Prévot : « Paul Magnette est en train de se LFI-ser »
Invité sur LN24, Maxime Prévot a vivement critiqué l'évolution du PS et de Paul Magnette. Selon lui, le président socialiste s'éloigne de la social-démocratie traditionnelle et est « en train de se LFI-ser ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Maxime Prévot accuse Paul Magnette de ressembler à LFI et estime que le PS s'éloigne de la social-démocratie raisonnable. L'ancien président des Engagés évoque aussi ses divergences avec Georges-Louis Bouchez.
L'entente affichée entre Maxime Prévot et Paul Magnette semble désormais appartenir au passé. Invité sur LN24, le vice-Premier ministre a livré l'une de ses critiques les plus sévères à l'égard du patron du PS, accusé de s'éloigner de la tradition social-démocrate pour adopter une posture de plus en plus proche de La France insoumise.
Interrogé sur sa relation avec celui dont il fut le numéro deux au gouvernement wallon il y a une dizaine d'années, Maxime Prévot n'a pas caché sa déception.
« J'ai été son numéro deux au gouvernement wallon il y a une dizaine d'années donc c'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime, mais aujourd'hui je suis franchement déçu si pas même affligé quand je vois une série des publications du PS sur les réseaux sociaux parce que je m'attendais à ce qu'il incarne une social-démocratie raisonnable et en fait il est juste en train de se LFI-ser », a-t-il déclaré.
🗣" @PaulMagnette , il est juste en train de se "LFI-iser" ! "
— LN24 (@LesNews24) June 11, 2026
" @GLBouchez , je pense qu'il prend son pied quand il a l'occasion de créer des tensions"@prevotmaxime revient sur ses relations avec les deux présidents de parti, à retrouver dès demain à 18h sur @LesNews24 pic.twitter.com/GVgDG7xHaT
Je m'attendais à ce que Paul Magnette incarne une social-démocratie raisonnable et en fait il est juste en train de LFI-ser.
Maxime Prévot
Une attaque directe contre la stratégie de Magnette
La formule est lourde de sens. Depuis plusieurs mois, de nombreux observateurs soulignent le durcissement du discours du Parti socialiste, notamment sur les questions économiques, sociales et internationales.
Pour Maxime Prévot, cette évolution éloigne progressivement Paul Magnette de la tradition réformiste et gouvernementale qui caractérisait historiquement la social-démocratie européenne.
Le ministre des Affaires étrangères ne remet pas en cause son estime personnelle pour le président du PS, mais il estime que sa ligne politique, suivie aujourd'hui, devient de plus en plus problématique.
« Je conserve du respect à l'égard de Paul Magnette et de manière générale à la philosophie socialiste, même si ce n'est pas celle que je partage », a-t-il expliqué.
« Beaucoup de francophones en ont ras-le-bol »
Maxime Prévot en a profité pour décocher une autre critique de fond contre la gauche francophone. Selon lui, le socialisme belge a trop longtemps alimenté une logique d'assistanat qui ne correspond plus aux attentes d'une partie importante de la population.
« Je pense qu'elle est trop tombée dans l'assistanat pendant les dernières décennies, ce que beaucoup de francophones en ont ras-le-bol », a-t-il affirmé.
Le dirigeant centriste reproche également à Paul Magnette un manque de nuance dans certaines prises de position publiques.
« Je trouve qu'il devrait parfois avoir un peu plus d'honnêteté intellectuelle quand il commente l'actualité », a-t-il ajouté.
Les chemins se séparent
L'échange est révélateur de l'évolution du paysage politique francophone. Longtemps, Maxime Prévot et Paul Magnette ont incarné une même génération politique susceptible de dialoguer malgré leurs différences idéologiques. Cette proximité semble aujourd'hui largement dissipée.
À écouter l'ancien président des Engagés, les divergences ne sont plus seulement programmatiques mais concernent désormais la conception même du débat politique.
L'un revendique un positionnement centriste, pragmatique et rassembleur. L'autre est accusé de glisser vers une opposition plus radicale et plus idéologique.
Une autre vision que celle de Bouchez
Fait intéressant, Maxime Prévot a également profité de l'entretien pour se distinguer de son partenaire de majorité, Georges-Louis Bouchez.
S'il reconnaît avoir entretenu une forte complicité avec le président du MR lors des négociations gouvernementales, il constate que leurs tempéraments diffèrent profondément.
« Moi j'ai plutôt un tempérament à fédérer, à rassembler. Lui, il est plutôt clivant », a-t-il expliqué.
Selon Prévot, Georges-Louis Bouchez assume pleinement une stratégie de confrontation culturelle visant à défendre les idées de droite.
« Lui se met dans une démarche de guerre culturelle pour défendre la droite. Ce n'est pas du tout mon trip », a-t-il déclaré.
Prévot revendique au contraire une approche centriste fondée sur la recherche de compromis et le rassemblement.
Une recomposition du centre francophone
Ces déclarations illustrent la position singulière que tente aujourd'hui d'occuper Maxime Prévot dans le paysage politique belge.
D'un côté, il prend ses distances avec un PS qu'il juge de plus en plus radicalisé. De l'autre, il refuse également d'endosser la stratégie plus offensive et plus clivante de Georges-Louis Bouchez.
Entre une gauche qu'il accuse de « se LFI-ser » et une droite engagée dans une « guerre culturelle », le ministre cherche manifestement à imposer une troisième voie centriste. Reste à savoir si cet espace politique existe encore dans un débat public de plus en plus polarisé.