L’IA va-t-elle vraiment supprimer les emplois IT ? Ces chiffres racontent une autre histoire
L’IA bouleverse l’emploi dans l’informatique sans faire disparaître les besoins en personnel. Selon Randstad, 86 % des employeurs interrogés renforcent leurs équipes IT.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 86 % des employeurs interrogés renforcent leurs équipes IT malgré l’essor de l’intelligence artificielle.
- La demande de profils juniors possédant des compétences en IA a été multipliée par cinq en un an.
- Communication, pensée critique et gestion des risques deviennent aussi cruciales que les compétences purement techniques.
L'intelligence artificielle va-t-elle remplacer une partie des informaticiens ? Les résultats d'une nouvelle étude internationale de Randstad dessinent un scénario plus nuancé. À ce stade, l'essor de l'IA s'accompagne surtout d'une augmentation de la demande pour certains profils et certaines compétences.
Selon l'étude Tech talent in transition: building the AI-ready workforce, 86 % des organisations interrogées renforcent leurs équipes IT. Parallèlement, le nombre d'offres d'emploi mentionnant des compétences en intelligence artificielle a plus que quintuplé en un an.
La transformation concerne aussi les profils juniors : la demande pour de jeunes spécialistes IT disposant de compétences liées à l'IA a été multipliée par cinq en un an, selon Randstad.
L'IA transforme les compétences recherchées
Le changement ne porte toutefois pas uniquement sur le nombre de travailleurs recherchés. La nature des compétences demandées évolue également.
À mesure que l'IA automatise certaines tâches routinières, les entreprises recherchent davantage de personnes capables d'encadrer son utilisation, de l'intégrer dans l'organisation et d'en maîtriser les risques.
Selon Randstad, 61 % des employeurs interrogés estiment même qu'il est plus difficile de trouver des candidats possédant des compétences humaines, notamment en communication et en pensée critique, que des personnes disposant uniquement des compétences techniques recherchées.
La demande en matière de gestion et de gouvernance des risques a, elle, progressé de 108 % en un an, tandis que l'offre de profils possédant ces compétences n'a augmenté que de 68 %.
« L’IA ne remplacera pas les talents IT, mais donnera au contraire une nouvelle dimension à leur rôle. », explique Sander van ’t Noordende, CEO de Randstad.
« Les employeurs recherchent des personnes capables d'utiliser concrètement l'IA dès leur premier jour. Des talents qui disposent de capacités d'analyse, mais aussi de compétences en communication et en gouvernance afin d'obtenir des résultats grâce à l'IA. Cette combinaison de compétences constitue aujourd'hui le principal défi dans la recherche de talents », poursuit-il.
Les entreprises non technologiques entrent dans la bataille
Autre évolution mise en évidence par l'étude : les entreprises technologiques ne sont plus les seules à se disputer ces profils.
Les banques, les entreprises pharmaceutiques, les acteurs de la santé ou encore les sociétés de biotechnologie cherchent eux aussi à attirer les spécialistes IT.
D'après les données présentées par Randstad, les banques proposent en moyenne aux ingénieurs logiciels des rémunérations 13 % supérieures, tandis que l'écart atteindrait 17 % dans la santé, la pharmacie et les biotechnologies.
Plus de la moitié des entreprises hors secteur technologique interrogées, soit 55 %, déclarent par ailleurs recruter des travailleurs devenus disponibles à la suite des restructurations intervenues dans le secteur IT.
Les freelances pour combler le manque de compétences
Face à la difficulté de trouver les profils recherchés, les entreprises ne comptent pas uniquement sur les recrutements classiques.
63 % des organisations interrogées disent privilégier le recours à des talents flexibles, notamment des travailleurs temporaires et des freelances, pour combler leur déficit de compétences en intelligence artificielle.
Parmi ces entreprises, 92 % utilisent des plateformes numériques mettant directement en relation employeurs et profils qualifiés. Pour 42 %, ces plateformes constituent même le principal canal de recrutement.
Enfin, 35 % des organisations envisagent de recourir au cours des deux prochaines années à des hubs régionaux de nearshoring pour trouver des travailleurs possédant les compétences recherchées en IA.
Pour Sander van ’t Noordende, il n'existe dès lors pas de solution unique : « Aucun modèle de recrutement ne permettra à lui seul de combler ce fossé. »
Les entreprises les mieux armées seraient celles qui combinent trois stratégies : recruter les compétences nécessaires, faire appel ponctuellement à des spécialistes externes et former leurs propres travailleurs.
« Les organisations qui prennent les devants adoptent une stratégie globale : elles recrutent des talents possédant les bonnes compétences, font appel au bon moment à des talents spécialisés flexibles et investissent dans la formation de leurs propres collaborateurs », explique le CEO de Randstad.
Seulement 31 % de femmes parmi les profils disposant de compétences en IA
L'étude pointe également un important déséquilibre entre hommes et femmes.
Les femmes représenteraient aujourd'hui seulement 31 % des professionnels disposant de compétences en intelligence artificielle et 36 % des personnes possédant des compétences technologiques plus largement.
« Les entreprises ne peuvent pas se permettre de laisser de côté la moitié des talents. Réduire l'écart entre les hommes et les femmes dans les compétences liées à l'IA doit devenir une priorité si elles veulent connaître une croissance durable », estime Sander van ’t Noordende.
Une étude menée dans 11 pays, dont la Belgique
Ces chiffres ne concernent pas spécifiquement le marché belge. L'étude primaire a été réalisée durant la première moitié du mois d'août 2026 dans 11 pays : Australie, Belgique, Allemagne, France, Inde, Italie, Japon, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni et États-Unis.
Au total, 1.100 décideurs d'entreprise et responsables IT, soit 100 par pays, ont été interrogés. Ils étaient tous impliqués dans la planification des effectifs et la stratégie en matière de talents numériques.
Randstad indique avoir parallèlement analysé plus de 20 millions d'offres d'emploi et environ 100 millions de profils de candidats dans le cadre de son étude secondaire.