Manifestation contre le RN à Orléans, des slogans virulents et une sécurité renforcée
Des milliers de manifestants défilent à Orléans contre le congrès du RN, sous haute surveillance. Une mobilisation aux slogans virulents, face à un parti qui dispose aussi de la liberté de défendre ses idées.
Publié par A JS
Résumé de l'article
À Orléans, la mobilisation contre le RN entraîne un dispositif de sécurité massif et de nombreuses restrictions. Les accusations de responsables de gauche et les slogans du cortège interrogent les limites de la confrontation politique. Jordan Bardella prépare sa réélection interne, avant le meeting présidentiel de Marine Le Pen.
Des milliers de personnes manifestent ce samedi 24 octobre à Orléans contre le Rassemblement national. Le parti tient son congrès avant un meeting de Marine Le Pen, dimanche.
Une cinquantaine de partis, syndicats et associations ont appelé au rassemblement. Les autorités attendaient jusqu’à 30.000 participants venus de toute la France. Ce chiffre constitue une prévision, et non un décompte du cortège.
La mobilisation intervient une semaine après les violences du 17 octobre en France. Elle oblige les autorités à protéger simultanément les manifestants, les habitants et les participants au congrès.
Congrès du RN et respect du pluralisme
Dans le cortège, les slogans dépassent parfois la contestation du programme nationaliste. « Macron démission, Le Pen en prison », scandent des participants. Des pancartes affichent aussi « Plus chauds que les fachos ».
Cette mobilisation vise la tenue d’un rendez-vous partisan, à quelques mois de la présidentielle. Elle pose aussi la question de la place accordée à l’adversaire dans le débat démocratique.
L’article 4 de la Constitution garantit aux partis la liberté d’exercer leur activité, dans le respect des principes démocratiques. Contester les idées du RN relève du débat public. Cette opposition ne saurait justifier d’empêcher ses militants de se réunir.
Près de 3.000 policiers et gendarmes mobilisés
Les autorités ont modifié le parcours vendredi pour éviter le centre-ville. Elles mobilisent tous les effectifs locaux, avec quinze compagnies de CRS et de gendarmes mobiles en renfort. Le dispositif représente près de 3.000 policiers et gendarmes.
Deux blindés Centaure, des lanceurs d’eau, des hélicoptères et des drones complètent ces moyens. Les autorités redoutent la présence de 2.000 à 3.000 éléments radicaux. Cette estimation ne préjuge pas du comportement de l’ensemble des manifestants.
Le maire divers droite Serge Grouard a annoncé un couvre-feu pour les moins de 15 ans durant deux nuits. La municipalité ferme l’office de tourisme, la médiathèque, les parcs et les jardins. Elle impose également la fermeture des terrasses.
Les tramways ne circulent pas et les autorités interdisent la circulation dans le centre historique. Le préfet Hugues Moutouh interdit aussi les manifestations dimanche dans une grande partie de l’agglomération.
Bardella sans concurrent, Le Pen en campagne
Au Zénith, environ 5.000 militants et cadres ont rendez-vous pour le congrès. Jordan Bardella, seul candidat à sa succession, doit retrouver la présidence du RN. Le parti annonce une participation de 68% au vote interne et revendique 160.000 adhérents.
Ce scrutin doit également renouveler ses instances. Il intervient après des accusations d’antisémitisme visant la jeunesse de Jordan Bardella, que celui-ci conteste fermement.
Marine Le Pen prévoit dimanche son premier grand meeting de campagne au Co’Met, une salle de 10.000 places. Les enquêtes d’opinion la placent en tête du premier tour et gagnante dans les duels testés. Ces projections ne constituent pas un résultat électoral.
La candidate veut défendre une « France apaisée » et faire de la « renaissance » le thème de son discours. Malgré les craintes remontées de militants, elle affirme ne pas avoir d’inquiétude pour la tenue du meeting.
À gauche, des accusations particulièrement lourdes
Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, appartient à LFI, formation d’extrême gauche. Il a invoqué l’attaque meurtrière survenue vendredi près de Trappes pour appeler à la mobilisation. Un homme soupçonné d’avoir voulu viser des personnes issues de l’immigration a tué une personne et blessé cinq autres.
L’élu a dénoncé un nouvel « attentat raciste, xénophobe ». Cette prise de parole rapproche le crime du combat contre le RN, sans établir de responsabilité du parti dans l’attaque.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, juge pour sa part le RN « dangereux pour notre démocratie ». Olivier Faure, Ali Rabeh et Clémentine Autain figurent également parmi les personnalités présentes.
La mobilisation oppose donc deux lectures de la vie démocratique, entre dénonciation du RN et respect de sa participation au débat électoral.