Pour Ayda Hadizadeh, « la bataille culturelle est une bataille pour prendre le contrôle des cerveaux »
La députée socialiste Ayda Hadizadeh a livré sa définition de la « bataille culturelle » : il ne s’agit « pas d’une bataille des idées, mais d’une bataille visant à prendre le contrôle des cerveaux ». Une formule pour le moins déroutante lorsqu’elle sort de la bouche d’une parlementaire chargée, entre autres, des questions éducatives.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La députée PS Ayda Hadizadeh affirme que la « bataille culturelle » ne consiste pas en une bataille des idées, mais à « prendre le contrôle des cerveaux ». Une formule particulièrement étonnante pour une membre de la commission de l’Éducation.
Dans une interview de l'Humatch consacrée à la « bataille culturelle », l'élue socialiste du Val-d'Oise Ayda Hadizadeh a livré une conception assez singulière du combat politique en démocratie.
« La bataille culturelle, c'est pas une bataille des idées. C'est une bataille pour prendre le contrôle des cerveaux », affirme-t-elle.
😮C’est dingue qu’en démocratie une députée de la République, membre PS de la commission de l’éducation, puisse dire ça :
— Destination Télé (@DestinationTele) August 21, 2026
"La bataille culturelle c’est une bataille pour prendre le contrôle des cerveaux, c’est une bataille que les progressistes et les humanistes doivent assumer" pic.twitter.com/xirwdr3uhI
Pas convaincre les cerveaux : en « prendre le contrôle »
On aurait naïvement pu penser que, dans une démocratie pluraliste, une bataille culturelle consistait précisément en une bataille d'idées : convaincre, argumenter, publier, débattre, contredire ses adversaires et, éventuellement, gagner progressivement l'opinion publique à sa cause.
Ayda Hadizadeh préfère une définition sensiblement moins délicate. « C'est une bataille que les progressistes et les humanistes doivent assumer », poursuit-elle.
Le choix des mots est d'autant plus étonnant que la députée siège à la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation de l'Assemblée nationale. Autrement dit, une parlementaire directement appelée à travailler sur l'école, la culture et la transmission du savoir explique publiquement que la bataille culturelle n'est justement pas celle des idées, mais celle du « contrôle des cerveaux ». Il fallait oser la formule.
Les Lumières convoquées à la rescousse
La députée ne s'arrête d'ailleurs pas à cette définition. Pour illustrer son propos, elle convoque rien de moins que les Lumières et la Révolution française.
« On l'a fait. La Révolution des Lumières, c'est une bataille culturelle qu'on a gagnée. Ça a pris deux siècles et beaucoup de morts », explique-t-elle.
Elle poursuit : « On a réussi à imposer l'idée que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Il a fallu attendre beaucoup de temps pour qu'on élargisse ça à tout un tas d'autres gens. »
Le paradoxe devient assez savoureux : pour défendre l'héritage intellectuel ayant notamment consacré la liberté individuelle, la députée choisit donc comme expression la nécessité de « prendre le contrôle des cerveaux ».
On connaissait « Sapere aude », la célèbre devise des Lumières popularisée par Kant : « Ose penser par toi-même ». La version 2026 paraît légèrement moins libérale.
La « vague réactionnaire » en ligne de mire
Ayda Hadizadeh inscrit cette bataille dans le contexte politique contemporain. Selon elle, les acquis progressistes seraient aujourd'hui confrontés à un puissant contre-coup. « On est en plein dans le backlash, dans la vague réactionnaire », affirme-t-elle.
On comprend dès lors ce qu'elle entend défendre : les principes d'égalité, l'héritage des Lumières et une conception progressiste de la société. Rien d'anormal, évidemment, à ce qu'une députée socialiste mène ce combat politique.
Les progressistes ont en effet parfaitement le droit de vouloir remporter la bataille culturelle. Les conservateurs aussi. Les libéraux, les socialistes, les écologistes et tous les autres également. Le principe du pluralisme consiste à laisser ces conceptions rivales s'affronter dans l'espace public.
Normalement, on appelle bien cela une bataille des idées, pas de prise de contrôle des cerveaux.