Patrick Pouyanné : « Si je veux augmenter un de mes salariés de 100€, je vais payer 300€. Tout ça ne marche pas. »
Le PDG de TotalEnergies estime que l’Europe a privilégié depuis quarante ans le consommateur au détriment du producteur. Pour enrayer le déclin industriel, Patrick Pouyanné appelle à augmenter la « masse de travail », réduire les charges et, en contrepartie, supprimer une partie des aides aux entreprises.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Patrick Pouyanné dénonce une Europe tournée vers la consommation plutôt que la production et appelle la France à travailler davantage, réduire les charges et diminuer les aides aux entreprises.
Patrick Pouyanné livre un diagnostic particulièrement sévère sur le modèle économique français et européen. Pour le PDG de TotalEnergies, l’Europe s’est construite depuis plusieurs décennies autour de la défense du consommateur et du pouvoir d’achat, au prix d’un affaiblissement progressif de son appareil productif.
Patrick Pouyanne, PDG de TotalEnergies :
— Gilles Raveaud (@RaveaudGilles) August 27, 2026
"La vraie question, au niveau européen mais aussi français. Cela fait 40 ans qu'on construit une Europe des consommateurs, avec un seul objectif : battre l'inflation. Et donc on a ouvert nos frontières, on fait rentrer les produits.
Ce…
« Cela fait 40 ans qu’on construit une Europe des consommateurs, avec un seul objectif : battre l’inflation », estime-t-il. L’ouverture des frontières aux produits étrangers et les décisions prises à Bruxelles auraient ainsi favorisé la consommation davantage que la production. « Ce n’est pas une Europe de producteurs. Ce n’est pas vrai. On se ment à nous-mêmes », tranche-t-il.
Ce n’est pas une Europe de producteurs. Ce n’est pas vrai. On se ment à nous-mêmes.
Patrick Pouyanné
Selon Patrick Pouyanné, l’Europe voudrait simultanément préserver un modèle social coûteux, maintenir un haut niveau de consommation et poursuivre des objectifs écologiques ambitieux, sans offrir aux producteurs les conditions leur permettant de rester compétitifs face au reste du monde.
« On vit au-dessus de nos moyens »
Le dirigeant de TotalEnergies pointe notamment le coût des salaires et de l’énergie. Des choix européens qu’il ne remet pas nécessairement en cause en eux-mêmes, mais qu’il juge difficilement compatibles avec une économie largement ouverte à des concurrents qui ne supportent pas les mêmes coûts.
« La vraie question qu’on doit se poser collectivement, c’est : “Est-ce qu’on veut faire un projet de producteurs, ou continuer à satisfaire les consommateurs ?” », résume-t-il.
Le même raisonnement vaut, selon lui, pour la France. Patrick Pouyanné considère que le pays cherche trop souvent à répartir la richesse avant de s’interroger sur sa création. « On ne va pas s’en sortir si on ne fait pas grossir le gâteau avant de le redistribuer. Notre problème, dans notre pays, c’est qu’on veut redistribuer une richesse qu’on n’a pas suffisamment créée. »
Cela suppose notamment d’augmenter la quantité de travail disponible. Après avoir évoqué une augmentation du « temps de travail », le patron corrige lui-même son expression : « Enfin, pas le temps, sinon ça va grogner. Il faut que la masse de travail disponible soit plus importante. »
« Baissons les charges, et baissons les aides »
Patrick Pouyanné s’attaque également au système français de prélèvements et d’aides aux entreprises, qu’il considère comme inutilement complexe. « Aujourd’hui, si je veux augmenter un de mes salariés de 100 euros, je vais payer 300 euros. Tout ça ne marche pas », affirme-t-il.
Sa proposition consiste à réduire simultanément les charges pesant sur le travail et les aides publiques accordées aux entreprises. Ces dernières serviraient en grande partie, selon lui, à compenser le niveau des prélèvements : « Les aides, on les augmente parce que l’on compense les charges. C’est totalement absurde. Baissons les charges, et baissons les aides. Les grandes entreprises n’ont pas besoin d’aides si on leur baisse les charges. »
Le PDG prend notamment l’exemple du crédit d’impôt recherche (CIR), dont l’existence s’expliquerait selon lui par le coût trop élevé de l’emploi qualifié en France.
Au-delà des mesures fiscales, Patrick Pouyanné appelle donc à un changement de logique économique. « Si on n’arrive pas à se dire que l’algorithme, c’est la production, et c’est de faire croître le gâteau par le travail, je peux vous dire qu’on ne va pas trouver de solution collectivement », prévient-il.
Pour le patron de TotalEnergies, un tel changement dépasse cependant largement la seule politique économique : « C’est un projet de société. »