centre culturel au milieu des années 1960. En 1973, il décide de vendre la villa. L'édifice connaît ensuite plusieurs occupants, parmi lesquels la chaîne RTL, qui y installe son siège belge dans les années 1980.
Mais après le départ de la chaîne, le bâtiment entre dans une période de déclin. Progressivement abandonné, il subit de graves dégradations et des actes de vandalisme, particulièrement entre 2002 et 2005. L'un des monuments Art déco les plus remarquables de la capitale se retrouve alors dans un état alarmant.
La famille Boghossian sauve la Villa Empain
C'est dans ce contexte que Jean et Albert Boghossian interviennent en 2006. Les deux frères, issus d'une famille de joailliers d'origine arménienne, décident d'acquérir la propriété pour y installer leur fondation familiale.
Créée en 1992 avec leur père Robert Boghossian, cette institution philanthropique s'était d'abord consacrée à des initiatives éducatives et humanitaires, notamment au Liban et en Arménie. Avec l'acquisition de la Villa Empain, elle élargit son action à la préservation du patrimoine et au dialogue culturel.
Une restauration considérable est alors entreprise, sous la direction architecturale du bureau MA2 de Francis Metzger. Les travaux, achevés en 2010, visent à rendre à l'édifice son apparence d'origine tout en l'adaptant à sa nouvelle fonction publique.
La qualité de cette restauration est récompensée en 2011 par le prix européen du patrimoine Europa Nostra. Le 21 avril 2010, la Villa Empain est officiellement inaugurée comme centre d'art et de dialogue entre les cultures d'Orient et d'Occident. Elle ouvre ses portes au public le lendemain.
Louma Salamé à la tête de l'institution
Depuis janvier 2016, c'est Louma Salamé, sœur de Léa Salamé, qui dirige la Villa Empain et la Fondation Boghossian. Formée aux Beaux-Arts et aux Arts décoratifs de Paris, elle a auparavant travaillé dans plusieurs institutions culturelles internationales, notamment au musée Mathaf de Doha et à l'Institut du monde arabe à Paris.
Sous sa direction, la Villa Empain poursuit sa vocation de lieu de rencontres artistiques et intellectuelles. Expositions, conférences, concerts, ateliers et visites guidées rythment la vie de ce bâtiment classé, devenu l'une des adresses culturelles importantes de Bruxelles. La Fondation Boghossian indique avoir accueilli plus de 800.000 visiteurs depuis la réouverture de la villa en 2010.
L'histoire de ce monument constitue ainsi une facette moins connue de l'environnement familial de Léa Salamé. Si la journaliste n'en est pas personnellement propriétaire, ses proches ont contribué à sauver un édifice majeur du patrimoine belge et à lui donner une seconde vie.
Près d'un siècle après sa construction, la Villa Empain demeure le témoignage d'une époque où l'architecture privée pouvait atteindre une ambition artistique exceptionnelle. Et sa renaissance illustre aussi le rôle que le mécénat familial peut jouer dans la préservation du patrimoine européen.