Nathan Cofnas : « Il est dans l’intérêt de beaucoup de faire de moi un bouc émissaire pour ce qui est arrivé à Jason Arday »
Interdit d’enseignement et d’accès au campus de l’Université de Gand pendant 90 jours, Nathan Cofnas peut néanmoins poursuivre ses recherches à distance. Il n’est techniquement plus suspendu. Visé par une enquête disciplinaire, le philosophe américain conteste les reproches formulés à son encontre.
Publié par Nicolas de Pape
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Résumé de l'article
Suspendu à titre conservatoire, Nathan Cofnas peut poursuivre ses recherches à distance, mais ne peut ni enseigner ni accéder au campus de l’UGent pendant 90 jours.
Le philosophe américain défend ses théories controversées sur les différences entre groupes humains et critique vivement les politiques de diversité et de discrimination positive.
Il maintient l’exactitude de ses accusations contre Jason Arday et estime servir de bouc émissaire à Cambridge, à la presse britannique et à l’Université de Gand.
Il défend ici ses travaux controversés sur les différences entre groupes humains, critique les politiques de diversité et revient sur les accusations de plagiat qu’il avait portées contre Jason Arday.
Nathan Cofnas est un philosophe américain spécialisé dans la philosophie des sciences, en particulier de la biologie, ainsi que dans la psychologie morale, l’éthique et la théorie politique. Diplômé de Columbia, il a obtenu un master à Cambridge puis un doctorat en philosophie à Oxford. De 2022 à 2025, il a bénéficié d’une bourse Leverhulme à l’Université de Cambridge. Depuis 2026, il est chercheur postdoctoral au département de philosophie et de sciences morales de l’Université de Gand, où il travaille sur l’avenir du libéralisme.
Sa présence à Gand avait suscité des contestations avant même l’affaire Jason Arday. Cofnas se définit comme un « race realist » et soutient que certaines différences moyennes entre populations auraient une composante génétique. Ces positions sont fortement contestées. Les Académies nationales américaines des sciences recommandent notamment de ne pas utiliser la race comme substitut de la variation génétique humaine, une pratique qu’elles jugent trompeuse et scientifiquement imprécise.
En juillet, le chercheur a publié des accusations de plagiat contre Jason Arday, premier professeur noir de sociologie de l’éducation à Cambridge. Ce dernier avait rejeté l’accusation de plagiat, tout en reconnaissant des erreurs. Il a démissionné avant d’être retrouvé mort à Londres le 14 août, à l’âge de 41 ans. L’Université de Gand a alors suspendu Cofnas à titre conservatoire. Cette suspension a depuis été remplacée par une mesure de 90 jours : il peut continuer certaines recherches à distance, mais ne peut ni enseigner ni se rendre sur le campus. L’enquête disciplinaire se poursuit.
Les réponses ont été traduites de l’anglais par IA et relues par la rédaction. Elles expriment uniquement le point de vue de Nathan Cofnas.
Une enquête disciplinaire toujours en cours
21News : Vous avez finalement fait l’objet d’une mesure de trois mois. Vous ne pouvez plus vous rendre physiquement à l’université ni enseigner. Quels motifs l’Université de Gand vous a-t-elle communiqués ? Avez-vous eu la possibilité de vous défendre et disposez-vous d’un droit de recours ?
Nathan Cofnas : Le 19 août, l’Université de Gand a publié un communiqué qualifiant mon travail sur Jason Arday de « discrimination, haine et racisme ». Le lendemain, elle m’a suspendu pour une semaine.
La lettre de suspension énumérait plusieurs griefs, dont certains n’avaient aucun lien direct avec Jason Arday. Il est cependant évident que les réactions suscitées par son décès ont été l’élément déclencheur.
Techniquement, je ne suis plus suspendu actuellement. Il m’est toutefois interdit de me rendre sur le campus et d’enseigner pendant 90 jours. Une enquête à mon encontre est toujours en cours.
Lorsque l’Université de Gand vous a engagé, connaissait-elle pleinement vos travaux controversés ? Vous reproche-t-elle aujourd’hui de mener des recherches sur le « réalisme racial » en dehors du projet pour lequel vous avez été recruté ?
L’université connaissait parfaitement mes travaux « controversés ». Ma nomination a d’ailleurs été retardée de trois mois, le temps qu’elle vérifie si j’avais enfreint la loi ou les règles de l’établissement.
Mon poste à l’UGent représente 60 % d’un temps plein. Pendant les 40 % restants de mon temps de travail, je suis libre de mener les recherches que je souhaite.
« Il s’agit de courbes qui se chevauchent »
Comment expliqueriez-vous à un non-spécialiste les théories que vous qualifiez de « réalisme racial » ?
Le réalisme racial part du constat que les populations humaines d’ascendances différentes peuvent être distinguées biologiquement. Il affirme aussi que la distribution de certaines caractéristiques socialement importantes, comme l’intelligence, varie entre ces populations pour des raisons génétiques.
Il ne prétend pas que tous les membres d’une même race sont identiques, ni qu’il existe des différences qualitatives entre les races. Il s’agit de courbes en cloche qui se chevauchent. On ne peut pas juger un individu sur la base de son origine raciale. Les différences moyennes entre groupes ont néanmoins, selon moi, des conséquences sociales importantes.
Vous êtes d’origine juive. Certains pourraient rapprocher vos propos des théories de Gobineau sur l’inégalité des races, qui ont notamment influencé Adolf Hitler. Vous dites évidemment autre chose, mais avez-vous conscience de cette association possible et de la responsabilité qui en découle ?
Les nazis étaient des pseudo-scientifiques. Ils rejetaient le darwinisme au profit d’un étrange mythe créationniste appelé « théorie de la glace mondiale ».
Déclarer qu’une race serait spirituellement supérieure à une autre ne relève pas de la science. Cela ne devrait pas discréditer l’application des méthodes scientifiques à l’étude de la diversité humaine.
La négation de l’existence de différences raciales a toujours séduit une partie de la gauche pour des raisons idéologiques. Après la Seconde Guerre mondiale, des militants ont réussi à associer l’étude scientifique légitime des différences entre populations aux crimes nazis. Il s’agissait, selon moi, de politique et non de science.
Ma thèse est que les politiques DEI, du moins sous leur forme orthodoxe, reposent sur un postulat empirique erroné.
Vos théories remettent-elles directement en cause les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), ainsi que les programmes de discrimination positive ?
Ma thèse est que les politiques DEI, du moins sous leur forme orthodoxe, reposent sur un postulat empirique erroné. L’idéologie DEI suppose que toutes les disparités entre groupes résultent d’injustices qu’il faudrait corriger. J’estime que certaines disparités proviennent de différences naturelles dont personne n’est responsable.
Que reprochez-vous plus précisément aux politiques DEI ? Certains penseurs conservateurs y voient une forme de discrimination inversée ou de racisme anti-Blancs.
Le raisonnement des politiques DEI est le suivant : tous les groupes humains seraient en moyenne identiques. Les différences de résultats devraient donc nécessairement être provoquées par l’environnement. En pratique, cela revient à imputer ces différences aux agissements du groupe qui obtient les meilleurs résultats.
L’antisémitisme nazi reposait en partie sur une logique que l’on qualifierait aujourd’hui de « woke ». Les Juifs réussissant, en moyenne, mieux que les non-Juifs sur le plan socio-économique, la seule explication admise était qu’ils trichaient.
Si vos théories étaient appliquées, comment pourrait-on permettre à davantage d’Afro-Américains d’obtenir un diplôme sans pénaliser, par exemple, les étudiants asiatiques ?
Si la société tient absolument à garantir une certaine représentation des Noirs dans certaines fonctions, elle devrait l’assumer ouvertement et instaurer des quotas.
Le nombre de places étant limité dans les établissements qui pratiquent la discrimination positive, toute mesure destinée à augmenter la représentation des Noirs implique généralement une discrimination envers d’autres groupes, en particulier les Blancs et les Asiatiques.
L’affaire Jason Arday
Vous affirmez n’avoir éprouvé aucune animosité envers Jason Arday. Comment avez-vous découvert les passages que vous considériez comme plagiés ? Avez-vous contacté Jason Arday et l’Université de Cambridge avant de publier vos accusations ? Avec le recul, regrettez-vous certains mots, le ton employé ou la manière dont vous avez rendu l’affaire publique ?
Un membre du corps académique de Cambridge, qui ne souhaite pas être identifié, m’a signalé le plagiat présumé de Jason Arday.
Dave Harris, professeur à la Plymouth Marjon University, avait déjà alerté l’administration de Cambridge en 2023 au sujet de problèmes dans les travaux d’Arday. Ses avertissements avaient cependant été écartés et rien ne s’était passé.
Avant de publier mon enquête, j’ai contacté Jason Arday et Hilary Cremin, qui dirige la faculté d’éducation de Cambridge. Je leur ai communiqué mes conclusions et leur ai demandé s’ils souhaitaient réagir. Aucun des deux ne m’a répondu.
Tout ce que j’ai publié au sujet de Jason Arday était exact. Je n’ai commis aucune erreur.
L’Université de Gand, qui connaissait vos travaux avant de vous engager, semble aujourd’hui vous tenir responsable de ce qui est arrivé à Jason Arday, alors que les circonstances exactes de sa mort ne sont toujours pas établies publiquement. Avez-vous le sentiment que l’on s’en prend au messager ?
Il est dans l’intérêt de beaucoup de faire de moi le bouc émissaire de ce qui est arrivé à Jason Arday.
L’Université de Cambridge l’a placé dans une situation qui l’exposait à l’humiliation, puis l’a abandonné lorsqu’il est devenu encombrant. La presse britannique a publié 249 articles à son sujet en 22 jours. Plutôt que de s’interroger sur leurs propres actes, il est beaucoup plus commode de me désigner comme responsable : je suis un individu extérieur à l’institution et je défends des idées impopulaires.
La déferlante de haine a également fourni à l’Université de Gand la couverture nécessaire pour agir contre moi.
Petra De Sutter et l’avenir à Gand
Considérez-vous que vos théories relèvent de la liberté d’expression ? Petra De Sutter a rappelé que celle-ci n’était pas illimitée.
La plupart de mes opinions controversées correspondent, selon moi, aux positions dominantes dans la recherche scientifique ou reposent sur des statistiques objectivement exactes.
Il serait absurde d’affirmer que la liberté d’expression ne couvre pas le droit de citer les statistiques d’admission de Harvard ou de reprendre des conclusions régulièrement publiées dans des revues comme Intelligence.
Pensez-vous rester à l’Université de Gand après la fin de cette mesure ? Pourquoi ne pas rejoindre une université américaine, qui offrirait peut-être de meilleures garanties en matière de liberté d’expression et un salaire nettement supérieur ?
J’occupe un poste d’un an à l’Université de Gand dans le cadre d’un projet consacré à l’avenir du libéralisme. Lorsque ce contrat prendra fin, j’examinerai les autres possibilités.
Les États-Unis possèdent une tradition de liberté d’expression beaucoup plus solide que l’Europe, et même que le Royaume-Uni. Les universités américaines restent toutefois très largement sous le contrôle de l’idéologie « woke ».