Construction : la Wallonie mise sur l’alternance pour combler la pénurie de main-d’œuvre
Pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre dans la construction, la ministre MR Valérie Glatigny mise sur une réforme en profondeur de l’enseignement qualifiant. Un chantier de longue haleine, mené en partenariat étroit avec le secteur.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le secteur de la construction et la Fédération Wallonie-Bruxelles s’allient pour lutter contre une pénurie de main-d’œuvre.
- Au cœur du plan : un développement massif de l’enseignement en alternance
- La construction continue de manquer de travailleurs, notamment dans les métiers techniques liés à l’énergie.
- L’objectif est aussi de revaloriser l’image des métiers du bâtiment et d’adapter la formation aux besoins réels du terrain.
Le constat est partagé, et il est sévère. D’un côté, un secteur de la construction qui peine à recruter malgré des milliers d’emplois disponibles. De l’autre, un enseignement qualifiant qui ne parvient pas à remplir pleinement sa mission d’insertion professionnelle. Entre les deux, un fossé que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles entend désormais combler.
Dans une interview croisée publiée par L'Echo, la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny et le directeur général d’Embuild Wallonie Hugues Kempeneers esquissent les contours d’un plan commun. Leur ambition : faire de l’alternance la colonne vertébrale d’un enseignement qualifiant profondément repensé.
« Ce que nous souhaitons, c’est un deuxième pacte d’excellence pour l’enseignement qualifiant », explique la ministre. Une formule qui dit bien l’ampleur du chantier. Car la réforme annoncée ne se limite pas à quelques ajustements. Elle vise une transformation systémique : modernisation des programmes, refonte des grilles horaires, adaptation de la formation des enseignants et généralisation des stages en entreprise.
L’objectif est double. Il s’agit, d’une part, de mieux répondre aux besoins du marché du travail. Et d’autre part, de redorer l’image d’un enseignement trop souvent perçu comme une voie de relégation. Les chiffres avancés par la ministre illustrent l’urgence : une part importante des élèves en décrochage provient du qualifiant, et les taux d’insertion restent inférieurs à ceux observés en Flandre.
Pour initier cette transformation, le gouvernement a choisi de s’appuyer sur un partenaire clé : le secteur de la construction. Un choix loin d’être anodin. Malgré la baisse des investissements publics et la fin progressive des effets du plan de relance, le secteur continue de rechercher plusieurs milliers de travailleurs. Un déséquilibre structurel qui met en lumière les limites du système actuel.
Un projet-pilote, associant une quinzaine d’écoles et plusieurs centaines d’élèves, doit permettre de tester cette nouvelle approche. Mais du côté des entreprises, l’impatience est palpable. « Nous avons besoin de prévisibilité », insiste Hugues Kempeneers dans L’Echo, appelant à clarifier rapidement le calendrier et les modalités de déploiement.
C’est toute la difficulté de l’exercice : concilier l’urgence économique avec le temps long de la réforme. Car selon Valérie Glatigny, il faudra au moins dix ans pour transformer en profondeur l’enseignement qualifiant.
Entre volonté politique et attentes du terrain, cette alliance inédite entre pouvoir public et secteur économique pourrait néanmoins marquer un tournant. À condition, bien sûr, que les ambitions affichées se traduisent rapidement en résultats concrets.